Publié par : ebondo | 6 octobre, 2009

Franchement, Monsieur le DGE…

Chouin

Eh bien voilà. Je sors de ma torpeur littéraire. Je ne sais pas à combien de millénaires remonte mon dernier billet, et ce serait une longue histoire que de vous expliquer pourquoi. Principalement, c’est que je fais maintenant deschroniques vidéo pour repère.tv, en compagnie de gens extraordinaires qui emplissent ce site, semaine après semaine, de perles de sagesse.

Cependant, la vue des dernières publicités du Directeur Général des Élections (DGE) du Québec m’a d’abord flatté l’égo, puis sérieusement insulté. Car une semaine auparavant, je consacrais ma chronique à une revendication pour qu’une case du bulletin de vote soit réservée aux abstentionnistes. “Aucun de ceux qui se présentent!”La chronique en question est ici (d’où le flattage d’égo).

Sérieux, ces pubs du DGE me font chier. De un, on nie avoir copié Mongrain, que, personnellement, j’apprécie, quand bien sûr je tombe sur lui à la télé. Voyons, je suis bien conscient qu’il existe des pâles copies du personnage, mais celle du DGE crève les yeux.

De deux, on tente de nous culpabiliser en nous faisant croire que plus de gens s’abstiendront de voter, plus ce sera le chaos. Euh, c’est déjà le chaos ; pas besoin de voir mes poubelles traîner durant des semaines pour comprendre que rien ne tourne rond au niveau local, provincial, fédéral et international.

La suite de ce billet s’adresse au DGE et son équipe…mais régalez-vous.

Monsieur le DGE, le paysage politique Québécois (c’est pire ailleurs mais bon, je n’y suis point) est une merde. Je pourrais manger trois douzaines d’épis de maïs et je n’arriverais pas à excréter l’ampleur de l’image que j’ai lorsque vous m’invitez, sur ordre des politiciens, à voter pour rien qui ne vaille. Mais, dans votre superbe logique, vous avez oublié qu’il existait une possibilité selon laquelle aucun des partis ou des candidats indépendants ne correspondrait à ce que je m’attends d’un représentant du peuple. Vous avez tout simplement omis la possibilités que nous soyons très, très, très nombreux dans cette situation. Si nombreux que vous avez jugé bon d’intervenir de façon  musclée, stupide mais musclée, comme si vous étiez convaincus que c’était par paresse ou mauvaise foi qu’un trop grand nombre de citoyens ne se déplaçaient pas pour voter.

Ainsi, donc, vous tentez de nous faire sentir coupable de ne pas à tout le moins aller produire un bulletin de vote qui ira directement aux poubelles, et donc qui ne changera absolument rien à la donne. Entre moi qui ne vois rien qui me représente, et l’autre qui ne sait pas faire un X d’un centimètre carré sans dépasser sur l’autre case, il n’y a aucune différence. Pourquoi donc dépenserais-je ne serait-ce qu’un kilojoule pour cet exercice stérile?

C’est pourquoi, Monsieur le Directeur Général des Élections, vous et votre équipe insultez mon intelligence, par vos menaces voilées et votre tentative de transformer le désintérêt démocratique (hum) en accident de travail ou accident de la route (comme le font la SAAQ et la CSST).  Il n’y manquait plus qu’un robot géant à l’apparence de Barbara Streisand détruisant tout sur son passage et vos spécialistes du marketing auraient dépassé les limites de l’ingéniosité en matière de tentative -vaine- de culpabilisation des masses.

Si ma perception de votre intervention,  ainsi que ma perception des causes de l’absentéisme électoral, sont justes, alors soit vous nous mentez, faisant fi des causes réelles de cet absentéisme, soit vous passez beaucoup trop de temps dans votre bureau.  Parce qu’entre vous et moi,  tant qu’à se faire rouler, autant ne pas se sentir coupable d’avoir voté pour ça. En plus que vous savez très bien qu’au lendemain d’une élection où personne ne serait allé voter, ce serait business as usual : Monsieur le DGE, les politiciens changent, les fonctionnaires et les corrupteurs restent, vous ne saviez pas ça?

Bref, donnez moi ma case “Aucun de ceux qui se présente” et j’irai fièrement voter. Parce qu’entre un politicien avec un fusil sur la tempe et un autre politicien avec un fusil sur la tempe, je préfère ne rien avoir avec ça, et, dans ue démocratie idéale, pouvoir faire en sorte que ça se sache. Si vous n’avez pas eu suffisament de colonne pour faire changer le système électoral Québécois en un système qui corresponde plus à la volonté populaire, soit le système proportionnel, n’ayez au moins pas la prétention de vouloir exercer quelque autorité sur le peuple,  surtout pas en criant au loup comme un enfant de cinq ans.

