Publié par : Eric Bondo | 2 janvier 2017

2017 : Courage et ouverture

Qu’est-ce que je pourrais bien te souhaiter cette année que j’ai pas fait l’année dernière? Sérieusement, j’en ai aucune idée. J’aimerais ça te souhaiter l’amour mais t’as peur d’aimer (ou de l’être) et t’as peur d’avoir mal. J’aimerais ça te souhaiter un bon gouvernement mais t’as peur de changer tes habitudes électorales. J’aimerais ça te souhaiter une planète propre mais t’as peur de manquer quelque chose sans ta surconsommation et ton VUS qui te sert à sortir de la ville gros max une fois par mois. J’aimerais ça te souhaiter de régler tes bibittes mais t’as bien plus peur de les affronter que de vivre avec. Je pourrais bien te souhaiter la santé, pas celle qui s’exprime par un pseudo-équilibre entre tes vices et tes vertus (je bouffe 10 000 calories par jour mais je vais au gym), le tout agrémenté de cocktails d’antibiotiques, d’antidépresseurs ou d’alcool, quand ton corps ou ton esprit te lâche pour te dire de prendre un break mais que tu peux (ou veux) pas. Comme la plupart d’entre nous, il n’y a rien que tu trouve plus horrible que de te remettre en question.

En ce qui me concerne, je me remets en question plus souvent que je ne pisse. C’est une seconde nature. Ça ne fait pas de moi un être angoissé par la vie, au contraire, ça me permet de rester à jour avec qui je suis et qui je veux être. Ça m’a évité de me perdre dans une vie, une routine, une job que j’aime plus après x nombres d’années. Bien sûr, je n’ai peut-être pas la sécurité à laquelle aspire tout être humain déraciné, mais j’ai d’excellentes racines et la souplesse de résister aux tempêtes sans craquer.

J’ai peur, comme tout le monde, de certains trucs. Mais dans le domaine du possible, je refuse que ce soit ces peurs-là, surtout les irrationnelles, qui déterminent ma vie. La peur du manque, la peur du rejet, la peur de la mort, la peur de ne pas être à la hauteur, et les autres . Heureusement, j’ai bonne mémoire, et c’est peut-être ce qui me libère. Je sais me rappeler de quand je suis à la hauteur, je sais que bien des objets et des gens auxquels je me suis attaché font leur temps dans ma vie puis la quittent, et parfois reviennent, alors j’encaisse le coup et je lâche prise en faisant confiance au temps.

Alors tant qu’à te souhaiter des voeux honnêtes mais creux comme on le fait tous sans vraiment y croire (ça ressemble plus à des prières qu’à des voeux et généralement ces voeux sont directement issus du cathéchisme capitaliste : succès, réussite, santé), je vais nous souhaiter deux choses. Simples mais qui en englobent tellement que juste avec ça le monde sera meilleur.

Courage et ouverture. Je te souhaite le courage de regarder au fond de toi-même et de te demander à quoi tu sers en ce bas monde, et à quoi tu VOUDRAIS servir. Est-ce servir les intérêts d’une corporation inhumaine? Est-ce servir un gouvernement corrompu et créateur de problèmes plus que de solutions? Est-ce utiliser ta créativité pour capitaliser sur la vulnérabilité de ton voisin? Est-ce simplement sortir du lot et te foutre que collectivement on approche d’un mur?

Ou est-ce apporter ton grain de sel pour rendre le monde meilleur, même si ça t’oblige à renoncer à d’autres choix de vie que tu avais faits, à faire d’autre choix quant aux sources d’information et de connaissance auxquelles tu t’abreuves pour mieux agir par la suite sur le monde?

On le sait maintenant, les réseaux sociaux ont transformé l’information en une vaste entreprise de flattage dans le sens du poil. Dans ce merveilleux multivers virtuel, on peut vivre dans un monde qui ne ressemble en rien à la réalité. On peut choisir de ne croire que ceux qui disent ce qu’on pense, sans vérifier que ce soit vrai ou non. On peut s’inventer un monde complètement illusoire et y vivre sans que rien ne puisse l’affecter, si ce n’est qu’une voix intérieure qui hurle à l’occasion que ça n’a pas de sens. Et quand elle crie trop longtemps sans qu’on ne l’écoute, généralement, c’est là qu’on tombe malade.

