Publié par : ebondo | 20 avril, 2009

Signes de vie.

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Léconomie perd tout son sang/sens

Même si mon milieu de travail se porte à merveille, même si je vis le parfait bonheur dans ce que je fais de mon existence, un fond d’inquiétude revient me hanter. Je sais, le Canadien fait les séries, c’est le printemps, et toutes ces choses qu’on aime vivre durant l’année. Pendant ce temps, se produit une crise économique comme les deux dernières générations n’en n’ ont vécue de leur vivant. Tout ce que nous savons de la dernière, ce sont des bribes nous venant de nos grands-parents, des histoires de gens qui se jettaient par les fenêtres de Wall Street. Sauf que cette fois-ci, à ce que je semble constater, les gens de Wall Street ne se lancent pas par les fenêtres, c’est notre argent qu’ils jettent par les fenêtres. Ils ont pris la population en otage et réclament de plus en plus notre argent. Où va cet argent, qui devait servir à rétablir le prêt interbancaire, qui ne semble pas vouloir se rétablir? On nous gave d’histoires de compagnies qui ne peuvent plus acheter à crédit, de pertes d’emploi, des histoires de gens qui perdent leur job et se lancent dans des tueries.

Consommez!, nous dit-on, où ce sera pire. Et de grâce, n’utilisez pas vos économies -laissez les perdre 50% de leur valeur plutôt-, empruntez et continuez à consommer sinon tout va s’effondrer!

Cela vient de la bouche même de ceux qui sont responsables ou complices implicites de la crise elle-même. Quelles magnifiques sources auxquelles se fier.

Trop tard… Le peuple a peur, conserve ses deniers, replace ce qui lui reste d’économies dans des placements plus sûrs. Qui dit baisse de la consommation dit pertes d’emploi. Et qui dit pertes d’emploi dit baisse de la consommation. Et si on continue de supporter des compagnies dont les gens n’achètent plus les produits, autant mettre le feu à notre argent.  Pendant ce temps, les spéculateurs encaissent sur les énormes fluctuations presque quotidiennes de la bourse. Vous voulez faire un paquet de fric par les temps qui courent? Dès que vous entendez parler d’un nouveau plan de relance et que la bourse s’effondre, achetez! Dès l’annonce de l’aide gouvernementale,   vendez et faites vous un paquet de fric! Rincez, répétez.

Tout ça pour dire que, oui, moi aussi je me crois complètement impuissant devant l’ampleur du racket, devant l’étroite collaboration entre nos dirigeants politique et la haute finance, mais on ne peut pas rester comme ça dans le train qui nous amène à un endroit où on  ne veut vraiment, mais vraiment pas aller! Les responsables continuent d’empocher la totale, cette fois-ci avec beaucoup de nos impôts. Et ça ne repart pas, étrangement, ça continue de chuter. La musique joue encore, mais le party est sur le point de manquer de boisson, le DeeJay a mis un CD est s’est poussé, la machine a interac ne prend plus les cartes parce que le système est en mode “entretien hebdomadaire”, les lumières commencent à augmenter d’intensité et les portiers vous regardent d’un air intimidant. Fin du party, rentrez vivre votre gueule de bois chez-vous.

J’ai ressassé l’idée dans ma tête mille et une fois et je ne vois à l’heure actuelle aucune fin heureuse à la présente crise, de la façon dont elle est gérée. Comme disait l’économiste Joseph Stiglitz : “C’est comme si on transfusait du sang à une personne qui souffre d’hémorragie interne.” Les pronostics sont mauvaise. Je ne vois aucune solution à part commencer par cesser de jeter les fonds publics à la poubelle. Comme le disait Madame Jérôme Forget à une époque, elle ne fait pas apparaître de l’argent avec une baguette magique. Aujourd’hui, citoyens ordinaires que nous sommes, on peut rétorquer la même chose. Et en plus, on sait où est l’argent,   et ce n’est pas dans NOTRE tiroir.

Alors je vous invite à réfléchir sérieusement, pendant les pauses publicitaires durant les séries, à cet état de choses, et vous poser la question à savoir si vous devriez faire quelque chose, ne serait-ce que d’en parler à votre voisin, collègue, conjoint, et de vérifier que nous ne sommes pas seuls à trouver les choses louches. Quand tout le monde saura qu’en bout de ligne nous le savons tous -simplement qu’on n’ose le dire parce qu’on a pas de solution-, à ce moment il y aura bien quelqu’un qui trouvera un moyen d’arrêter l’hémorragie. Et on sera prêts, espérons-le, à bouger.

En attendant, puisque je gagne ma vie à gérer le party, je retourne être un vecteur de bonheur immédiat, qui est sûrement mieux que pas de bonheur du tout.



Réponses

  1. mille fois raisons, la solution bien sûr commence dans nos têtes, avant de pouvoir se concrétiser. Elle sera fruit d’un effort collectif, pas celui dirigé par nos leaders actuels. Mais si on s’en fout, comme on fait souvent d’habitude, peu de choses arriveront qui relèveront de notre volonté. J’y penserai pendant les annonces. Continuez à apporter le bonheur…

  2. « L’histoire se répète-t-elle et ceux et qui sont demeurés étrangers à son cheminement souvent douloureux sont-ils condamnés à emprunter à leur tour les mêmes sentiers? […] Si aucune conclusion décisive n’a jamais émergé de cette discussion, il est, en tout cas, dans les questions économiques, sociales et politiques, une proposition que l’on peut avancer avec quelque assurance : si les conditions déterminantes sont les mêmes, ou similaires, alors quelques-unes au moins des conséquences seront les mêmes, ou similaires. » C’est ce qu’écrivait John Kenneth Galbraith, aux lendemains du krach boursier d’octobre 1987 dans sa préface à la réédition en 1988 de son livre La crise économique de 1929.

    Il y a certes des similitudes entre la crise de 1929 et celle que nous vivons présentement. Une des leçons à tirer de la Grande crise, c’est que les épisodes spéculatifs ne se terminent jamais en douceur, surtout quand les marchés boursiers ont monté sans limite apparente, la croyance des individus et des institutions étant que l’augmentation des valeurs, si peu liée à la réalité de l’économie, se poursuivrait comme guidée par une main invisible et bienfaisante.