Vous devriez vous excuser auprès de la population pour l’avoir infantilisé de la sorte. Parce que c’est de mauvaise foi, de très mauvaise foi. Ce n’est pas moi qui vais faire en sorte de donner malgré moi de la légitimité à un système que je considère salement pourri, peu importe ce qu’en pense le système lui-même. Et, à voir le taux d’abstention, je ne suis pas tout seul. Ce qui fait que si par le plus grand des hasards, une colonne vertébrale vous a poussé dans le dos, vous devriez vous en servir pour dénoncer l’ineptie de notre système électoral plutôt que pour bardasser la population, qui ne vote pas, je vous le répète, parce qu’elle n’en a rien à cirer de vos pantins…

Bien à vous.


Réponses

  1. Je crois comprendre que les gens qui vivent dans les grandes villes se sentent bafoués dans l’exercice démocratique. Cependant, l’implication des citoyens, lors du vote et pendant le mandat de l’hôtel de ville, peut avoir un poids significatif sur la vie citoyenne.

    Les villes ont un impact considérable sur le quotidien. Politiques environnementales, sécurité routière, distribution de l’eau potable, plan d’urbanisme, transport en commun et j’en passe. Dans les villes québécoises de plus petites taille, le pouvoir est à portée de main. Une dizaine de candidats, une vingtaine de militants, un budget de $5,000 et vous avez de fortes chances de “contrôler” l’hôtel de ville. Ça, les chambres de commerce et les libéraux l’ont compris depuis longtemps.

    Le rôle du DGE est d’inviter les gens à aller voter et de questionner les structures dites démocratiques. Ce n’est pas à lui de dicter aux gouvernements comment ils devraient exercer ce pouvoir. J’ai eu l’opportunité de rencontrer Me Blanchet et je peux te dire qu’il semble préoccupé par le cynisme des électeurs.

    Bon retour en passant. Heureux de te lire à nouveau.

  2. oui Eric, je suis d’accord et en apprécie d’autant ton clip sur repere.tv. Brillante idée; la participation serait vivement accrue!

  3. [...] lien avec son idée de revendiquer une case pour les abstentionnistes sur les bulletins de vote. À lire et à [...]

  4. Complètement d’accord avec la case “Aucune de ces réponses”, mais il faudrait que ce soit compté et rapporté dans les médias.

  5. Suite au visionnement de ta chronique intitulée Une alternative pour les électeurs absentésites, je t’avais déjà fait parvenir par courriel le texte suivant qui tentait de fournir des explications à la crise de la représentativité démocratique. Cette lecture pourrait te permettre d’approfondir encore ta réflexion sur le sujet.

    Les dysfonctionnements d’une démocratie <> ne peuvent que se trouver renforcés par les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Cette expression signifie que dans les pays occidentaux, bien que le droit de vote et l’accès aux urnes soient des symboles forts de participation civique, ils demeurent insuffisants pour garantir que la démocratie est mise en oeuvre dans les pratiques. Pour de nombreux citoyens demeurant dans les villes, en effet, les conséquences de la mondialisation et de la migration, les processus de privatisation de l’espace, de la sécurité et de la justice, les discriminations, les inégalités socio-économiques, la non-négociation et la violence limitent, déforment et érodent le concept de citoyenneté. En conséquence de tels développements, chacun ne bénéficie pas du même sentiment d’appartenance ni des mêmes droits. Le nouveau contexte de l’après- 11 septembre aggrave cette situation”.

    Sophie Body-Gendrot. La société américaine après le 11 septembre

    Lors de la démission de François Legault en juin 2009, ce politicien est revenu sur le thème qu’il avait depuis longtemps développé, à savoir le cynisme des citoyens à l’égard de la classe politique québécoise. Je crois que le choix du mot cynisme est pour le moins inapproprié pour décrire l’attitude de la population en général. Si on se réfère à la définition des mots cynisme et cynique dans le Petit Robert, le premier terme renvoie à la notion de brutalité et d’immoralité, le deuxième terme fait référence au mépris des conventions sociales, de l’opinion publique et de la morale communément admise.

    Pour ma part je crois le peuple québécois timide, conformiste, tout en retenu et empli de scrupules, ce qui est exactement le contraire de l’expression du cynisme. Il me semble que monsieur Legault projetait sur les citoyens ordinaires ce que ces derniers reprochent la plupart du temps aux politiciens professionnels qui eux ne se gênent pas d’exprimer sans ménagement des sentiments brutaux et impudents. En fait le cynisme est devenu monnaie courante dans le domaine politique.