Continuer dans cette direction là, c’est hypothéquer l’avenir de l’humanité. Le changement n’est pas seulement nécessaire, il est indispensable.

Par exemple : Trump n’est pas le mal de la société américaine. Il est un symptôme. Symptôme d’une société ignorante de ou dépendante à ce qui la régit, et là je ne parle pas que des partisans du bonhomme; je parle aussi de ses opposants. Je ne me ferai pas de nouveaux amis en disant que ceux qui ont voté pour Trump l’ont fait surtout par mépris (très mérité) de ceux qui refusent toujours le changement, quitte à accepter indéfiniment les travers du statu quo. Que ce soit ceux qu’on qualifie de plus conservateurs qui décident massivement d’un changement radical est en soi une évolution.

J’aurais bien aimé que cela provoque chez tout le monde une sérieuse remise en question de la politique, de la façon d’informer le monde, des conflits d’intérêt entre différents acteurs de la société, mais non, sauf exceptions, la majorité se braque sur ses vieilles position et répète ad nauseam des mantras composés d’idées reçues. Les grands médias au premier rang, suivis des « politisés »; frustrés de ne pas avoir pu influencer à leur guise l’électorat (ce qui est en soit une révélation qui devrait secouer la cabane), se sont entendus pour éliminer toute forme d’information alternative à la leur, sous prétexte que ce qui sort de leur bouche est vrai, et ce qui n’en sort pas est faux. Ce serait merveilleux si on avait facilement accès à une information complète. C’est dégueulasse quand on sait que c’est loin d’être le cas, à moins de faire des heures de recherche pour vérifier chaque article de journal. Je l’ai fait. C’est épuisant. Mais nécessaire. Et heureusement, on est des millions à ne plus vouloir croire sur parole, à demander des preuves de tout. à raisonnablement douter des messagers. Assez, peut-être pour atteindre une masse critique. Moi ça me rassure. L’élection de Trump, c’est le cadeau qu’une partie de la population qui en avait sa claque a offert au reste, pour lui dire : « tu fais tellement tout le temps des choix de merde qu’on va te le faire payer pour une fois. Très cher, même, en espérant que tu vas te dompter. »

Voilà le pourquoi de mes souhaits du nouvel an : courage et ouverture. Que ce soit en amour, en politique, dans le travail, bref dans toutes les facettes de ta vie, je te souhaite d’avoir le courage et l’ouverture de regarder les choses en face, de questionner quand tu doutes, d’ouvrir ton esprit à de nouvelles idées pas faciles à digérer. De prendre des risques dont celui de suivre ton intuition profonde. Même si t’as étudié 20 ans un sujet, même si chaque peine d’amour t’as donné l’impression que la vie était finie, mêm si on t’a répété que tu devais prendre le monde tel qu’il était, même si certains te disent qu’il n’y a plus d’espoir, que mieux vaut juste travailler à éviter de souffrir. Je te souhaite de faire « fuck that! ».

S’il y a un enfer, c’est probablement un endroit où rien n’a changé depuis des millions d’années parce que tous qui y résident ont tellement peur d’avoir mal qu’ils ne bougent jamais d’un centimètre. Des milliards d’âmes immobiles pour l’éternité.

Moi, j’aspire au paradis, même s’il y a des ronces et des bêtes sauvages dans le chemin. Je t’invite avec moi. Égratignures garanties, mais après on va tellement filer mieux.

Bonne année!

 

 

 

Publié par : Eric Bondo | 31 décembre 2015

Bonne année à toi.

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Il est tard. Ce fut une de ces soirées entre Noël et le jour de l’an où c’est la fête de quelqu’un, que les bars sont pleins, et que ceux qui y travaillent appréhendent le lendemain, la veille de la nouvelle année où tout doit être plus que parfait pour permettre un parfait passage à un nouveau cycle. Soirée bien arrosée qui s’éternise, et bien qu’il ne me reste que trop peu d’heures à roupiller, ça fait plusieurs jours que je me dis que je devrais bien m’ouvrir la trappe et dire quelque chose après plusieurs mois de silence ici.