    Galbraith l’explique : « Les valeurs augmentent; elles augmenteront davantage; la personne […] à qui l’on reconnaît un certain génie, suivra le marché à la hausse, mais, grâce à ce génie particulier, se retirera avant qu’un retournement intervienne. […] Cette situation devient de plus en plus décisive à mesure que se prolonge la hausse des valeurs […]. » Plus loin dans sa préface Galbraith ajoute : « En réalité, tout mouvement spéculatif pur a sa dynamique à lui; celle-ci est programmée pour s’achever par un krach. »

    En plus de ces deux conditions déterminantes de la crise économique, à savoir la psychologie euphorique des joueurs et des boursicoteurs et l’instinct morbide de spéculation pure, s’ajoute selon Galbraith une troisième condition qui est l’adoption de réductions d’impôts dont ne bénéficient que les gens très riches, réductions qui ne font que détourner des fonds vers le marché des actions et privent l’État d’importantes recettes fiscales.

    Enfin une quatre condition commune à la présente crise et à celle de 1929 se manifeste dans la domaine de la finance d’entreprise. Dernière innovation en date du capitalisme dans les années précédant la crise, l’évaluation de la valeur des actions en regard de nouvelles règles comptables qui permettaient de faire apparaître de manière miraculeuse des profits anticipés. Or par exemple dans le cas d’ENRON, les revenus anticipés ne se réalisèrent pas et l’on connaît la suite.

    Autre ressemblance marquée entre les événements de 1929 et ceux de 2008 est la recherche immédiate d’un bouc émissaire qui peut porter la responsabilité de l’effondrement de la bourse, effondrement pourtant inhérent à la spéculation qui l’avait précédé. Comme le souligne Galbraith : « C’est de théologie économique qu’il s’agit ici : le marché est non seulement parfait mais, dans une certaine mesure aussi, sacré. Il ne peut être tenu pour responsable de sa dynamique intrinsèque et du désastre consécutif. » Aujourd’hui les médias insistent sur ces centaines de milliers de consommateurs qui ont contracté des emprunts hypothécaires au-delà de leur capacité réelle de remboursement, des emprunts qui ne seraient plus garantis par la valeur des biens qu’ils se sont procurés, la valeur de leur maison ayant par exemple chuté en regard des baisses enregistrées sur le marché de l’immobilier.

    De manière simpliste les spécialistes de l’économie et les médias donnent, comme explication première à la crise, l’endettement des ménages au-delà de leur capacité à rembourser les sommes empruntées. Ainsi les citoyens-consommateurs-contribuables seraient coupables entre autres de s’être endettés pour l’achat de biens de consommation en regard de l’évaluation de leur bien immobilier, dont la spéculation du marché au cours des dernières années avait artificiellement haussé la valeur. La demande s’effondre, les prix des maisons baissent, les prêts à la consommation octroyés ne sont plus garantis par un actif suffisant. Mais n’y aurait-il pas une cause plus probante à la crise actuelle? Ne se pourrait-il pas qu’il y ait, parmi l’ensemble des citoyens-consommateurs-contribuables, une catégorie particulière parmi ces derniers qui aurait une part de responsabilité beaucoup plus grande et que les experts et les médias devraient identifier pour le bénéfice de tous et chacun?

    L’actuelle crise trouve son origine dans le capitalisme américain à l’heure de la globalisation des marchés. Les États-Unis étant un acteur important sur la scène internationale, les conséquences de la crise qui l’affecte s’étendent comme une traînée de poudre au reste de la planète. Or premier constat, les États-Unis doivent beaucoup d’argent, ils sont devenus depuis longtemps des créditeurs, c’est-à-dire qu’ils ont des sommes portées à leur crédit, en termes clairs ils sont endettés auprès de créancier étrangers, des capitaux du monde entier s’étant placés à Wall Street. Deuxième constant, la balance commerciale américaine est déficitaire et le déficit du budget fédéral atteint des records historiques. Troisième constat, bien que le dollar demeure toujours la référence lors des échanges commerciaux , sa suprématie est menacée à terme. Dans toute recherche de responsabilité de la crise on doit prendre en considération ces facteurs qui différencient la situation actuelle de celle des années 30.

    N’est-il pas curieux que les experts et les médias soient avares de commentaires en regard de la réduction drastique des impôts dont ont bénéficié les riches au cours des vingt dernières années et en regard de l’augmentation des dépenses militaires consécutives à la guerre du Golfe? L’actuelle crise ne serait-elle pas en partie la conséquence de ces deux politiques, privant l’État fédéral américain des recettes fiscales nécessaires à la couverture de ses autres dépenses? N’est-il pas paradoxal qu’on laisse des millions de personnes sans assurance maladie, mais que le gouvernement américain mette en branle son système d’assurance des dépôts bancaires et renfloue des banques et des entreprises en difficulté, à même les poches de ces citoyens-consommateurs-contribuables qui ont vu réduites, au cours des deux dernières décennies, leurs indemnités de chômage et d’aide sociale, qui voient aujourd’hui leurs retraites menacées par la faillite de leurs anciens employeurs, qui anticipent déjà les mesures d’austérité qui seront mises en place par les gouvernements pour lutter contre les déficits accumulés au cours de cette crise, mesures qui entraîneront encore à la baisse les transferts sociaux?

    Comme l’écrit Galbraith, « […] le gouvernement a aujourd’hui, au contraire des années trente, une responsabilité clairement spécifiée de maintien des revenus, de l’emploi et d’un niveau raisonnable d’activité économique. Cette responsabilité est à présent acceptée par tous les gouvernements de tous les pays industriels quelle que soit leur tendance. C’est là le sens de la
    révolution keynésienne. » Mais les gouvernements n’ont-ils pas aussi le devoir de chercher les causes de la présente crise, d’identifier les acteurs responsables des négligences qui ont appauvri des millions de citoyens-consommateurs-contribuales tout en maintenant intacts les positions sociales et les privilèges d’une minorité qui détient la plus grande part de la richesse? En guise de conclusion, et reprenant une allégorie de Galbraith qui va bien dans le sens de ta réflexion : « L’abus économique, comme l’abus d’alcool, a son lendemain, inévitable ».

