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Je suis parfaitement heureux au boulot.
Il y a exactement cinq ans (à 4 jours près), je quittais un emploi que j’aimais parce que je croyais, pour mes trente ans, avoir besoin de donner un sens à ce que je faisais dans la vie. Bon, de l’avis de Monsieur et Madame tout le monde, saouler les gens tous les week-ends, ça n’a aucune utilité sociale. Pourtant, le monde dans lequel on vit est assez hardcore pour que tous aient besoin de purger le mal de temps en temps. Pour ça, j’ai toujours été un excellent hôte. C’est cette capacité naturelle a gérer l’ivresse, la mienne et/ou celle des autres. Je peux vous emmener (ou vous suivre) qu royaume de la purge et de la désinhibition et faire que l’atterrissage se passe plus en douceur que si vous y étiez “on your own”. C’est un don con, mais bon, ça aurait pu être de faire pousser les cheveux ou d’arrêter le saignement, guérir les verrues. Non, je blague. Disons que sur la gestion de l’ivresse des autres, je suis à la faculté de l’éducation permanente.
Alors il y a cinq ans, pour mes trente ans, j’ai décidé de quitter le monde des bars que j’aimais pour utiliser certains talents au service de mes concitoyens. Je ne vais pas m’en cacher : je suis un redoutable “debater”. À part certains de mes amis et ma blonde, pour avoir débattu avec ceux que l’on dit les meilleurs du métier (il ne me manquait que Charest à mon tableau de chasse à l’époque), je n’ai pas encore trouvé mon homme (ou ma femme). Bien sûr, beaucoup de gens sont excellents à l’écrit, mais quand il s’agit d’ouvrir la bouche devant public, je me sens vraiment sur mon territoire.
Alors j’ai fait mon petit bout de chemin pour être utile à mon prochain, et vous savez quoi? À moins d’aimer vivre humblement soi-même, travailler au compte goutte et dans la lenteur de la solidarité sociale (qui m’est un jour devenue insupportable), et faire constamment face à d’énormes préjugés de ceux qui ne vivent pas dans votre milieu immédiat, en plus de devoir aller jusqu’à bloquer votre sensibilité pour ne pas craquer devant tant de souffrance, surtout tant de mépris, à moins d’aimer tout cela, vous n’êtes pas fait pour aider les autres. Ah, il y aurait bien sûr la politique, mais à ce niveau là, c’est l’odeur qui dérange. Odeur du vide créatif, odeur de corruption, de conflits d’intérêts, de manipulation de parquets, de rectitude politique poussée à l’extrême, de games de chambre d’hôtel, de noyautage d’instances. L’odeur des “cas de rejet” qui, pour 5 piasses, peuvent se faire ce qu’ils croient être des amis.
Le plus bel exemple que m’a fourni ma courte carrière d’attaché politique, c’est ce député, dont je tairai le nom, qui, lors d’une réunion de planification, nous a dit, de façon candide et à peu près en ces mots : “Ça, c’est vous qui êtes bon pour penser, moi ma job c’est de parler.”. Du joli.
Alors j’ai surpris tout le monde en virant ma chemise de bord et je suis retourné dans mon univers de prédilection : l’hôtellerie. Plus précisément, les bars. Car je n’aime pas le côté péteux de la restauration; j’aime que ce soit simple et pouvoir réellement entrer en relation avec le client. Car, fondamentalement, j’aime les gens. C’est la première chose de “profond” qu’on m’a apprise, et c’est la seule chose que je conserve de mon éducation catholique. Je suis un grand timide, mais ça ne paraît presque plus, ou pas longtemps. Et j’aime rencontrer des gens, intéressants ou non. Il y a souvent de belles surprises, comme ce monsieur qui se pointe au bar un dimanche après-midi, la barbe hirsute et un peu défraîchi, que je “préjuge” à prime à bord comme un vieux saoulon, mais qui se révèle être un loup de mer plus saoulon du tout qui a des histoires palpitantes à raconter.