Je te l’ai déjà expliqué : écrire c’est pour moi comme respirer. Ce que je n’ai pas dit par contre, c’est que j’arrive à retenir mon souffle longtemps. Un peu comme si j’exprimais des tonnes de pensées à la fois, puis que je retournais voir de par le monde pour y trouver de nouvelles choses à dire. Ou pour apprécier le fait de n’avoir rien à dire. Ou plutôt rien que j’aie envie de partager.

Mais là, c’est le nouvel an qui s’en vient, et ce serait un minimum que d’apporter mon grain de sel à toutes les choses que tu peux lire ou entendre comme à chaque année, un peu partout :

Résolutions, idées de party, musique à écouter, choix de la place où tu vas effectuer le passage à 2016, et j’en passe.

Tu m’as manqué, lectrice, lecteur bien-aimé. J’aurais bien voulu te raconter des tas de trucs, mais en même temps, je n’en avais pas tant envie. Y a eu des élections, des attentats, des sorties de films, plein de trucs qui ont dû attirer ton attention ailleurs, et moi, j’étais dans mon nouveau boulot, dans mes nouveaux projets, dans de nouvelles relations humaines, entre autres dans ma nouvelle colocation. Ça demande beaucoup d’énergie, d’adaptation, d’écoute, d’observation, ce genre de trucs. Alors avant de m’ouvrir la trappe, j’ai préféré laisser pisser. Voir où je me trouvais dans le nouveau portrait de ma vie.

Si tu me demandes si ça va, je te répondrai : « ça va. ». J’te crierai pas : « C’est la plus belle période de ma vie! » ni « J’me suis jamais fait chier de même ». Au contraire, c’est une période que j’apprécie de par mon recul sur ce qui m’arrive. C’est un moment où je réfléchis intensément à ce que j’aime, ce que j’aime moins, et pourquoi.

C’est peut-être pour ça que je trouvais le moment parfait pour te réécrire après tant de mois. Pour te souhaiter autre chose pour la nouvelle année que les foutues et redondantes résolutions à la con qu’on ne tient jamais vraiment.

Pour te dire ces trucs que je te souhaite. Et sûrement à moi-même simultanément.

Pour 2016 je te souhaite de pouvoir prendre le temps de réfléchir intensément à ce que tu aimes, à ce que tu aimes moins, à trancher entre ce que tu penses vouloir et ce que tu veux vraiment. À t’approcher le plus possible de cet équilibre qui te rapproche en soi du bonheur. À t’éloigner de ces plaisirs qui ne nourrissent aussi bien et aussi longtemps qu’un trio Big Mac: vite apprécié, vite chié. Et à prendre conscience du collectif, et de ton apport à celui-ci; il te le rendra bien, pas comme tu t’y attends, mais assez quand tu prends bien le temps d’être attentif-tive.

Je te souhaite de répandre l’amour mais surtout d’accepter celui qui t’es offert, s’il t’es offert gratuitement et sans exigences.

Je te souhaite d’alléger tes peines et tes peurs. D’écouter cette voix qui te dit, lorsqu’elle te le dit, de foncer.

Je te souhaite que ce cheminement que tu feras en 2016 d’être en continuité de la dernière année, et le préambule de l’année qui suivra. Parce que de toute façon, c’est ce qui va se passer. Nul ne stagne jamais. C’était juste beau à dire.

Si t’es pas à côté de moi à minuit, voilà ce que je te souhaite. Et si tu l’es, je te souhaiterai bonne année, deux simples mots, mais qui contiennent tout ce que je viens d’exprimer ici. Sur ce, j’me couche.

One love.

 

 

Publié par : Eric Bondo | 27 septembre 2015

Émerveillement et enthousiasme

Je sens la grosse semaine qui s’en vient, alors je profite du moment pour écrire sur un truc qui me chicote depuis longtemps. Depuis que j’ai commencé à écrire sur une base régulière, je me réveille souvent avec un sujet en tête. Parfois j’écris immédiatement sur le sujet en tant que tel, d’autres fois, je le laisse mûrir quelques temps. Celui-ci, j’avoue, mûrit depuis assez longtemps qu’il me harcèle, alors voilà, j’y suis, je me lâche.

