Posted by: ebondo | 9 janvier, 2008

Hiérarchie chez les rats

Hiérarchie

Je vous partage encore une fois une lecture des derniers jours, que j’avais déjà lue en des temps anciens et qui ne m’avait pas allumé plus qu’il n’en fallait. Je devais être encore convaincu qu’un autre monde était possible. Non pas qu’il n’est pas possible, mais je ne crois pas que ce sera le monde de l’homme moderne. Plutôt celui d’une nouvelle mutation génétique qui mettrait fin à ces programmations auto-destructrices. Le texte est extrait du livre de Bernard Weber,

© 2000, Albin Michel
sorte de livre de fiction dans lequel on retrouve des expériences réelles, telles que la suivante:

 

Une expérience a été effectuée sur des rats. Pour étudier leur aptitude à nager, un chercheur du laboratoire de biologie comportementale de la faculté de Nancy, Didier Desor, en a réuni six dans une cage dont l’unique issue débouchait sur une piscine qu’il leur fallait traverser pour atteindre une mangeoire distribuant les aliments. On a rapidement constaté que les six rats n’allaient pas chercher leur nourriture en nageant de concert. Des rôles sont apparus qu’ils s’étaient ainsi répartis: deux nageurs exploités, deux non nageurs exploiteurs, un nageur autonome et un non nageur souffre-douleur.

Les deux exploités allaient chercher la nourriture en nageant sous l’eau. Lorsqu’ils revenaient à la cage, les deux exploiteurs les frappaient et leur enfonçaient la tête sous l’eau jusqu’à ce qu’ils lâchent leur magot. Ce n’est qu’après avoir nourri les deux exploiteurs que les deux exploités soumis pouvaient se permettre de consommer leur propre croquette. Les exploiteurs ne nageaient jamais, ils se contentaient de rosser les nageurs pour être nourris.

L’autonome était un nageur assez robuste pour ramener sa nourriture et passer les exploiteurs pour se nourrir de son propre labeur. Le souffre-douleur, enfin, était incapable de nager et incapable d’effrayer les exploités, alors il ramassait les miettes tombées lors des combats. La même structure-deux exploités, deux exploiteurs, un autonome et un souffre-douleur ñse retrouva dans les vingt cages où l’expérience fut reconduite.

Pour mieux comprendre ce mécanisme de hiérarchie, Didier Desor plaça six exploiteurs ensemble. Ils se battirent toute la nuit. Au matin, ils avaient recréée les mêmes rôles. Deux exploiteurs, deux exploités, un souffre douleur, un autonome. Et on a obtenu encore le même résultats en réunissant six exploités dans une même cage, six autonomes, ou six souffre douleur.

Puis l’expérience a été reproduite avec une cage plus grande contenant deux cents individus. Ils se sont battus toute la nuit, le lendemain il y avait trois rats crucifiés dont les autres avaient arraché la peau. Moralité: plus la société est nombreuse plus la cruauté envers les souffre douleur augmente. Parallèlement, les exploiteurs de la cage des deux cents entretenaient une hiérarchie de lieutenants afin de répercuter leur autorité sans même qu’ils aient besoin de se donner le mal de terroriser les exploités.

Autre prolongation de cette recherche, les savants de Nancy ont ouvert par la suite les crânes et analysés les cerveaux. Or les plus stressés n’étaient ni les souffre-douleur, ni les exploités, mais les exploiteurs. Ils devaient affreusement craindre de perdre leur statut privilégié et d’être obligés d’aller un jour au travail.

Se pourrait-il que pour chaque espèce animale il existe une sorte de grille d’organisation spécifique. Quels que soient les individus choisis, dès qu’ils sont plus de deux, ils s’empressent de tenter de reproduire cette grille pour s’y intégrer. Peut-être que l’espèce humaine est tributaire elle aussi d’une telle grille. Et quel que soit le gouvernement anarchiste, despotique, monarchiste, républicain ou démocratique, nous retombions dans une répartition similaire des hiérarchies. Seules changent l’appellation et le mode de désignation des exploiteurs.

 

Qui voulez-vous être aujourd’hui les amis?

Réponses

Salut Éric,

D’abord, pour la forme, bravo pour ta nouvelle demeure.

