Publié par : ebondo | 22 mai, 2008

Kânda : la communauté selon la nation Kongo

Hah, je ne savais même pas que le rapport de la Commission Taylor-Bouchard était sorti aujourd’hui. Vous comprendrez en lisant. Ceci n’est pas un billet, c’est une pile de billets. Je suis pas arrivé à faire plus court, que voulez-vous…

Plusieurs d’entre-vous l’ignorent, mais mon teint basané me vient d’un étrange mélange entre un Bleuet et un Kongo (à ne pas confondre avec le nom du pays, tiré du nom de cette Nation avant la colonisation Européenne). Ça donne à peu près ce genre de mélange.
Mais, vu ma naissance en terre Québécoise et une impossibilité chronique de me rendre au Zaïre/République Démocratique du Congo (faute de cash ou parce que ça n’y est pas toujours rose), et parce que mon père a tenu à nous laisser désirer nous-même la découverte de sa culture, je me suis développé en tant que Québécois dans le plus pur sens du terme.

Priorisant mon côté “de souche”, n’apprenant même pas la langue maternelle de mon père, il m’aura fallu près d’une trentaine d’années à vraiment m’intéresser à cette autre culture. C’est ainsi que, à force de tirer les vers du nez de mon père, j’ai appris l’histoire de ma “nouvelle” ethnie, et, de livre en livre, de discussion en discussion, je découvre une Afrique loin de l’image que je m’en étais faite, image bien sûr véhiculée par une culture dominante dont je tairai le nom.

En découvrant, à travers les écrits d’un détenteur de la tradition orale (je sais, c’est un peu paradoxal mais pour communiquer en occident c’est indispensable), j’ai fini par en apprendre plus que je n’osais l’espérer. Il n’existe à toute fin pratique que très peu de livres d’histoire concernant l’Afrique précoloniale. Comme partout où les Européens sont passés, d’ailleurs. J’avoue que ce serait choquant d’apprendre que des sociétés plus civilisées que la nôtre aient pu être réduites en bouillie non pas parce qu’elle étaient sauvages, mais parce que l’Europe possédait un avantage que le plus débile des humains pouvait manier : l’arme à feu.

Suite à une question de Renart et une discussion sur Branchez-vous, concernant la perception du crime chez les Kongo, j’ai repris ce vieux draft et je le poursuis simplement en partageant quelques proverbes Kongo avec vous, question que vous compreniez mieux sur quelles valeurs pouvaient s’orienter ceux qu’on a décrit comme des sauvages et que l’on a souvent tendance à dénigrer pour leur incapacité à s’adapter au monde moderne.

Pourtant, ce sont eux qui dorment sur un trésor de ressources naturelles précieuses (et en quantité phénoménale). L’Afrique est le continent le plus riches en matières précieuses; logiquement, ils devraient être les plus riches d’entre nous. Pourtant, ce n’est pas le cas. On les accuse même d’avoir de la difficulté à s’adapter au monde moderne. Risible et pathétique, car le monde moderne a toutes les qualités de la pire des maladies. Celui-ci soumet, endort, exploite, empoisonne et tue sans cesse, au point où la survie de l’espèce humaine en est menacée.

Les Kongo sont reconnus dans l’histoire Africaine pour avoir été parmi les rares à se soumettre automatiquement et à se convertir à la religion catholique, car ils auraient eu longtemps auparavant la visite d’un homme correspondant en tout point au Christ. En présence d’Européens, les Kongo devinrent les plus pieux des Chrétiens. Ils savaient qu’ils ne pourraient résister au bâton qui crache le feu. Mais ils savaient aussi que les sauvages du Nord ne découvriraient jamais qu’ils continuaient de pratiquer les anciens rituels, adaptés au monde occidental. La tradition mystique de ce peuple put se poursuivre jusqu’à ce jour.

Le vaudou est un bel exemple de la résistance Kongo. Il combine foi et magie africaines et foi et rites catholiques en une seule spiritualité dont les effets sont parfois spectaculaires. Il s’est adapté chez les esclaves Africains dont on retrouve sans l’ombre d’un doute les descendants en Amérique Latine (Palo Mayombe), mais surtout parmi les Haïtiens. D’où ma profonde affection envers ces derniers.

À titre d’exemple, voici ce qu’on appelle une poupée vaudou.

