Pas parce je n’ai rien à dire, mais bien parce que je ne sais plus par où commencer. Je pourrais vous parler de la Grande Crise économique dont on sent la première brise et dire que n’importe qui de bien informé la voyait poindre à l’horizon. Sauf, semble-t-il, nos grands médias, les instituts bidon de pensée en boîte comme le pompeux Institut Économique de Montréal, et bien sûr tous les économistes prophètes de la récente religion Économiste à laquelle nous avions été convertis de gré ou de force depuis le début des années ‘90. Ce qui me fascine, dans ce dossier, c’est que, devant une catastrophe d’une telle ampleur, les responsables de celle-ci, ainsi que tous ceux qui les ont aveuglément suivi : journalistes, chroniqueurs, éditorialistes et politiciens, soit ceux qui nous ont menés au bord du gouffre, eh bien il semble que ce soit eux qui vont gentiment nous en sortir.
Si une barmaid s’amuse a lancer des verres sur les clients, que son gérant et les autres employés la regardent et l’encouragent, le jour où un client va se faire fracturer le crâne par un verre, tout se beau monde va se retrouver à la porte; le bar risque même de fermer.
Là, c’est tout un système confié aux bons soins de gens dont l’appétit pour les billets verts aurait avantage à se retrouver dans le DSM IV (Dictionnaire de la Santé Mentale), système à la source de maints crimes contre l’humanité, que l’on demande à ses architectes de reconstruire. Un peu comme le toît du Stade Olympique. Euh. Sérieux?
Quelle logique veut que l’artisan presque criminel d’une catastrophe soit celui qui doive vous en sortir? Quelle logique veut que les prophètes du capitalisme sauvage puissent continuer de prêcher, alors que tout ce vers quoi ils nous poussaient depuis des lustres n’avait pour but que de se bourrer la face de bills de mille en sachant que quand ça chierait, ils pourraient se retirer peinards dans une de leurs dix villas avec une prime de congédiement équivalent à dix ans de leur salaire, et que nous, pauvres contribuables, emprunterons à nouveau pour sortir nos créanciers de la merde.
Si j’étais Alain Dubuc, je me serais retiré dans mes terres pour faire brûler les derniers exemplaires de mon “Éloge de la richesse”, et je serais resté “low-profile” pendant quelques années. Idem pour les membres de l’Institut Économique. Quand on se plante de la sorte pendant si longtemps et que le pot au roses finit par être découvert et que toute la patente nous explose à la figure, on fait son méa-culpa, on rentre chez-soi la queue entre les deux jambes et on fait ce que tout individu doté de conscience et d’un minimum d’intelligence devrait faire : fermer sa gueule pendant un petit bout.
Mais non, une fois l’argent des contribuables sécurisé, nos bonzes du Capitalisme de la vache folle nous reviennent avec leurs bons conseils : Surconsommez et surtout, EMPRUNTEZ!
Ok, si des gens pensent que notre économie ne repose que sur la surconsommation et l’emprunt, eh bien ils sont trop cons pour même parler d’économie. Cette économie-là, c’est la leur; elle date de l’après guerre et ça fait un sacré bout qu’elle est sur le respirateur. Et là, comme disait un homme de sagesse dernièrement, notre économie est comme une personne faisant une hémorragie interne et à qui on tente de faire une transfusion sanguine.
Je n’en peux plus de voir ces escrocs jouer aux cons avec nous. Et réussir…
Sans oublier Barack. En qui certains voient le nouveau Roosevelt et son nouveau “New Deal”. Eh bien, j’en suis, mais pas dans le même sens. Je m’explique : la pensée courante aime dire que c’est le “New Deal” qui a sorti les États-Unis de la grande Dépression. Or, c’est faux. Bien que les efforts du “New Deal” aient freiné la crise au début de leur application, l’économie a fait mine de retomber vers 1938. Ce qui a sorti les États-Unis de la Grande Dépression, c’est la Deuxième Guerre Mondiale.

Zbigniew Brzezinski et le jeune Oussama Ben Laden
Vous me suivez? Peu importe les mesures prises pour stabiliser l’économie, rien de tel qu’une guerre d’importance pour sortir le monde de la crise. Et, considérant qu’un des principaux conseillers d’Obama en matière de politique étrangère et de défense (si ce n’est le principal) se nomme Zbigniew Brzezinski, il y a de quoi s’inquiéter. Juste un peu. Donald Rumsfled est un enfant de coeur à côté de Brzezinski, si vous me permettez. Dick Cheney est un chérubin à côté de Brzezinski.