On me dit souvent que je m’emballe facilement. En fait, ce sont quelques personnes qui, dans un désir de me préserver des déceptions, me font la remarque. Le hic, c’est que je n’ai nullement envie d’être préservé de la déception dans la vie. Elle est inévitable pour quiconque, comme moi, aime expérimenter la vie. La déception, comme les grandes joies, fait grandir. Tenter de l’empêcher, c’est à peu près le même principe que celui du Bonzaï. On place un arbre dans un environnement où, ne pouvant pas devenir l’arbre de centaines de pieds qu’il est destiné à être, il se tord et reste tout petit. Chez l’homme, la tentative d’éviter la déception n’est qu’une façon d’éviter la souffrance qu’elle apporte, et fait un peu le même effet que ce qui crée le bonzaï. Au lieu de constamment grandir, ce qui est, je crois, la raison pour laquelle on est sur ce gigantesque carré de sable, on devient un peu tordu, renonçant à toucher le ciel et portant sans cesse notre regard à nos pieds, de là l’expression qui pour moi définit les êtres peureux et statiques, les terre-à-terre, comme ils aiment se nommer eux-mêmes.

Je préfère de loin avoir les pieds sur terre et la tête dans les nuages. Plutôt que de poursuivre le template officiel, composé d’une carrière unique et d’une longue relation amoureuse édulcorée, j’ai préféré le chemin que peu de gens prennent. En fait, je dis préféré, mais ça s’est fait tout seul. Pendant longtemps, parce que ce chemin est loin d’être une sinécure, j’ai vécu la solitude d’être autre chose que la normalité. Mais aujourd’hui, j’ai fini par l’accepter, parce qu’en fin de compte, quand je mesure la somme de tous ces moments d’émerveillement qui ont composé ma vie, j’en retire une immense satisfaction. Je ne suis pas monoparental avec une job que je déteste de plus en plus de jour en jour. Je ne sens pas le poids de l’âge me ralentir, et je ne me sens pas contaminé par le cynisme ambiant, même si ce dernier pousse très fort quand je prends un peu de temps pour regarder le monde que les médias veulent bien nous présenter.

Ma recette magique? L’émerveillement et l’enthousiasme. Je m’émerveille quand je vois quelque chose qui n’arrive pas souvent, comme un raton-laveur qui se promène sur ma rue, un cardinal dans un arbre, une grue (l’oiseau) sur le bord d’un canal en pleine ville, la lune lorsqu’elle est pleine, je m’émerveille quand je fais une rencontre spéciale avec une personne qui partage certains intérêts, certains questionnements communs. Je m’émerveille en me levant le matin, après une nuit pleine de rêves tout aussi éclatés les uns les autres. Je m’émerveille en lisant qu’un scientifique a peut-être trouvé une solution à un problème, quand une personne ou un animal fait une action qui tient du miracle, quand je regarde une conférence TED. Je deviens comme un petit enfant qui découvre chaque jour de nouveaux trucs. Et la beauté de cela, c’est que je sais que ça n’arrêtera jamais.

Et quand l’émerveillement vient toucher quelque chose de profond en moi, vient l’enthousiasme. Celui qui fait que je veux approfondir la connaissance de ce qui m’émerveille. Pas nécessairement jusqu’à en faire un doctorat, mais assez pour y consacrer des heures, des jours, des mois. Et quand ça m’arrive, eh bien il y a toujours un rabat-joie pour le critiquer. Cernés jusqu’au genoux, l’air dix ans de plus que leur âge, le cynisme estampillé dans le visage, ces yeux qui trahissent un pied dans la tombe, ils sont partout. Ils n’aiment pas les citations et les perles de sagesse sur Facebook, ils aiment dénigrer -dans l’humour, disent-ils- leurs semblables, particulièrement leurs proches, qui cherchent des réponses à leurs questions existentielles. Mais, par contre, ils aiment partager leur bonheur factice, namedropper ce qu’ils mangent, ce qu’ils boivent, ce qu’ils portent, ceux qu’ils fréquentent. C’est très bien, mais ils ne se dupent qu’entre eux. Parfois, pour appartenir au groupe, j’ai l’impression de devoir jouer cette game là, de faire du namedropping de bouffe, de marques, des choses que je fais, et avec qui je les fais. Puis je réalise que je n’ai pas vraiment envie d’appartenir au groupe de cette façon là. Je préfère partager des idées, des connaissances, des réflexions, ou quand je partage un évènement, c’est pour y inviter tous ceux qui ont envie de s’émerveiller avec nous. Ça vaut ce que ça vaut, mais pour moi c’est un peu comme si je donnais un rein. Intime, personnel, et avec la valeur que j’estime que ça a; l’autre y donnera bien la valeur qu’il veut par la suite.