  3. En fait il n’y a rien de vraiment étonnant à ce que les experts et les médias soient avares de commentaires en regard des dépenses militaires américaines dans la mesure où cette discrétion est une belle illustration de la loi du silence qui a fait l’objet de ta pertinente chronique Au fil du rasoir sur le site Les repères de Languirand. Bien qu’on puisse contester certains éléments de la thèse de l’auteur dans son livre 1984 Le dernier homme en Europe, j’estime que George Orwell a le mérite d’être clair dans sa dénonciation de la nature de la guerre et du rôle des classes dirigeantes qui, par l’établissement et le contrôle d’un complexe industriel militaire scientifique, détournent à leur profit une grande part de la richesse collective créée, privant de la sorte la vaste majorité de la population d’une équitable répartition des ressources, tout en maintenant leur domination sociale incontestée, et ce même dans un contexte de grave crise économique. Ces extraits tirés de 1984 méritent, non seulement d’être lus, relus et médités, mais devraient être l’objet d’un large débat à l’occasion du cinquantième anniversaire de leur parution en 1949:

    « Le but primordial de la guerre moderne […] est de consommer entièrement les produits de la machine sans élever le niveau général de la vie.

    Depuis la fin du XIXe siècle, le problème de l’utilisation du surplus des produits de consommation a été latent dans la société industrielle. […]

    Le monde d’aujourd’hui est un monde nu, affamé, dilapidé, comparé au monde qui existait avant 1914, et encore plus si on le compare à l’avenir qu’imaginaient les gens de cette époque.

    Dans les premières années du XXe siècle, la vision d’une société future, incroyablement riche, jouissant de loisirs, disciplinée et efficiente, une monde aseptisé et étincelant de verre, d’acier, de béton d’un blanc de neige, faisait partie de la conscience de tous les gens qui avaient des lettres. La science et la technologie se développaient avec une prodigieuse rapidité et il semblait naturel de présumer qu’elles continueraient à se développer. Cela ne se produisit pas, en partie, à cause de l’appauvrissement qu’entraîna une longue série de guerres et de révolutions, en partie parce que le progrès scientifique et technique dépendait d’habitudes de pensée empiriques qui ne pouvaient survivre dans une société strictement enrégimentée. […]

    Dès le moment de la parution de la première machine, il fut évident, pour tous les gens qui réfléchissaient, que la nécessité du travail de l’homme et, en conséquence, dans une grande mesure, de l’inégalité humaine, avait disparu. Si la machine était délibérément employée dans ce but, la faim, le surmenage, la malpropreté, l’ignorance et la maladie pourraient être éliminées après quelques générations. En effet, alors qu’elle n’était pas employée dans cette intention, la machine, en produisant des richesses qu’il était parfois impossible de distribuer, éleva réellement de beaucoup, par une sorte de processus automatique, le niveau moyen de vie des humains, pendant une période d’environ cinquante ans, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe.

    Mais, il était aussi évident qu’un accroissement général de la richesse menaçait d’amener la destruction d’une société hiérarchisée.

    Dans un monde dans lequel le nombre d’heures de travail serait court, où chacun aurait suffisamment de nourriture, vivrait dans une maison munie d’une salle de bains et d’un réfrigérateur, posséderait une automobile ou même un aéroplane, la plus évidente, et peut-être la plus importante forme d’inégalité aurait déjà disparu. Devenue générale, la richesse ne conférerait plus aucune distinction.

    Il était possible, sans aucun doute, d’imaginer une société dans laquelle la richesse dans le sens de possessions personnelles et de luxe serait également distribuée, tandis que le savoir resterait entre les mains d’une petite caste privilégiée. Mais, dans la pratique, une telle société ne pourrait demeurer longtemps stable.

    Si tous, en effet, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, la grande masse d’êtres humains qui est normalement abrutie par la pauvreté pourrait s’instruire et apprendre à réfléchir par elle-même, elle s’apercevrait alors tôt ou tard que la minorité privilégiée n’a aucune raison d’être, et la balaierait. En résumé, une société hiérarchisée n’était possible que sur la base de la pauvreté et de l’ignorance. […]

    Le problème était de faire tourner les roues de l’industrie sans accroître la richesse réelle du monde. Des marchandises devaient être produites, mais non distribuées. En pratique, le seul moyen d’y arriver était de faire continuellement la guerre.

    L’acte essentiel de la guerre est la destruction, pas nécessairement de vies humaines, mais des produits du travail humain. La guerre est le moyen de briser, de verser dans la stratosphère, ou de faire sombrer dans la profondeur des mers, les matériaux qui, autrement, pourraient être employés à donner trop de confort aux masses et, partant, trop d’intelligence en fin de compte. Même quand les armes de guerre ne sont pas réellement détruites, leur manufacture est encore un moyen facile de dépenser la puissance de travail sans rien produire qui puisse être consommé. Une Forteresse flottante, par exemple, a immobilisé pour sa construction, la main-d’œuvre qui aurait pu construire plusieurs centaines de cargos. Plus tard, alors qu’elle n’a apporté aucun bénéfice matériel, à personne, elle est déclarée surannée et envoyée à la ferraille. Avec une dépense plus énorme de main-d’œuvre, une autre Forteresse flottante est alors construite.

    En principe, l’effort de guerre est toujours organisé de façon à dévorer le surplus qui pourrait exister après que les justes besoins de la population sont satisfaits. […]

    En même temps, la conscience d’être en guerre, et par conséquent en danger, fait que la possession de tout le pouvoir par une petite caste semble être la condition naturelle et inévitable de survie.