Voici maintenant l’ancêtre de la dite poupée. Le Nkisi Nkondi, ou fétiche à clous. Contrairement à ce qu’on peut croire, les clous ne servent pas à punir une personne symbolisée par le fétiche, mais bien à sceller des contrats en tout genre, ou a faire des demandes aux esprits des ancêtres et de la nature en présence du Nganga, sorcier, qui “sacralise” le fétiche, lui donnant son pouvoir. Chaque clou correspond à une demande ou une “signature contractuelle”. La langue sortie signifie qu’en plantant un clou, on prend acte des conséquences possible de nos demandes, ou d’un bris de contrat. Le fétiche devient alors un exécuteur pouvant parfois “punir” ceux qui en mésusent.

Nkisi Nkondi (ou Nkonde)

Ce fétiche mesure environ 5 pieds (il en existe très peu de cette taille, la plupart mesurant moins de 2 pieds). C’est un fétiche qui a servi à tout un village. Je crois que vous voyez tout de suite ce que j’entends par ancêtre du Vaudou.

Pour en revenir à la sagesse Kongo, celle-ci est exprimée par un ensemble de proverbes, que l’on pourrait comparer à notre code civil plus notre code criminel. Certes, la sagesse de la Nation Kongo représente plus que de simples proverbes, mais je crois que ceux-ci méritent notre attention en ces temps troublés.

Alors en voici quelques uns :

La communauté masse ses membres.(La communauté résout ses problèmes elle-même)

La communauté existait avant toi. (On accepte sa communauté telle qu’elle est, non pas comme un voudrait qu’elle soit)

Celui qui connait sa communauté connait Dieu. (Dieu n’est visible qu’à travers notre relation avec l’autre.)

Dans la communauté, tous ont le droit d’enseigner et d’apprendre. (L’éducation est matière de réciprocité. La véritable connaissance est acquise par le partage.)

Les dirigeants se meuvent et agissent au travers des masses. (Un véritable dirigeant se fond dans la foule. Le dirigeant qui se place au-dessus de son peuple est une marionnette).

Si tu me donnes une bèche, ne me dis pas où ni comment l’utiliser. (Ne freine pas mon champs d’activités ou mon développement personnel en prétendant m’assister.)

Quand le leadership de la communauté perd la raison, la communauté est opprimée.

Si tu maudis ta communauté, tu te maudis toi-même.

Le poison dans la communauté est le symptôme de sa perte. (ex : la présence massive d’armes mortelles au sein d’une communauté est non seulement le symbole de la désorganisation de la société qui les possède, mais aussi un symptome de sa destruction imminente.)

Et pour vous mesdames :

Aussi longtemps qu’il y aura la femme, la communauté ne peut être annihilée. (La présence de femmes dans une communauté est le symbole de la perpétuation de la vie dans cette communautée, et au contraire, son absence annonce la fin. Le féminin est la Vie, en et autour de nous.)

Je reviendrai éventuellement sur ce concept de communauté qui, comme vous le voyez, est indissociable de la Nation Kongo. La communauté se dit : Kânda, en Kikongo. Canada signifie « amas de cabanes » dans la langue Iroquoienne de l’époque de Jacques Cartier.

Le monde est probablement beaucoup plus petit qu’on ne le pense. Et ça me rassure.

Crevé je suis, nouveau job, beaucoup de choses à apprendre et plein de nouveaux noms à retenir et de gens à découvrir. Le paradis! Je vous dis, après 6 semaines sans travailler, je suis aux anges.


Réponses

  1. Wow! Merci, aussi intéressant qu’instructif! J’attends déjà la suite!

    “La communauté existait avant toi. (On accepte sa communauté telle qu’elle est, non pas comme un voudrait qu’elle soit)”

    C’est peut-être ce que nous n’avons pas compris par ici…

  2. Merci d’avoir répondu si vite!

    J’y reviens!

  3. Intéressant, tant mieux finalement si je vous ai poussé par mes propos, et bien malgré moi, à nous montrer autre choses que ce qui nous est montré habituellement au sujet du Congo.

    On devrait ajouter cela dans le rapport Bouchard Taylor :)

  4. Haha exact. Merci, en passant de m’y avoir poussé.

  5. [...] me devais de revenir sur un billet, et surtout une discussion, que j’ai eu voilà quelques semaines avec mon ami [...]

  6. Somehow i missed the point. Probably lost in translation :) Anyway … nice blog to visit.

    cheers, Collect


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