Les gens ne réalisent pas, souvent, que leur bonheur est rattaché à des trucs extérieurs coûteux, complexes et si nombreux qu’il suffirait d’un petit accident impliquant une perte de revenus et leur vie s’effondrerait littéralement. Un temps. Le temps, plus ou moins long de découvrir que l’émerveillement peut ne rien coûter, ne pas avoir de marque, ne pas impressionner la galerie mais être tout aussi enrichissant, voire plus.

L’émerveillement est un état intérieur. L’enthousiasme est un état d’agir causé par l’émerveillement. Pour moi, sans émerveillement, le bonheur est comme une boisson sucrée sans sucre, comme une bouffe fade, comme un chandail de laine chaud mais qui pique, comme une coupe de cheveux que tout le monde a presque la même, comme le cadran qui nous réveille pour aller se faire chier à son bureau, en fait, le bonheur est inexistant; c’est la mort qui s’installe et nous consume lentement.

Les enthousiastes chauffent leur vie comme le feu qui brûle dans le soleil, les terre-à-terre chauffent leur vie au micro-ondes.

Pas de risque de se brûler, mais asséchement garanti.

SI j’avais un conseil, ce serait : aspire à devenir le chêne qui pousse n’importe où mais qui touche le ciel, pas un Bonzaï prestigieux mais qui contemple éternellement ses pieds.

Publié par : Eric Bondo | 26 septembre 2015

Séparations, nouvelles amitiés et principe de résonance.

http://loren-macgregor.deviantart.com/art/Cosmic-Resonance-I-166381408

Je me rappelle la première fois où j’ai lu la trilogie du Seigneur des anneaux. Je devais avoir environ onze ans; c’était pendant les vacances de Noël. Les trois livres traînaient dans la bibliothèque familiale, bien poussièreux; ce devait être une édition datant des années soixante-dix. La dimension des volumes était, pour un enfant de mon âge, assez impressionnante, mais je me lançai tout de même. Évidemment, je me suis rapidement attaché à la communauté de l’anneau : Frodo, Gandalf, Sam, Aragorn et les autres. Ce qui m’a marqué, à la lecture d’une telle oeuvre, c’est ma tristesse, à la fin, quand l’anneau est détruit, que la mission se termine, cette tristesse en voyant tous les protagonistes se faire leurs adieux, et en même temps, ma tristesse de devoir dire aurevoir à ce magnifique univers en tournant la dernière page. Heureusement, j’ai pu relire cette oeuvre une bonne dizaine de fois, mais je retrouvais chaque fois cette légère mélancolie au moment des adieux.

Il en fut de même pour le reste de ma vie. Les adieux et les aurevoirs me donnent toujours cette espèce de sentiment mélancolique. Dans la même période de mon enfance, j’ai eu la chance de travailler sur un opéra. Même principe : Des dizaines de personnes se côtoient de près pendant des mois; des amitiés se créent, puis un jour, c’est la dernière représentation, et tout ce beau monde va retourner sur ses terres, loin des uns et des autres, dans leur ancienne vie ou vers de nouveaux projets. Et les plus vieux savent que même si nous vivons dans la même ville, nous ne nous reverrons probablement jamais. Bien sûr, certains se retrouveront sur les planches, d’autres, nous les reverrons dans les médias, leur carrière devenue de notoriété publique. Et un jour, il y eut Facebook, qui permit certaines retrouvailles d’amis lointains -dans le temps ou l’espace-.