Très intéressant ces expériences avec les rats. Il m’appert évident que nous sommes assujetis au même phénomène, en tant qu’espèce.
Pas facile de trouver des exemples concrets visant l’humain. Mais bon, on est quand même, chacun de nous et à titre de membres de l’espèce, capables de trouver des exemples d’organisations qui dépeignent une telle réalité. Dès la petite école, lorsqu’on apprend à travailler en groupe, des patrons organisationnels se dessinent, tels que :
- les plus réservés, ou moins confiants du groupe, se la ferment et attendent qu’on leur attribut un rôle;
- à l’inverse, ceux qui ont confiance en leurs moyens vont rapidement s’imposer comme leaders, d’abord en s’occupant de la compétition visant leur position, s’il y a lieu, pour ensuite s’affirmer dans leur rôle de meneurs en attribuant les rôles des subordonnés, ainsi que la structure à suivre pour le groupe;
- il y a aussi les exploités, dans ce cas, souvent représentés par les plus insécures et talentueux membres du groupe (à la petite école, c’était normalement les filles, douées en académie, mais peu enclines à s’adonner à des luttes de pouvoir);
- le dernier des types, l’autonome, est plus difficile à identifier dans cet exemple de cas car il n’est pas facile de faire bande à part dans une structure renforçée par un tuteur.

On peut certainement faire la même analyse de pleins d’autres exemples du phénomène au fil de nos vies. Une structure similaire s’impose dans beaucoup de cas, pour ne pas dire, dans l’ensemble des cas.

Avoir içi l’input d’antropologues serait pour le moins intéressant et pertinent.

Étant, actuellement, propriétaire de deux rats et fasciné par eux, je peux vous dire qu’ils ont un comportement sociale semblable aux humains. J’ai fait, moi-même, des test sur leur comportements. Lorsque je leur donne amplement de nourriture, une hiérarchie s’installe. Une dominant et un dominé. Toutefois, lorsque je les laissent jeûné une journée sur trois, cette hiérarchie se brise et une hiérarchie d’entraide s’installe. Je ne sais pas si c’est un hasard, mais il semble que les rats noirs soient plus dominateur que les rats de couleurs. Ils sont, aussi, plus protecteurs, à l’exception d’un rat beige qui se faisait un plaisir de se battre avec les chats.

Autre fait fasciannt, ils semblent être apte àvaincre leur instinct de base et coopérer avec d’autre espèce. La preuve, j’ai cessé, pendant 2 semaines, de nourri mon chat. Je mettais sa nourriture dans la cage des rats. Étonnament, les rats triaire leur nourriture avec celle du chat et le nourrissait lorsque qu’il s’aprochait de la cage. Il l’ont aussi défendu (Rasta, le chef, est assez fort pour ouvrir la cage) lorsque le chat du voisin entra dans la maison à mon insu. Ce fût un carnage et, bizarrement, seul le chat du voisin fût blessé (il n’entra plus dans la maison) et les rats retournèrent dans leur cage sans demandé leur reste.

Ce sont vraiment des créature fascinantes qui nous ressemblent plus que l’ont pensent.

Intéressant. Donc une hiérarchie est nécessaire pour la survie de tout groupe. J’ose espérer être dans la catégorie des autonomes. Mais si tout le monde est autonome à quoi bon une hiérarchie?

Il me reste encore un peu de recherche à faire, mais je m’amuse à chercher à voir si les proportions décrites ci-haut s’appliquaient à l’homme.

Ça commence bien. Pour ceux qui se rappellent, dans mon essai sur la pauvreté, je vous parlais du fait que la classe dirigeante s’assure en tout temps du maintien d’un 15% de sans-emplois en tout “temps.

15%= approx. 1 sur 6

On tient notre souffre-douleur (chômeurs, retraités, assistés sociaux, itinérants). Comme de fait, dans notre société, ce sont eux qui “ramassent les miettes” et sur qui le reste de la société pose un regard méprisant parce qu’ils ne “produisent” aucune richesse.

Partant de ce premier groupe, en reprenant les proportions trouvées chez les rats, on pourrait s’attendre à

30% d’exploités (classe ouvrière, classe moyenne inférieure)

30% d’exploiteurs (cadres, administrateurs et gestionnaires, hauts salariés)

15% d’autonomes (travailleurs autonomes, criminels, travailleurs au noir, etc.)

Ça va me demander plus de recherches, mais je n’ai pas de problème à imaginer que ça puisse correspondre.