    La guerre, comme on le verra, non seulement accomplit les destructions nécessaires, mais les accomplit d’une façon acceptable psychologiquement. Il serait en principe très simple de gaspiller le surplus de travail du monde en construisant des temples et des pyramides, en creusant des trous et en les rebouchant, en produisant même de grandes quantités de marchandises auxquelles on mettrait le feu. Ceci suffirait sur le plan économique, mais la base psychologique d’une société hiérarchisée n’y gagnerait en rien. […]

    Il est nécessaire de répéter ce qui a été dit ci-dessus, c’est qu’en devenant continuelle la guerre a changé de caractère fondamental.

    Anciennement, une guerre, par définition presque, était quelque chose qui, tôt ou tard prenait fin, d’habitude par une victoire ou une défaite décisive. Anciennement aussi, la guerre était un des principaux instruments par lesquels les sociétés humaines étaient maintenues en contact avec la réalité physique. Tous les chefs, à toutes les époques ont essayé d’imposer à leurs adeptes une fausse vue du monde, mais ils ne pouvaient se permettre d’encourager aucune illusion qui tendrait à diminuer l’efficacité militaire. Aussi longtemps que la défaite signifierait perte de l’indépendance ou quelque autre résultat généralement tenu pour indésirable, les précautions contre la défaite devaient être sérieuses. Les faits matériels ne devaient pas être ignorés. […] Les nations inefficientes sont toujours tôt ou tard conquises et la lutte pour l’efficience est ennemi des illusions. […]

    La guerre était une sauvegarde, même de la santé et, dans la mesure où les classes dirigeantes étaient affectées. C’était, probablement, la plus sûre des sauvegardes, tant que les guerres pouvaient se gagner ou se perdre, aucune classe dirigeante ne pouvait être entièrement irresponsable.

    Mais quand la guerre devient littéralement continuelle, elle cesse aussi d’être dangereuse. Il n’y a plus de nécessité militaire quand la guerre est permanente. […]

    La guerre donc, si nous la jugeons sur le modèle des guerres antérieures, est une simple imposture. [...] Mais bien qu’irréelle, elle n’est pas sans signification. Elle dévore le surplus des produits de consommation et elle aide à préserver l’atmosphère mentale spéciale dont a besoin une société hiérarchisée. […]

    La guerre est engagée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets et l’objet de la guerre n’est pas de faire ou d’empêcher des conquêtes de territoires, mais de maintenir intacte la structure de la société. »

    Souhaitons que le plus grand nombre d’humains prennent conscience de l’un des mécanismes les plus sophistiqués d’aliénation collective et gardons l’espoir que nous puissions agir, aussi modestement soit-il, avant que l’actuelle guerre du Golfe n’embrase le Pakistan et l’Iran pour le seul bénéfice des classes dirigeantes d’un nation américaine aux abois.

  4. Non pas cinquantième anniversaire mais bien soixantième, peux-tu apporter la correction ?
    Merci.

  5. Alors? Mme Harel à la mairie?

    • Je dois jouer au politicien et ne rien répondre. Je saurais même pas quoi répondre, si ce n’est que ça se jasait depuis long-longtemps.

  6. L’état actuel des choses n’est-il pas le résultat de l’expansion démesurée des besoins du moi? de l’attachement au matériel, auquel on s’identifie… En se donnant ainsi une place dans la vie. À l’idée de perdre les possessions qui matérialisent « mon » existence, je « me » sens perdu. Qui est-il ce me? Ce centre appelé « ego » qui devient une prison quand celui-ci tourne autour de lui-même. Quand on me vole « ma » paire de bas, c’est comme si on m’enlevait une partie de moi-même et je me sens blessé… Si ça arrive à quelqu’un d’autre, je ne m’en sens pas vraiment touché. Je m’offusque lorsqu’on attaque « mes » positions et demeure souvent insensible à la vision d’autrui.

    Cette séparation entre « moi » et l’ensemble engendre une fragmentation au sein même de l’unicité de la vie. Se détacher de l’identification au matériel – à l’expansion du moi, ouvre à une nouvelle dimension, à celle d’une richesse faite présence. Accepter de l’état actuel des choses permet à conscience de transcender celui-ci… Faire la paix avec le « ce qui est » et observer le mécanisme de la pensée, nous ouvre à une intelligence nouvelle. L’union avec la vie reste l’essence par laquelle la conscience s’éveille… « Qu’est-ce qu’on fait » ne prime plus sur « comment on le fait » et dans la fin est alors le moyen.

    Aujourd’hui, notre structure extérieure est ébranlée, car elle n’est pas viable… grâce à cela nous pouvons consciemment changer de voix. Et découvrir ainsi la source intérieure de ses conflits extérieures : la division toi et moi. Cette division entretenue et nourrit par plusieurs médiums de communication. Nos différences ne sont pas des raisons de divisions, mais les saveurs et couleurs de l’arc en ciel du vivant. Chaque flocon est unique, comme chaque feuille et chaque brindille d’herbe… La beauté de la vie prend sa forme au coeur même de la différence.

    L’individu véritable n’a pas encore vu le jour, car dès lors il serait indivisible ne laissant personne dans la soif et la faim. La crise est une réponse à l’ignorance des uns vis-à-vis les autres, et celle-ci est essentielle. Plus l’ignorance demeurera, plus nous en souffrirons… Pour un jour, sortir des marasmes de l’égoïsme. Quand nous nous verrons, un monde merveilleux se dessinera devant nos yeux.

    L’homme se sentant divisé du monde, seul et impuissant face à son état de conscience, crée sa réalité. Celle-ci se manifeste conformément à l’intériorité… Le mental divise, et le coeur réunit.