Autre étrange incohérence. Comment peut-on être en rupture avec l’administration républicaine de Bush lorsqu’on 1) garde le même secrétaire à la défense et 2) qu’on nomme un Républicain Secrétaire au Commerce? Deux secteurs où la politique républicaine a fait des ravages…
Obama a été choisi sur mesure pour répondre au cynisme ambiant de l’humanité. Le meilleur berger sur le marché. Ils ont bien choisi, je les en remercie pour ma propre image, mais ça s’arrête là. On vient d’assister à la Staracadémisation de la politique, à son paroxysme. Et la foule en redemande. C’est ça qui est effrayant de l’humanité, lorsqu’elle se braque tout entière vers une direction aux fondements douteux.
Je crois que j’en ai assez dit pour un revenant…
Ouep, il faut demeurer sceptique. M. Obama a certainement de très bonnes intentions pour luuter contre la pauvreté et l’injustice. Mais les affaires courantes monétaires internationales… Les maîtres… Les vrais…
Par lutopium le 8 février, 2009
à 5:53
Aie-je le droit de rompre le silence?
Je suis d’accord avec l’ensemble du texte jusqu’au passage – qui l’eut cru? – sur Obama.
Je suis de ceux qui dénonçaient la “religion des économistes”, mais tout me gardant d’être socialiste ou anti-capitaliste. Je demeure capitaliste. Ou devrais-je dire: je continue de croire que le capitalisme est le moins pire des systèmes. Il mérite une ou des refontes, surtout dans la haute finance, mais pas le genre de remise en question totale que les socialistes, les verts et les libertariens appellent. Me semble qu’on a assez perdu de temps à discuter des fondements du capitalisme plutôt que les accepter et faire avec, en dehors des dogmes.
Quant à Alain Dubuc, que je n’aime pas non plus, n’importe quel raison est bonne pour qu’il aille se cacher dans ses terres!
Alors je reviens sur Barack Obama. Vraiment tu as l’air de lui chercher constamment des poux. Tu lui en cherchais avant même sa première décision en tant que Président et maintenant c’est un procès d’intention par association! Je vais dire comme l’autre “c’t'ivident” que pour se rendre jusqu’à ce on-ne-peut-plus prestigieux poste, Obama a dû fréquenter et discuter avec pas mal de gens, de toutes les couleurs… et je parle de couleurs politiques ici. Ce qui est frais, dans son approche, c’est qu’il s’entoure de gens qui ne sont pas tous du même moule, même d’adversaires politiques, y compris des Républicains. Plutôt qu’être revanchard et dogmatique, il est rassembleur et pragmatique.
Est-ce qu’il va faire des erreurs? Oui! D’ailleurs il en a déjà admis une, ce qui aussi en soi rafraichissant. Va-t-il décevoir des gens? Absolument! Comment ça pourrait être autrement!? Va-t-il prendre des décisions avec lesquelles, moi, je ne serai pas d’accord? Fort probablement!
Là où tu vois de l’incohérence, Eric, je vois une façon plus pragmatique, moins idéologique, de faire. C’est ça que j’aime, après des années où Dieu lui-même se trouvait à la Maison-Blanche. C’est sûr qu’Obama demeure le Président des États-Unis, qu’il cherchera avant tout à défendre les intérêts de son pays, qu’il ne modifiera pas d’un coup de baguette magique la dynamique au Moyen-Orient…
Je me demande qui croit au Messie ici!?
Par Martin Beaudin-Lecours le 11 février, 2009
à 1:48
Comme je disais : certains ne demandent qu’à croire, pas moi. Je pense avoir fait mes devoirs en la matière, et pas besoin d’un doctorat en politique pour savoir que le CFR (Council on Foreign Relations) est un organisme corrompu d’où sortent à peu près tous les présidents américains et membres importants du cabinet depuis plusieurs décennies.
Partant de là,
1) Si la femme d’Obama y siège, si Obama est lui-même un régulier de ce club sélect, ça démontre un tantinet qu’on nage en plein copinage avec les mêmes qui nomment tous les présidents américains. D’ailleurs, le dernier président à s’être dressé contre ce groupe occulte a reçu une balle magique derrière la tête.
2)Je me suis tapé le dernier livre de Brzezinzki, dans lequel on retrouve un superbe plan suivi à la lettre par Bush et qu’Obama est en train de continuer pour faire des États-Unis le premier empire mondial inébranlable.
Ce qui veut dire: invasion de l’Afghanistan, envoi de troupes en Iraq, préparation des divers alliés dans la région pour des changements de régime (Ukraine, Georgie, etc.) sous Bush et ensuite, retour d’Obama en force en Afghanistan pour finalement attaquer l’Iran en tag-team avec Israel, et peut-être un renouveau de la guerre froide en trame de fond.