    Dernier exemple en date je pense à la sortie de Sam Hamad en septembre 2009 contre la lecture du Manifeste du FLQ lors de la tenue prochaine du Moulin à paroles, manifeste dont le contenu est sur le Net. Si les Québécois ne sont pas à proprement parler cyniques, on peut dire qu’ils sont sceptiques. En regard des certitudes de la classe politicienne, les citoyens doutent. Ils refusent de plus en plus d’admettre une chose sans examen critique, ils ne se contentent plus de dogmes, ils se défient des opinions et des valeurs reçues, ils n’ont plus confiance dans leurs élus qui leur ont fait trop de promesses et leur ont souvent menti en pleine face.

    Résultat le peuple québécois est moins enthousiaste et a peut-être moins de conviction que par le passé, mais il ne prend plus une vessie pour une lanterne. Pour en revenir à la position du Parti libéral du Québec qui n’a pas participé à la commémoration de la Bataille des Plaines d’Abraham, n’était-ce pas en raison justement de la teneur véritable du Manifeste du FLQ qui dénonce clairement la clique de requins voraces, les big boss patronneux et leurs valets?

    Ce sont des raisons parmi tant d’autres qui expliquent en partie l’absentéisme des citoyens lors de la tenue de scrutin.

  6. Suite à ta chronique intitulée Une alternative pour les électeurs absentéistes, je t’avais aussi fait parvenir par courriel de larges extraits du livre de Eric J. Hosbawn, intitulé L’Empire, la démocratie et le terrorisme. Réflexions sur le XXIe siècle, livre paru en français chez André Versailles éditeur en 2009. Je me permets de te renvoyer à nouveau ce texte, toujours dans le but d’alimenter ta réflexion critique sur le sujet.

    La démocratie est la pire forme de gouvernement, à l’exception de toutes les autres .

    Winston Churchill

    On voit en général dans ces propos un argument en faveur de la démocratie représentative, alors qu’ils traduisent en réalité un profond scepticisme. En dépit de la propagande, les analystes et la classe politique demeurent extrêmement réservés sur l’efficacité de la démocratie représentative en tant que mode de gouvernement. La démocratie se définit essentiellement par défaut. Même en tant qu’alternative aux autres systèmes, on ne peut la défendre que du bout des lèvres. Cela n’eut pas tellement d’importance durant la majeure partie du XXe siècle, tant les systèmes politiques concurrents – les régimes autoritaires de droite et de gauche jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, puis essentiellement de gauche jusqu’à la fin de la Guerre froide – étaient atroces, du moins aux yeux de la grande majorité des démocrates. Par parenthèse, avant même qu’elle ne fût confrontée à ces systèmes totalitaires, les défauts de la démocratie représentative sautaient aux yeux de la plupart des penseurs avisés comme des humoristes. En effet, les politiciens n’hésitaient pas à en débattre jusqu’à ce qu’il devînt mal vu de dire publiquement ce qu’on pensait réellement de la masse des citoyens dont dépendaient les résultats électoraux. Après l’ère des guerres mondiales et des grandes catastrophes économiques, elle était acceptée dans les pays de longue tradition démocratique, non seulement parce que les systèmes concurrents paraissaient bien pires, mais surtout parce qu’ils connaissaient une période de prospérité, d’amélioration des conditions de vie, y compris pour les pauvres, et de protection sociale étendue. Dès lors, peu de gens éprouvaient le besoin de changer de régime. Il n’est plus du tout certain que la majeure partie des citoyens du monde, qui vivent en théorie dans des démocraties représentatives, connaissent des temps aussi heureux.

    Il existe aujourd’hui une fracture manifeste entre les citoyens et la politique. La participation électorale est en chute libre dans la plupart des pays démocratiques. Si les élections sont le premier critère de représentativité démocratique, dans quelle mesure peut-on encore parler de légitimité démocratique pour des dirigeants élus par un tiers de l’électorat potentiel (cf. la Chambre américaine des représentants) ou, dans le cas des récentes élections locales britanniques ou européennes, par dix à vingt pour-cent de l’électorat? Où pour un président (américain) élu par un peu plus de 50 % des Américains en droit de voter?

    Eric J. Hosbawn a ici une pensée qui mériterait d’être saisie dans toute sa complexité par le plus grand nombre de citoyens et longuement méditée par ceux qui partagent un idéal démocratique :

    […] La souveraineté du marché n’est pas un complément à la démocratie libérale, mais bien une alternative à toute forme d’organisation politique. En effet, en déniant la nécessité de prendre des décisions politiques qui justement portent sur l’intérêt général ou sur celui des groupes particuliers, le marché privilégie la somme des choix, rationnels ou non, d’individus à la recherche de leur bien-être personnel. En tout cas, cette idéologie (du laisser-faire, articulée sur une critique ultra-radicale de l’État) suppose que le processus pour découvrir les désirs des consommateurs par le biais des études de marché est plus efficace que le décompte électoral périodique. La participation au marché remplace la participation politique; le consommateur remplace le citoyen.