  7. La nouveauté criante de cette crise: le renflouage.

    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/04/15/renflouer-l%E2%80%99%C2%ABeconomie%C2%BB-ou-simplement%E2%80%A6-maintenir-l%E2%80%99accapareur-prive-en-selle/

    Prudence, prudence, cela ne sent pas bon…
    Paul Laurendeau

  8. ABC de la crise hypothécaire

    William Bonner, dans son livre intitulé L’empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique, publié aux éditions Les Belles Lettres en 2006, écrit : « Les maisons sont chères […]. D’habitude, leur valeur augmente en gros au même rythme que l’inflation, les revenus ou le P.N.B. – pas plus vite. Pourtant, dans les dix dernières années (de 1996 à 2006), elle (la valeur des maisons aux États-Unis) a augmenté de trois à cinq fois plus vite. Les prix des maisons ne peut pas augmenter plus vite que les salaires pendant très longtemps : il faut que les gens soient en mesure d’en payer le prix pour les habiter. On peut donc s’attendre à ce que la valeur des maisons retombe également à un niveau moyen. Les prix vont baisser… ou en tous cas arrêter leur escalade. » Résultat : « […] la hausse des prix de l’immobilier va s’arrêter, ce qui provoquera une diminution des dépenses de consommation. Ce qui plongera l’économie américaine dans une récession… un long et lent marasme qui affectera les prix de l’immobilier et les marchés boursiers, laissant le dollar et les obligations relativement intacts. »

    « Quand les gens empruntent pour acheter, ils ont l’impression de devenir plus riches – surtout quand le prix de leur maison augmente. L’augmentation de la consommation apparaît même dans les chiffes de PIB, indirectement, comme une croissance. Mais on ne devient pas vraiment plus riche en consommant. On devient plus riche en fabriquant des choses qu’on peut vendre à d’autres – avec un profit. » « Ils (les gens) croient (à tort) que leur maison est un investissement différent d’un investissement en bourse dans la mesure où il est plus sûr et plus profitable. Ils savent d’expérience qu’une maison n’est pas une source de profit mais de dépenses. Chaque mois, il faut payer l’entretien. Il faut y dépenser de l’argent. Ils savent aussi que – en dehors du service susnommé que rend la maison à ses occupants – elle ne rapporte rien. Rien ne sort par la porte de derrière qui puisse être vendu. Comme affaire, c’est un coup pour rien, et ils le savent. Cela ne produit rien; aucun revenu n’en découle. Aucun profit n’en est tiré. Et pourtant, l’individu propriétaire de sa maison croit aussi qu’il peut aller de temps en temps chez les gentils créancier pour sortir de l’argent comptant – comme si sa maison avait accumulé des bénéfices. Ce qu’il sort, croit-il, n’est que l’excédent de ses propres fonds. Il se figure que s’il possédait l’année précédente, disons, une maison valant 200 000 dollars, cette année elle doit en valoir 250 000. Il peut donc sortir les 50 000 dollars d’excédent et les dépenser – comme si la maison avait fait un bénéfice de 50 000 dollars – tout en gardant la valeur de 200 000 dollars de sa maison. Il ne se demande pas d’où viennent ces 50 000 dollars. Il ne trouve pas le moins du monde extraordinaire qu’un bien dont il sait que c’est une source de coûts puisse aussi produire plus en bénéfices que lui même ne gagne (en salaire) en un an! »

    Le problème, c’est qu’« on fit miroiter aux gens propriétaires de leur maison la possibilité de sortir la valeur résiduelle de leur maison. Ils (les Amércains) crurent que la bulle immobilière avait créé de la richesse qu’ils pouvaient dépenser. Ils furent nombreux à ne pas hésiter. Les dettes hypothécaires s’élevèrent dans les premières années du vingt et unième siècle […]. Les Américains vivaient toujours plus ou moins dans les mêmes maisons. Mais elle étaient beaucoup plus hypothéquées. […] M. (Alan) Greenspan (le président de la Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, de 1987 à 2006) abaissait les taux d’emprunt bien au dessous du niveau où un marché libre du crédit les aurait maintenus. Placés devant l’alternative de ne pas gagner grand-chose en plaçant de l’argent sur des comptes d’épargne ou de gagner beaucoup en empruntant, les ménages ont fait ce qu’on pouvait attendre d’eux; ils ont cessé d’épargner et se mis à emprunter. Sur quoi ont-ils emprunté? Sur la valeur croissante de leur maison. »

    « Après vingt ans de taux d’intérêt qui ont surtout chuté, d’une inflation qui a surtout baissé et de prix d’actifs (actions et immobilier) surtout en hausse (l’auteur écrit en 2006 avant la présente crise économique), les gens ont fini par croire que c’est ainsi que tourne le monde : les taux d’intérêt sont la plupart du temps en baisse et les prix des maisons sont la plupart du temps en hausse; ça durera toujours. » « Aujourd’hui (en 2005), ceux qui jonglent avec l’immobilier prennent de plus en plus de risques – parce qu’ils sont certains que la tendance présente n’est pas près de s’arrêter. Au lieu d’acheter une maison avec un versement initial de 20 %, ils achètent avec 10 %, ou même rien. »

    « Et l’immobilier explose. Dans plusieurs secteurs de la Californie, les prix des maisons grimpent dix fois plus vite que le taux de référence de l’inflation. » « Entre 2001 et 2005, la bulle de l’immobilier a fait grimper de 1,7 billion de dollars les prix des maisons en Californie. Soit l’équivalent de 35 % des revenus personnels. À présent (en 2006), non seulement l’économie entière jouit d’une hausse du marché de l’immobilier, mais elle en dépend. De la côte Est à la côte Ouest, les gens achètent des grosses maisons au-dessus de leurs moyens. Ils comptent bien les revendre à d’autres, plus cher qu’ils n’ont eux-mêmes payé. Ce à quoi ils ne s’attendent pas, c’est d’avoir à les payer eux-mêmes. Comment le pourraient-ils? Avec quoi? Personne ne semble s’intéresser à être réellement propriétaire. […] Les maisons sont (devenues) des actifs financiers qu’il faut gérer activement […]. Quand le taux d’intérêt plonge, on déploie un nouveau crédit; on refinance la maison à un taux plus bas, et le débiteur sort au passage un peu d’argent comptant à dépenser. »