Le temps fait toujours son oeuvre, mais encore aujourd’hui, ces moments de séparations me créent toujours cet effet de mélancolie, que ce soit dans l’immersion au coeur d’une longue oeuvre où je m’attache brièvement aux protagonistes, ou dans la vraie vie, dans le cadre d’un projet, ou pour un boulot au coeur duquel je m’investis autant envers la job que ceux qui y cohabitent avec moi. Et le temps passe, on oublie un peu, l’attachement aux lieux et aux personnes s’estompe. J’ai beaucoup pleuré à la fin de la dernière soirée du Edgar, le bar où je travaillais et qui a été vendu après treize ans d’existence. Je m’y étais énormément investi; les gens y étaient comme une deuxième famille. C’était déchirant de vivre une séparation après de si longues années. À la fin, alors que les dernières personnes quittaient, j’étais assis derrière le bar, dans la ruelle, la tête collée contre le mur et braillant comme un veau, seul, la séparation d’avec l’édifice lui-même, témoin et complice de tant d’épisodes de ma propre vie. Je pleurais la dernière page du roman.

Pourtant, comme d’habitude, je savais bien qu’aussi souffrant que ça l’était, le temps ferait son oeuvre. Je reverrais certaines de ces personnes, d’autres, je ne les recroiserais jamais, et d’autres resteraient dans mon cercle de proches, peut-être pour toujours, mais nul ne pourrait le dire. Le monde est ainsi fait. Les gens sont nos compagnons de voyages, parfois le temps d’un vol d’avion, d’un trajet de train, parfois pour plus d’un voyage, parfois pour la totalité du voyage. Et ça, nul de peut le savoir tant que dure le périple.

Mais la beauté de la chose est que tant que dure le grand voyage de la vie, si l’on choisit de le vivre avec d’autres, le départ de nos compagnons n’est jamais une fin en soi; de nouveaux compagnons de voyages se joignent toujours à l’aventure. J’ai vécu, dernièrement, un « shitload » de séparations, certaines avec des partenaires de courte durée, d’autres avec des compagnons de très longue date, et ce pour des raisons en tout genre. Mais une chose était sûre, c’est que le voyage commun se terminait. Pour un temps ou pour de bon. Et nonobstant le pourquoi, le sentiment de mélancolie qui accompagne les séparations fut au rendez-vous. Étrangement, par contre, et ce doit être l’expérience accumulée ou une nouvelle perspective sur la vie, la mélancolie ne fut que de courte durée; le train de ma vie s’est rempli plus vite que jamais auparavant, et de beaucoup plus de nouvelles personnes qui y entraient que le nombre de celles qui en sortaient. C’était fascinant.

J’ai réalisé que les gens vont et viennent par principe de résonance. Quand ça ne résonne plus, les gens se séparent, et la note que l’on émet résonne avec d’autres. En ce moment, la note que j’émets semble sonore et claire, et les personnes qui sont en résonance avec celle-ci sont particulièrement stimulantes. Mon univers qui comptait quelques personnes pour lesquelles je me laissais tirer vers le bas n’en compte plus, ceux pour qui je me laissais faire du surplace sont aussi sortis du train. Et le train s’est rempli de gens qui chantent, dansent, et célèbrent la vie, de par leurs projet, leur énergie, leur enthousiasme et leur capacité à s’émerveiller.

Peut-être que le train laissera descendre encore quelques passagers, passagères. C’est inévitable. Mais d’autres y entreront. La beauté de la chose, c’est que la qualité et la particularité des individus qui sont en résonance avec soi, n’est autre que la démonstration de ce qui émane de nous.

Dis-moi avec qui tu te tiens, je te dirai qui tu es n’a jamais été aussi significatif pour moi. L’autre est le miroir honnête de ce que nous sommes, une image sans distortion de ce que notre égo voudrait nous faire croire que nous sommes. Regarde ton entourage et fais le constat. Observe ceux qui t’abordent et vois en eux l’étincelle d’âme qui résonne avec la tienne, et tu te comprendras mieux toi-même. Cherche la compagnie de ceux qui illustrent ce que tu souhaites pour toi et deviens-le.