Une chose est sûre. Depuis plusieurs années, le taux d’abstention aux élections tourne autour du 30%, dans lequel on retrouve majoritairement des “exclus” et/ou les “rebelles” (il a déjà été établi que les pauvres et les bums ne votaient pas). Ce sont donc les exploités et les exploiteurs qui élisent les gouvernements.

Le portrait se précise.

à suivre…

J’ai parlé de toi sur mon blogue, mais j’ai oublié de venir ici te féliciter pour le saut dans ton nouvel environnement, voilà, c’est fait!

Quelques trucs à regarder : est-ce que tu vas éliminer ton ancien blogue? Je te conseille de le garder (pour ton compte Blogger - pour bénéficier de l’opportunité de t’abonner aux discussions des blogues de Blogger) et de rediriger ton ancienne adresse vers ta nouvelle (dans Blogger, va dans Paramètres, Publication, Basculer vers : Domaine personnalisé, Basculer vers les paramètres avancés, et finalement entre ton adresse WordPress. Mais si tu décides de faire ça, assure-toi de changer tes hyperliens dans tes billets qui pointent vers tes propres textes pour les nouveaux.

Moi j’ai tout fait ça : ça m’a pris deux jours…

Pour ce qui est de la question des rats et de la hiérarchie, ce que j’en retiens, c’est que nous sommes encore trop des animaux… sous notre jour de bête pensante! L’humanité devrait viser plus haut qu’un compromis entre la superstition et l’appât du bien-être vidé de sa substance.

Moi, ce que j’en retiens, c’est que peu importe ce que l’on vise, le système de hiérarchie “étalon” va toujours se reproduire.

En fait, même si nous avons l’impression d’être dotés du libre-arbitre, il existe (du moins c’est ce qu’on peut constater de par l’expérience humaine) une certaine forme de destinée prédéterminée dont les médiums (c’est à dire nous, les humains) se modulent dépendamment du besoin.

Ainsi, par exemple, les différentes révolutions, vouées à instaurer un nouveau type de société, nous ramènent toujours au même système hiérarchique.

Maintenant, quand je vois Harper monter dans les sondages, malgré l’évidente “pourriture” de son gouvernement, tout devient plus clair. Il incarne mieux le modèle étalon que les autres. Ne reste qu’à savoir, comme je posais la question à la fin du billet, où je veux me situer dans ce grand dessein, si le choix existe.

Il est toutefois possible que, lorsqu’on fait le choix de se positionner ailleurs (par exemple un exploité qui deviendrait un exploiteur), qu’un exploiteur tombe et devienne un exploité pour équilibrer la machine.

Au moins, loin de moi l’idée de forcer un quelconque changement social, parce que si une chose est sûre, demandez aux historiens, lorsqu’on regarde l’histoire dans sa totalité, c’est toujours le même patron qui se répète.

Un autre monde est-il possible? L’entière totalité de la preuve dit que non.

Hello ,

Et puis il y a aussi l’autonome qui partage avec un souffre-douleurs… Mais bien vite ce souffre-douleurs pense qu’il a un pouvoir sur cet autonome jusqu’à ce que l’autonome réalisise qu’il est devenu plus “bièce” que bon et rend au sauffre-douleur ce qu’il est …

Intéressant cette expérience.

J’aimerais mettre en parallèle les sociétés fourmilières. Il y a une reine (l’exploiteur), les guerrières (ses lieutenants), les ouvrières (les exploités finalement qui font tout le sale boulot) et les esclaves (les souffre-douleurs qui ramassent les miettes). Pour ce qui est de l’autonome, je n’ai pas trouvé de comparaison.

Encore là, le même schème semble se répéter.

On parlait aussi de ce genre de hiérarchie chez les pigeons au “Code Chastenay”, la semaine dernière.

Je voudrais ajouter :

Différemment des fourmis, la société humaine est composée d’êtres autonomes au lieu de pantins programmés.

L’être humain a créé des sociétés complexes, particulièrement le capitalisme, qui sont dynamiques en transformant les rapports sociaux de production et en suscitant une concentration des richesses qui augmente progressivement le nombre d’exploités par rapport aux exploiteurs. Cela peut mener à une instabilité sociale et possiblement à une redéfinition des rapports sociaux… jusqu’à la prochaine crise…

Je me demande si des fourmis ouvrières peuvent se révolter contre leur reine? Il me semble que oui. On a déjà vu des fourmis quittées une reine pour se mettre au service d’une autre….

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