    « En Amérique, la maison moyenne a augmenté de 44 % en termes réels entre 1995 et 2005. » Or « entre 1890 et 2004, les prix de l’immobilier résidentiel américain ont augmenté, en termes réels de 66 %. Mais cette hausse n’a eu lieu que durant deux brève périodes; juste après la Seconde Guerre mondiale, et depuis 1998. Le reste du temps, le prix réel de l’immobilier a stagné ou chuté. La grande différence entre la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale et la période actuelle, c’est que l’économie américaine était alors saine et en pleine croissance. Non seulement la balance commerciale des États-Unis était-elle excédentaire, mais elle était la plus excédentaire du monde. Les salaires augmentaient et les gens pouvaient se permettre des maisons plus onéreuses. Les familles croissaient plus vite que l’économie – aussi avait-on besoin de davantage de maisons. Mais à présent, les foyers deviennent plus petits. Les revenus sont stagnants ou s’amenuisent. La nation dépense plus qu’elle ne gagne; le pays compte désespérément sur la flambée des prix de l’immobilier – et sur l’épargne des pauvres dans les pays étrangers – pour continuer à vivre au-dessus de ses moyens. Les créanciers inventent des financements pour réussir à prêter de l’argent à des gens qui ne pourront pas les rembourser. Les maisons, dans certains quartiers, sont déjà tellement chères qu’un acheteur sur dix à peine a les moyens d’en acheter une, de prix moyen. » « Les financiers savent […] bien que la plupart des acheteurs n’ont pas réellement les moyens de payer les maisons qu’ils achètent, mais ils ne voient pas l’intérêt de le mentionner. »

    « À l’heure où nous écrivons, en été 2005, les acrobates de l’immobilier conduisent des Mercedes neuves et se remplissent les poches en s’achetant et se revendant les maisons les uns aux autres. Un petit génie s’achète un condominium sur plan. Il l’envoie à un autre investisseur, qui le garde jusqu’à l’achèvement des travaux et ramasse un magot quand il le revend à un couple exerçant des professions libérales, qui a l’intention d’y rester deux ans puis de revendre (avec un bénéfice énorme). Ils agissent tous en finesse – ils achètent avec un faible acompte et effectuent des remboursements mensuels minimum, avec des emprunts à taux ajustables. Et ils s’enrichissent tous – du moins le croient-ils – tant que les prix continuent de monter. Ils en parlent dans les cocktails. Ils contemplent, heureux et fiers, leurs bilans financiers; et s’ils ont besoin d’argent comptant, ils sortent un peu de valeur résiduelle, aussi facilement qu’ils téléphoneraient pour se faire livre une pizza. »

    Or « cette richesse-là (liée à l’accroissement de la valeur élevée de l’immobilier) n’est convertie en argent comptant que lorsque la maison est vendue, et l’argent qui s’envole alors dans la poche du vendeur est simplement celui qui s’envole de la poche de l’acheteur. Aucune richesse nouvelle n’est créée, sauf si le vendeur épargne ce profit – ce qui n’est généralement pas le cas dans l’économie de consommation d’aujourd’hui. Au lieu de cela, le vendeur augmente son pouvoir d’achat tandis que le taux d’épargne décline et que les États-Unis tout entiers s’appauvrissent. »

    Selon Bonner, « la plus-value dans l’immobilier […] est une supercherie. Une maison ne produit pas plus de revenu simplement parce qu’elle est plus chère. Au contraire, la valeur utile reste exactement la même. Vous doubleriez le prix de toutes les maisons des États-Unis que les Américains n’en seraient pas plus riches d’un cent – à moins de pouvoir vendre leurs maisons à des étrangers. La valeur d’une maison ne peut pas augmenter. Seul son prix peut augmenter. »

    En conclusion, « un crash du marché boursier s’accompagnerait des lamentations habituelles. Mais un crash de l’immobilier serait bien pire. Les ménages en sont arrivées à compter sur la hausse du rapport prêt-valeur de leurs maisons pour rester solvables. Privés de cette hausse, ils n’auraient plus qu’à épargner et réduire leur consommation. Ce qui conduirait toutes ces choses négatives que la Fed (la Réserve fédérale) s’est donné tant de mal et de déshonneur à éviter : la récession, le chômage, les faillites, les saisies et la chute des prix. » Et dans la présente situation, la plus grave crise économique depuis celle des années 1930.

    Extraits tirés de William Bonner, L’empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique

  9. Et si le dollar américain valait moins que le papier sur lequel il est imprimé?

    William Bonner, dans son livre intitulé L’empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique, publié aux éditions Les Belles Lettres en 2006, écrit : « le 15 août 1971 fit […] date dans l’histoire de l’empire américain. Ce jour-là, Richard Nixon coupa le lien entre l’or et la monnaie impériale. Jusqu’alors, empire ou pas empire, l’Amérique devait payer ses dettes comme toutes les autres nations – dans une monnaie qu’elle ne pouvait pas fabriquer. À partir de ce jour-là, la voie était libre pour une énorme augmentation des dépenses de l’empire … et de ses dettes. »

    « À l’époque de l’étalon-or, la nation bénéficiaire de l’échange accumulait ses excédents de devise étrangère, puis les présentait à la banque centrale de la nation déficitaire. L’or servait de référence ordinaire et de frein extraordinaire. C’était de l’argent réel. Quand une nation n’avait plus d’or, elle n’avait pas plus d’argent. Elle ne pouvait plus emprunter. Elle ne pouvait plus se permettre de déficits commerciaux; car lorsqu’on lui présentait les devises étrangères, elle n’avait plus les moyens de compenser. Elle devait se déclarer en cessation de paiement, ce qui arrivait de temps en temps. Mais voilà […] que les États-Unis ne rembourseront plus en or leurs obligations à l’étranger. Depuis cette époque (1971), ils trouvent bien plus facile de proposer des bons du Trésor américains libellés en dollars. Fait remarquable, les étrangers les ont acceptés comme s’ils valaient de l’or. Plus remarquable encore, pendant presque tout ce temps, ces bons ne valaient pas seulement de l’or : ils valaient davantage. Le prix de l’or a chuté pendant les deux décennies (1980 et 1990) […]. À l’étranger, les banques centrales prenaient les bons du Trésor avec gratitude […]. Les États-Unis […] ont pu dépenser sans jamais vraiment payer. Ils ont pu emprunter sans jamais vraiment rembourser. Ils ont pu s’enterrer dans un trou de dettes si profonds qu’ils ne pourraient guère s’en extirper facilement. »