C’est une des choses qui me rend heureux dans un boulot. L’autre étant ma “famille” de travail. Le dernier élément étant la confiance qu’on me porte. Je suis on ne peut plus gaffeux et étourdi lorsque je travaille pour quelqu’un d’insécure qui ne fait confiance à personne et qui doit tout contrôler. C’est tout le contraire lorsque je travaille pour des gens qui choisissent finement leur personnel et leur offrent la confiance nécessaire à leur épanouissement. Je n’ai trouvé ce type d’employeur qu’une fois -et j’en ai eu des jobs-, et ils ont enfin trouvé un trou où me caser.Quand j’appréhende avec joie le fait de débuter ma journée en calculant des inventaires et que celle-ci se termine par une jasette ou une partie de dés avec les clients réguliers en sirotant un mojito, pour le salaire d’un attaché politique et le double de celui d’un travailleur communautaire, c’est presque des vacances.
Alors pour la première fois en cinq ans, je suis vraiment heureux au boulot. Et, bien que, selon certains, je gaspille un talent fou, j’ai décidé que mon bonheur servait plus la société que ma grande gueule pourrait le faire dans un contexte plus “sérieux”. Et ce blogue reste ma voix perdue au milieu de milliers d’autre, ce qui me permet de gueuler sans trop faire de vagues.
Le beurre, l’argent du beurre.
Salut! J’aime bien le titre… et le billet également! Ça porte à réflexion. Comme j’ai eu le plaisir de te rencontrer, je ne peux qu’être d’accord avec les quelques traits de personnalité que tu partages aujourd’hui. J’aimerais cependant bien connaître ce candidat, je suis curieux de nature!
De mon côté, j’aime bien mon boulot mais ce n’est pas ma passion principale. Comme le disait Frank Zappa, j’y suis principalement pour le fric et non pour donner un sens à ma vie… Y’a tellement d’ambitieux autour de moi qui investissent des énergies démesurées que certains en deviennent malades et d’autres détruisent leur vie familiale par négligence… Il faut “puncher”…
Par lutopium le 24 juillet, 2008
à 2:57
Ton talent est peut-être considérer comme un gaspillage par certain, mais à combien de gens as-tu fait oubliez ce qu’ils considèrent comme une vie misérable? Combien de personne se sont-elles sentie reposé après ton contact?
Je ne crois pas t’avoir rencontré (en personne du moins) et dans le cas ou cela arriverait, il y a de fortes chances que nous ne remarquerions même pas que nous avons déjà eu une conversation, mais vous avez votre utilité comme toute personne le possède. Ce qui est le plus important avec votre tâche, c’est que vous l’aimiez.
Le simple fait que tu entâmes une journée de travail avec autant d’enthousiame est la preuve même que tu as réussis dans la vie, tu t’est trouvé. Il y a de quoi rendre plusieur personnes jaloux… Pour l’instant, je le suis.
Par Félix le 26 juillet, 2008
à 2:09
Merci les mecs, ça fait plaisir. Vous viendrez prendre un verre un mardi soir au Edgar Hypertaverne et je vous ferai voir un petit bout de ma vie de bonheur.
Par ebondo le 26 juillet, 2008
à 9:28
J’accepte… Ça ira en septembre, tu y seras encore?
Par lutopium le 29 juillet, 2008
à 8:23
Bien sûr. Je ne me ferai pas prendre de sitôt à croire que l’herbe est plus verte ailleurs.
Par ebondo le 29 juillet, 2008
à 10:00
un bonheur qui fait son sens à la vie ca irait?
Par mandoline le 30 juillet, 2008
à 8:29
Voilà effectivement un texte qui fait réfléchir. J’en suis aussi à cette étape; mon domaine étant par-contre à l’opposé du vôtre. C’est peut-être pourquoi, porté par l’appât du gain, par l’épanouissement par la recherche et le développement ansi que par les mouvances des bulles technologiques, je me retrouve assez haut dans l’échelle de ma profession à 34 ans, sans grand enthousiasme. J’imagine qu’il n’est jamais trop tard pour se reprendre.
Je pense encore que mon insertion au sein de la blogosphère n’est que la première étape d’une éventuelle transformation. Encore une fois, je respecte énormément les gens qui restent intègres avec eux même. Ce que vous avez fait ne peut qu’être félicité. Par contre, moi qui pensais m’impliquer un peu plus en politique, soit municipale ou provinciale, votre intervention me refroidit un peu. Ça doit être la naïveté… et il y a peu de place pour la naïveté en politique.
Par Sir Seb le 30 juillet, 2008
à 7:49
Je ne passe pas souvent dans ce coin le mardi soir, mais il se peut que je fasse un “léger” détour un de ces quatre. Cela me ferait plaisir de converser avec toi en personne.
Par Félix le 4 août, 2008
à 11:24