Publié par : ebondo | 22 janvier, 2008

God bless Foglia!

Pierre Foglia, photo, la Presse

 

Quand j’avais 16 ans, je voulais être journaliste. J’étais déjà un fan de Pierre Foglia depuis que je lisais la Presse de mon père à 6-7 ans. Mais mon professeur de secondaire V m’avait expliqué que, dans un grand média d’informations, il n’y a généralement qu’un seul Foglia, les autres se contentant de “couvrir” l’information (étrange paradoxe que l’utilisation de ce mot) sur demande des chefs de pupître et autres.

Je n’aimais pas le journal de Montréal; je ne voulais pas être un “couvreur”, mais un chien de garde, alors j’ai fait un peu de journalisme étudiant. Mais j’avais déjà laissé tomber l’idée d’être journaliste. S’il n’y avait de place que pour un seul Foglia, eh bien ce n’était pas moi qui allait lui piquer! Plutôt me délecter des textes du seul que je connaissais à l’époque (j’ai fait la connaissance de Manuel le mois dernier). Disons qu’à chaque fois que j’ai eu l’impression d’être le seul à penser et à exprimer les choses selon une certaine perspective, quand le reste du Québec semblait perdre la tête, ce cher Foglia était la pour me conforter. Et il se trouve que, malgré moi, certains des textes incendiaires que j’ai pu écrire approchaient de cette touche magique que seul lui possède par che-nous.

Encore aujourd’hui. J’avais l’impression de m’attirer la haine des néo-nationalistes de par mon propos récents sur la langue, mais ce bon vieux Foglia débarque avec un texte qui, essentiellement me dit : nous sommes au moins deux à refuser de la même manière ce désir d’hystérie collective sur des détails insignifiants et à l’absence totale de perspective.
Deux amoureux de la langue française qui ne veulent ni sa disparition, ni la brancher sur le respirateur législatif et coercitif à base de PQ et de BQ, deux gaz inertes du tableau périodique de la politique. Qui disent que, grosso modo, la question de la langue et de l’identité se regarde sur du moyen ou long terme, pas sur une suite de faits divers montés en épingle, ni sur une stratégie politique visant l’idiot du village.

Parfois, je me dis que j’ai des amis dans le monde que je n’ai jamais rencontrés. Des êtres humains qui partagent plusieurs des valeurs qui m’habitent, qui portent un regard similaire au mien sur bon nombre d’aspects, mais que, par des circonstances hors de mon contrôle, je n’ai jamais eu la chance de rencontrer, sauf quelques uns.

Qui sait, peut-être verrai-je Pierre Foglia à mon bar un certain mardi soir tranquille, et on discutera de l’incohérence, de l’humanité, de l’espoir. À moins que je finisse par faire un coup fumant et l’inviter à souper avec sa fiancée et la mienne. Il adorerait Pounette, Minute et Füifü, nos trois minettes, j’en suis sûr. Peu importe; dans le “big picture”, c’est comme un ami. Quand je lis ses textes, je suis heureux d’être humain. Et comme avec les vrais amis : on peut passer un siècle sans se voir, et la rencontre se passe comme si on s’était jamais quittés. Dans notre cas, on ne se rencontrera peut-être jamais en chair et en os, mais je suis toujours content d’avoir de ses nouvelles. Avec lui, je n’ai pas besoin de devenir chroniqueur journalistique pour un grand média. Je dors tranquille.

Longue vie l’ami!


Réponses

  1. http://www.claudejasmin.com/wordpress/?p=689

  2. Il a bien raison aussi. Comme il le dit, toutefois, nous traînons ce passé de misère avec nous. C’est peut-être là où la façon de voir et de dire les choses change d’une personne à l’autre.

    Mais que dit-on à une personne qui vit sur la défensive parce qu’elle traîne son passé misérable avec elle? La plupart du temps, on suggère une thérapie.

    Nul doute que l’exercice, à l’échelle nationale, ne pourrait faire de tort. La Commission Bouchard Taylor me paraît soudainement plus comme un prélude à la thérapie que la thérapie elle-même.

    L’emphase dernièrement mise sur la mauvaise qualité du Français des “natifs”, entre autres des enseignants, n’est peut-être que le jouage dans les bibittes qui suit le prélude. Personne n’aime qu’on remue ses bibittes.

    Mais s’il y avait d’abord acceptation de nos bibittes, comme cela se passe généralement dans une thérapie efficace, ne gagnerions nous pas tous beaucoup au change?

    Le patient ne doit-il pas non plus éviter de projeter son problème sur autrui pour ne pas avoir à accepter ses bibittes?

    Pourtant, après l’acceptation, il y a compréhension et libération.

    La libération d’un peuple ne passe t’elle pas par son indépendance?

    Vivement la suite de la thérapie.

  3. Vu de même…

  4. HAHA! J’empruntais “La Presse” de mon père pour les mêmes raisons. Effectivement, vous devez avoir plusieur amis dont vous ne vous doutez même pas de leur existence… et moi de même.


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