    Un retour en arrière s’impose ici : « Durant la dernière grande relance de la division du travail, au dix-neuvième siècle et jusqu’en 1913, l’or garantissait la devise dans laquelle s’effectuaient les transactions. Aucun pays – même impérial- ne pouvait tricher. » Ainsi, « en juin 1914, la monnaie de tous les principaux (futurs) belligérants (de la Première guerre mondiale), ainsi que celle (la monnaie) de quarante quatre autres pays, était liée à l’étalon-or. Le système était simple et efficace. Il avait créé un climat économique international si favorable à la croissance du capital et des échanges que la plupart des pays occidentaux avaient atteint un niveau de prospérité sans précédent. Les banques centrales des différents pays conservaient de l’or dans leurs coffres. Cet or était utilisé pour soutenir les monnaies-papier. Quand une nation dépensait trop d’argent en importations, ses devises affluaient vers les pays étrangers. Elles revenaient par le biais de paiements de biens et de services fournis par leur pays d’origine. En cas de déséquilibre, c’est-à-dire lorsqu’une nation étrangère se retrouvait avec plus de devises d’une nation qu’elle ne pouvait en dépenser dans des biens et des services de cette nation, elle présentait le surplus de devises à la banque centrale de ce pays pour l’échanger contre de l’or. Les déséquilibres commerciaux de toutes les nations se réglaient au moyen de cette chose qu’aucune d’elles ne pouvait imprimer ou contrefaire : l’or. Quand une nation enregistrait des déficits commerciaux permanents, elle voyait son or disparaître. Cela encourageait les banques centrales à faire en sorte de le protéger. Généralement, les taux d’intérêts augmentaient, ce qui avait pour effet de récompenser l’épargne et de décourager la fuite des capitaux. […] Les banquiers […] savaient que s’ils émettaient trop de monnaie-papier – c’est-à-dire s’ils accordaient trop de titres donnant droit à leur réserve d’or -, ils risquaient de le voir s’envoler. »

    « À mesure que la guerre (Première Guerre mondiale) s’intensifia, non seulement la plupart des belligérants abandonnèrent le vertueux système de l’étalon-or, mais ils interdirent l’exportation de l’or destiné à régler leurs dettes (sous prétexte que cet or risquait de tomber aux mains des ennemis). Chaque pays se mit à accroître sa masse monétaire, émettant de plus en plus de monnaie-papier, empruntant de plus en plus d’argent à l’intérieur du pays comme à l’étranger (surtout en Amérique) et dépensant bien plus que ce que leur permettaient leurs finances. […] Tous les principaux belligérants, à l’exception des États-Unis, furent contraints de sortir du système de l’étalon-or. La guerre ne fut payante qu’à un seul et unique égard : elle transforma l’Amérique en un empire. »

    « Le 15 août 1971, l’administration de Richard Nixon […] referma le guichet de l’or. À dater de ce jour, les gouvernements étrangers n’allaient plus pouvoir convertir leurs dollars U.S. en or. » Depuis donc trente-huit ans, le dollar américain n’est plus convertible en or, il n’est qu’un simple bout de papier que plus rien ne garantit, sauf la bonne foi et le crédit du Trésor des États-Unis. « Et pourtant, les gens le prennent toujours comme s’il avait autant de valeur que le métal jaune – et même plus. » Or « Les pertes des États-Unis – mesurées par une balance commerciale déficitaire – commencèrent (peu de temps après) au milieu des années 1970. Moins de trente ans plus tard, le gouvernement comme les consommateurs américains accumule les dettes à une vitesse alarmante. Que peuvent-ils faire d’autre? La seule façon de poursuivre leur rôle impérial – qui leur tient plus que jamais à cœur, puisque c’est l’unique source de fierté nationale qui leur reste – c’est d’emprunter. »

    « Les États-Unis misent sur une dévaluation continue de leur propre monnaie. Ils achètent à l’étranger et payent en dollars. Puis ils impriment de nouveaux billets pour remplacer ceux qu’ils viennent d’envoyer à l’étranger. L’inflation du dollar qui en résulte – et qui se reflète dans l’augmentation du prix du pétrole, de l’or et d’autres produits privilégiés à l’échelle internationale – est une forme de tribut impérial. Elle est le seul moyen dont dispose l’Amérique pour faire payer son empire. À mesure que le dollar baisse , les milliers de milliards de dollars qui dorment dans les banques étrangères perdent de leur valeur. »

    « Depuis des années, les étrangers sont très chauds pour les actifs des États-Unis – une attitude sur laquelle nous (William Bonner est de nationalité américaine) en sommes venus à compter, car nous avons chaque jour besoin d’un afflux de capital de 2 milliards de dollars pour couvrir notre déficit du commerce étranger. Que se passera-t-il quand ils se refroidiront? Car il vont évidemment se refroidir . Les Américains ne peuvent pas compter sur le soutien éternel des étrangers. Un jour, peut-être bientôt, ces derniers se rendront compte que leur principal client ne peut plus payer ses dettes : ils se lasseront de lui prêter. » « Tout analyste sain d’esprit doit se demander combien de temps cela peut durer… »

    Extraits tirés de William Bonner, L’empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique

  10. L’Amérique est-elle menacée par le péril jaune?

    William Bonner, dans son livre intitulé L’empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique, publié aux éditions Les Belles Lettres en 2006, écrit : « Lorsque l’Amérique s’abaissa à devenir un empire, c’était une jeune économie en pleine croissance, robuste, énergique et innovatrice. Et pendant les six premières décennies de son imperium – environ de 1913 à 1977 – elle tira profit de sa position compétitive. […] Ses affaires faisaient des bénéfices. Mais peu à peu, ses avantages commerciaux s’estompèrent, et son industrie prit de l’âge. […] La concurrence se multiplia en dehors de l’empire – d’abord en Europe. puis au Japon, et plus tard à travers l’Asie, jusque dans des endroits qu’elle (l’Amérique) n’avait jamais réussi à dominer. »