    Les quelques deux siècles et demi de croissance ininterrompue du pouvoir des États territoriaux modernes, quelles que soient leur nature et leur idéologie, semblent arrivés à leur terme. De toute évidence, leurs objectifs, ambitions et aptitude à mobiliser leurs concitoyens sont en régression. […] Les grands mouvements politiques ou appareils de mobilisation collective des plus faibles, qui donnaient tout son sens au mot démocratie, ont connu un recul similaire. Non seulement les citoyens sont moins enclins à participer à la vie politique, mais en outre le mode classique et, selon la théorie conventionnelle, le seul mode légitime d’exercice de la citoyenneté, à savoir l’élection au suffrage universel des représentants du peuple appelés à gouverner en son nom, s’est révélé moins efficace. Entre deux scrutins – soit, en général, plusieurs années – la démocratie n’existe que dans la mesure où elle pèse sur la réélection de ces mandataires ou de leurs partis, ce qui est totalement aberrant tant du point de vue des citoyens que du gouvernement. Ceci explique la médiocrité intellectuelle croissante du discours politique démocratique […].

    Le discours contemporain sur la démocratie contient plus d’inepties et d’absurdités que celui qui porte sur tout autre concept politique. Je pense aux vertus miraculeuses attribuées aux gouvernements élus par une majorité arithmétique d’électeurs choisissant entre des partis rivaux. Dans la rhétorique américaine récente, le terme de démocratie a perdu tout lien avec la réalité.

    Eric J. Hosbawn, L’Empire, la démocratie et le terrorisme. Réflexions sur le XXIe siècle

    Toujours en regard de la crise de la démocratie représentative, Theodore Roszak écrit, dans son livre intitulé La menace américaine. Le triomphalisme américain à l’âge du terrorisme, publié en 2004 aux éditions Le cherche midi : Cependant, malgré la façade populaire que les politiciens de Washington s’emploient à présenter au monde, la politique américaine souffre d’un grave dysfonctionnement. Si la définition classique de la démocratie est le gouvernement du peuple par le peuple en connaissance de cause, le système politique américain peut difficilement prétendre être démocratique. […] Pour des raisons que nous envisagerons plus tard, nous avons de bonnes raisons de craindre que les États-Unis n’entrent rapidement dans une ère post-démocratique, où le consentement du peuple pourra s’acheter et se vendre, se magouiller et se fabriquer. Il ne reste plus de la démocratie qu’un simulacre en lambeaux, composé de symboles et de gestes. Les méthodes mises au point pour truquer les suffrages pourraient remplir de livres entiers. Mais, aux États-Unis, tous les moyens de manipulation se réduisent à une question d’argent. […] Le pouvoir de l’argent des grosses entreprises est devenu si grand qu’il a transformé les candidats et les hommes politiques en simples marchandises. Il ne s’agit pas de dire que l’opinion publique et les élections ne jouent aucun rôle dans la vie politique américaine. Mais ce rôle est devenu si vulnérable aux pressions de l’argent qu’il n’y a pratiquement plus de statut indépendant.

    Quant on réfléchit aux propos cinglants de Roszak sur son propre pays, on peut s’interroger à savoir si la démocratie au nord du 45e parallèle n’a pas été contaminée par ce qu’il advient chez nos puissants voisins américains? Mais une chose est sûre, c’est que les démocraties périssent autant derrière des portes closes que devant des urnes désertées. Et je te laisse sur une autre citation que je t’avais aussi fait parvenir par courriel :

    Nous avons dû lutter contre les vieux ennemis de la paix – le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse, l’antagonisme de classe, l’esprit de clan, le profiteur de guerre. Ils avaient commencé à considérer le gouvernement des États-Unis comme un simple appendice à leurs affaires privées. Nous savons maintenant qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par l’argent que par le crime organisé. Jamais dans toute notre histoire des forces n’ont été aussi unies contre un candidat qu’elles ne se sont aujourd’hui. Elle sont unanimes dans leur haine pour moi – et leur haine me fait plaisir.

    Ce ne sont pas les propos que le président Obama a tenu, le 15 septembre dernier, devant la crème de Wall Street, mais ceux de Fraklin D. Roosevelt, lors d’un discours au Madison Square Garden, à la fin de la campagne présidentielle de 1936.

  7. Pour la liste de toutes les chroniques vidéos d’Éric Bondo sur repere.tv >>> http://www.repere.tv/?s=bondo&x=0&y=0


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