Considérant l’échec Républicain au niveau des l’économie et de la défense, personnellement, je crois qu’une approche pragmatique minimale aurait été de confier au moins ces deux postes à des démocrates. Mais non.
3) Savais-tu qu’Obama avait fait rayer TOUS ses adversaires à l’élection au Sénat et été ainsi élu par acclamation? T’as vu ça souvent dans ta vie?
Enfin, si tu as le courage de confronter tes croyances (ou ton espoir attendrissant), Deux lectures intéressantes, quoi que ce soient des lectures difficiles et longues: Les guerres secrètes de la CIA, de John Prados, professeur associé aux archives de la sécurité Nationale, et, bien sûr, Le Grand échiquier, de Zbigniew Brzezinski.
Après ça on pourra sortir du cadre de la foi et entrer sur le terrain des faits.
Quant au Messie, non je n’y crois pas, mais il y a assez de gens en ce bas monde qui l’attendent pour que nos maîtres songent à leur en modeler un juste pour faciliter leur travail, chose qui fut si bordélique avec Bush qu’un pet aurait été considérée comme une bouffée d’air frais.
Si on joue les comparaisons avec Bush, on ne devrait que se réjouir de la présence d’Obama. Sauf que l’amélioration du sort de l’humanité demande mieux que de se contenter d’un président plus beau et plus intelligent que l’ancien. Moi, la question que je me pose en premier lieu après toute élection : À qui iront les retours d’ascenseur. Dans le cas d’Obama, comme celui de Bush, ça n’augure rien qui vaille.
Rien n’a changé, si ce n’est la face du messager et l’apparence du message. Pourtant, sauf quelques petits trucs insipides, les faucons continuent leurs projets en sachant qu’il y a enfin quelqu’un capable de les faire avaler à pas mal tout le monde.
Anyways, les deux bouquins, faut les commander. C’est semble-t-il trop avancé comme ouvrages de géopolitiques pour figurer sur le palmarès Renaud-Bray. Et pourtant, tout le monde devrait se les taper.
Toujours un plaisir de débattre avec toi
Par ebondo le 11 février, 2009
à 12:32
Éric, elle bien belle ta formule sur “les faits et la foi”, mais je suis assez conscient de ce que je crois, ce qui fait de moi quelqu’un de plutôt lucide. Enfin, je crois. Et j’ai un bac en histoire, discipline où la principale méthode est la critique des sources. Je suis justement assez critique pour ne pas nécessairement croire le premier livre lu, même s’il fait 500 pages et est écrit par une sommité. Alors tu m’excuseras de ne pas prendre automatiquement pour vraies les conclusions qu’en tire un inconnu sur un blogue!
Tu n’es pas le seul à avoir l’esprit critique, malgré ce que ton ton laisse croire. Et moi je ne prétend pas “regarder la réalité au-delà des chemins tracés par nos maîtres”, et encore moins avoir été un des seuls sur la planète à l’avoir fait en ce qui concerne Obama. Je te parle (parlais) d’avenir, avec l’humilité de ne pas le connaître à l’avance…
Vas-tu t’exclamer “j’avais raison” quand les USA vont attaquer l’Afghanistan? Parce que t’es pas le seul à t’y attendre! Même le naïf attendrissant que je suis n’en serait pas surpris! Comme je ne m’attends pas, même si je le souhaite, à ce que la situation au Moyen-Orient soit réglée par Obama et Clinton. Vas-tu dire “j’avais raison” quand le taux de popularité d’Obama va chuter? Parce que ça aussi c’est inévitable!
Merci. Grâce à toi, je vais probablement lire un peu plus, et tiendrai alors compte de ton éclairage. Mais comme je l’écris régulièrement, moi les thèses de complots par de petits clubs sélects, les “Maîtres”, les “groupes occultes”… Franchement, ces thèses m’apparaissent la plupart du temps bien trop pratiques pour être vraies. Je ne nie pas l’existence de complots, mais, disons, que c’est leur poids relatif dans la balance de ce qui va mal dans le monde dont je doute. Menfin…
On s’en reparle dans quelques mois je suppose!
Par Martin Beaudin-Lecours le 11 février, 2009
à 9:36
Quand même curieux que tu me parles de faits, alors que mon livre de chevet est, ces jours-ci, “Histoire des faits et théories économiques”!
Par Martin Beaudin-Lecours le 12 février, 2009
à 12:37
Tu vas être content, je me suis ouvert l’esprit à autre chose, un peu grâce à toi, un peu grâce à d’autres. Mais l’ouverture, n’est-ce pas essentiel?
Par ebondo le 18 février, 2009
à 11:39