    Résultat : « […] les Américains achètent plus à des non-Américains qu’ils ne leur vendent. Chaque année qui passe, les Américains dépensent, net, environ 700 milliards de dollars de plus en importations étrangères qu’ils ne gagnent en exportations. […] Si la nation était une compagnie commerciale, la différence entre ce qui entre et ce qui sort – en terme de dollars – serait la mesure de ses pertes en opérations courantes. S’il s’agissait d’une famille, ce serait le rythme auquel elle s’appauvrirait. S’il s’était agi d’une entreprise, avec un tel déséquilibre pendant autant d’années, elle serait en faillite depuis longtemps. » « Seul un empire peut se permettre un tel déficit commercial pendant tant d’années. »

    De plus, « à l’aube du vingt-et-unième siècle, les coûts de fonctionnement de son rôle d’unique superpuissance et d’unique puissance impériale dans le monde en arrivaient à dépasser 5 % de son PIB, ou 558 milliards de dollars par an (pour défrayer les coûts du système de la défense et de la sécurité intérieure). Non seulement elle (l’Amérique) n’avait jamais trouvé le moyen de faire payer le monde pour l’ordre qu’elle y entretenait, mais l’ordre travaillait maintenant contre elle. Les économies extérieures croissaient plus vite. […]. Elles affichaient des taux d’épargne plus élevés et des coûts de main-d’œuvre bien plus bas. […] Chaque jour, les concurrents prenaient à l’Amérique des marchés, des actifs, et de l’argent. […] Les usines asiatiques sont plus neuves et plus modernes. La main-d’œuvre asiatique est plus jeune et moins chère. Chaque jour ouvrable, les Asiatiques grappillent un peu plus du marché des États-Unis. Et chaque jour ouvrable, les Américains s’endettent davantage auprès de ses créanciers, essentiellement asiatiques. »

    « Bien qu’étant les gens les plus riches de la planète, ils (les Américains) en sont venus à dépendre de l’épargne des plus pauvres pour payer leurs factures. » « La première économie du monde offre son argent à des taux d’intérêts réel négatifs et craint de les normaliser par crainte de voir s’écrouler tout l’édifice. Les Américains achètent ce qu’ils ne peuvent se permettre, et les Chinois construisent des usines pour produire ce que leur client principal n’a pas les moyens de s’acheter. » Selon Bonner, qui a écrit avant l’éclatement de la bulle immobilière, l’économie mondiale n’a pu avancer qu’aussi longtemps que les prix de l’immobilier aux États-Unis ont continué d’augmenter de trois à cinq fois l’inflation nominale. Il faut bien comprendre que « […] les Américains comptent aujourd’hui sur l’épargne de la Chine communiste pour financer leur niveau de vie… et (même) les guerres qu’ils mènent à travers le monde [...]. » En termes clairs, sans épargne propre les États-Unis comptent sur les étrangers pour épargner à leur place. Mais non seulement les étrangers doivent épargner, ils doivent aussi être disposés à acheter des actifs financiers américains, notamment des bons du Trésor, libellés aussi en dollars. Si les investisseurs étrangers s’en lassaient ou s’en méfiaient, le dollar américain pourrait s’effondrer.

    En fait, « voici comment les choses fonctionnent de nos jours […]. La Chine vend au monde presque tout ce que le monde désire. Elle investit ensuite les dollars ainsi gagnés dans des bons du Trésor. Cela contribue au maintien de faibles taux d’intérêts en Amérique, ce qui stimule les dépenses de consommation et permet aux Américains d’acheter encore plus aux Chinois. Cela place aussi la Chine en position de force. À mesure que les Américains dépensent, la Chine augmente sa capacité de production. La Chine s’enrichit en vendant […] divers […] biens de consommation. Les consommateurs américains, en revanche, s’appauvrissent. Rien qu’en 2004, l’équivalent en richesse de 1 % de la valeur de l’ensemble des actifs américains est passé entre des mains étrangères. »

    Or « rappelons le principe de toute finance impériale : que la puissance centrale et impériale s’enrichisse aux dépens de ses vassaux. L’Amérique a trouvé le moyen de faire le contraire : elle s’appauvrit de jour en jour, en valeur relative comme en valeur absolue. »

    Ainsi, c’est « la consommation américaine (qui) a provoqué un boom économique en Chine, où l’habitant moyen travaille dans un atelier qui l’exploite, vit dans un taudis et épargne (20 à) 25 % de ce qu’il gagne. […] Cependant, aux États-Unis, l’Américain moyen habite une maison au-dessus de ses moyens, conduit une voiture trop chère pour lui et attend la prochaine cargaison de Hong Kong pour se procurer les distractions dont il ne sait plus se passer. Il n’épargne pas un sou et croit que les Chinois lui prêteront toujours de l’argent aux mêmes conditions. Il paraît superflu de préciser que cette situation ne peut durer indéfiniment. Combien de temps encore, c’est impossible à dire. Mais qu’elle doive cesser un jour, c’est d’une parfaite clarté. […] Nous voudrions connaître la date exacte à laquelle l’économie de crédit à la consommation impériale cessera d’avancer cahin-caha. Car un jour elle devra trembler et basculer dans un râle. Tel est le sort de toute chose. »

    Bonner tentait d’anticiper en 2005 la crise à venir : « si les Chinois et les autres principaux détenteurs de bons du Trésor américain décidaient de les vendre, les États-Unis sentiraient passer leur douleur. Les taux d’intérêts augmenteraient. La bulle immobilière éclaterait, accouchant d’une crise de l’immobilier. L’empire devrait supplier ses États-vassaux de lui accorder des crédits supplémentaires. » Et il concluait : « Les États-Unis souffrent de déficits structurels qui limiteront l’efficacité et la durée de son rôle crypto-impérial sur la scène mondiale […]. Le premier d’entre eux réside dans leur dépendance croissante vis-à-vis des capitaux étrangers, qu’ils utilisent pour soutenir leur consommation publique et privée excessive. On peine à se souvenir d’un empire qui ait survécu longtemps après être devenu si dépendant de prêts étrangers. »

    Extraits tirés de William Bonner, L’empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique


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