Ça semble bien métaphysique tout ça. Je pourrais bien te parler de mes dernières semaines et te les ventiler comme une feuille excel. Encore faudra-t-il que nous résonnions un tantinet. Sinon c’est peine perdue.

Pour l’instant. Et c’est pas grave. C’est la vie.

Publié par : Eric Bondo | 20 septembre 2015

Valeurs Québécoises, popcorn, et des boucles bouclées.

Moi qui ai besoin d’écrire pour respirer, j’ai eu une semaine extrêmement occupée et aucun moment pour ce faire. Mais qui dit semaine occupée dans ma vie, dit nouvelles histoires à raconter. Premièrement, quoi que j’aie pu dire sur les méfaits de l’alcool dans un texte précédent, j’ai aussi parlé de la beauté de plusieurs personnes qu’on rencontre lorsqu’on travaille dans un endroit où on en sert à profusion. La rénos et les jobs de peinture, c’était un beau boulot d’été, mais on y travaille en cercle fermé et c’est très peu stimulant intellectuellement, à mon avis, même si on a beaucoup de temps pour réfléchir pendant que la radio joue la même foutue playlist, peu importe le poste qu’on choisit.

Alors, dans un but de stabilité financière et parce que ma dernière expérience dans les bars s’est terminée de façon presque tragique, j’ai décidé d’accepter un dernier boulot comme gérant. Un bar plus grand, qui marche à fond, dont l’équipe m’a impressionné et dont le salaire et l’horaire de travail me permettront d’avoir beaucoup de temps pour écrire et me consacrer à mon autre projet. J’ai beaucoup parlé de catharsis; cet emploi me donnera aussi la chance, lorsque je le ferai, de me retirer avec la satisfaction du devoir accompli et non un goût amer d’échec cuisant. C’est une façon de boucler la boucle avec classe. Car c’est important pour moi et ma mémoire d’éléphant, de boucler les boucles. Essentiel. Je n’oublie que peu de choses de mon histoire; j’ai la mémoire très longue. Au point de considérer qu’il s’agit d’un défaut de fonctionnement autant que d’une bénédiction. Défaut, parce que ces mémoires reviennent me hanter, plus ou moins souvent, lorsque l’histoire n’a pas de point final mais reste suspendue éternellement par les trois points.

Comme cette histoire d’amour qui s’était mal terminée et pour laquelle je n’avais jamais su pourquoi. Pendant des années. Puis, dans un échange de bons procédés, cette semaine, par le plus grand des hasards, j’ai enfin su. Je vous épargne les détails mais le bien que ça m’a fait de savoir. Je n’ai pas souffert, au contraire, à mon avis, mieux vaut émotionnellement être transpercé au coeur par une lame qu’égratigné avec une lame empoisonnée. La douleur est plus intense, mais les plaies se referment à leur rythme, laissant une cicatrice qui nous fait grandir, plutôt que de porter une douleur édulcorée mais constante de par les questions sans réponse qu’elle impose. Bien sûr, on peut aussi utiliser la blessure empoisonnée pour grandir, ce que j’avais fait, mais ça nécessite beaucoup de questionnements et c’est plus chiant. Alors je préfère le coup direct. Malgré mon détachement longuement travaillé, ça a quand même eu un impact positif.

Ainsi, je suis quelqu’un pour qui il est important de fermer les livres, pas parce que ça nous empêche obligatoirement de continuer à avancer -on choisit de le faire ou non-, mais parce que ça nous ralentit, comme un poids mort. Moi-même j’ai laissé des personnes en suspens dans ma vie; je m’en excuse auprès d’eux et d’elles, et j’ai pris la résolution de faire tout en mon possible pour ne plus le faire, dorénavant.

Cette semaine, aussi, j’ai accepté un boulot d’animation pour un événement corporatif, pour la boîte d’une amie de longue date, que je n’avais pas vue depuis environ une dizaine d’années. Je devais m’occuper du montage et du démontage de kiosques et autres trucs dans un événement pour une entreprise pharmaceutique. Dieu sait, surtout mes proches, que j’ai un penchant négatif pour Big Pharma dans la vie. J’ai quand même accepté d’y aller, dans un souci de cohérence face à mon désir de non-jugement des autres. Quelle excellente idée ce fut. Un cadeau de la vie, je vous dirais. Je me suis dit que ce serait fascinant d’observer les gens qui composent ce type d’entreprise, et de les regarder avec ma nouvelle philosophie de vie, et pourquoi pas, de les aimer sans égard à leur boulot, sans préjugés, tels que je les verrai en train de s’amuser et de vivre une belle journée au sein de leur entreprise.

À la distribution des tâches, n’ayant pas trop envie de faire des « youppi youppi! » aux kiosques des jeux d’adresse, j’ai rapidement levé la main lorsque j’ai entendu « machine à popcorn ». Je suis un fan fini de popcorn et je me suis dit que ce serait pénard, opérer la machine et distribuer des sacs à qui en voudrait, avec le plus grand des sourires. Eh bien, en cette semaine où le niqab est revenu inutilement hanter les débats de société, j’ai vécu une merveilleuse épiphanie. S’il y eut un kiosque très spécial, ce fut celui que la machine à popcorn partageait avec la machine à barbe à papa. Plus d’un millier de personnes participaient à la fête, dont des centaines d’enfants de tout âge qui se sont tous précipités vers notre table, parce que le vent apportait dans toutes les directions l’odeur du popcorn. Et pendant toute la journée, j’ai été gratifié de milliers de sourires et de « merci », provenant d’enfants et d’adultes, et surtout, il s’agissait d’une entreprise où se cotoyaient des gens de plus de 40 pays d’origine et de toutes les teintes de peau différentes. Des femmes voilées et leurs enfants, souriant à grandes dents alors que je leur donnais leur petit sac de pop corn. Des africains portant des robes multicolores d’été, des Québécois d’origine habillés de la dernière mode d’ici. Tous avaient en commun l’amour du popcorn, dont le son, lorsqu’il éclate, rappelle celui des lieux de guerre, celui des tirs, mais pas dans ce contexte festif, et dont le goût semble universellement apprécié.

Et j’en ai fait, des sacs de popcorn, j’en ai échangé, des sourires et des remerciements, à en avoir mal à la mâchoire. J’ai réalisé que dans cette entreprise pharmaceutique, on était loin du Québec que l’on nous décrit dans les grands médias. J’ai réalisé que les plus grandes gueules et ceux qui craignent l’Islam, le voile, les autres ethnies, les réfugiés, non seulement se complaisent dans leur ignorance et leur vision limitée de la vie, mais sont tellement programmés qu’on peut les activer avec des « switches » médiatiques pour faire diversion de ce sur quoi ils devraient réellement porter leur attention. Qu’on appuie sur le bouton Islam, ou le bouton Niqab, et ils se transforment en terminators. On leur a inventé des programmes qu’on peut activer comme bon nous semble, parce que lors de l’installation du dit programme, cela résonnait avec leurs peurs profondes, celles qu’ils et elles portaient dans leur coeur, parce qu’ils ont des vies qu’ils détestent secrètement, qu’ils sont fatigués de travailler comme des esclaves, qu’ils ont des relations médiocres, un coeur plus rempli de rêves brisés et de déceptions que d’autre chose. Que tout cela faisait l’affaire de certains en haut de la pyramide, qui eux aussi portent les mêmes blessures, avec juste plus d’argent et de pouvoir entre les mains.

Je m’étais imaginé les dirigeants de compagnies pharmaceutiques comme des gens dont l’ambition dépassait de loin l’empathie. Et pourtant, lorsqu’ils arrivaient devant la machine à popcorn, leurs yeux s’illuminaient comme ceux des enfants. L’échange de regards en était un d’âme à âme, je dirais, et je me suis senti bien ingrat de les avoir aussi longtemps jugé aussi sévèrement. Mon épiphanie fut de réaliser qu’on est ce qu’on est parce que nos coeurs d’enfants sont imprégnés de turbulences et que ces turbulences, tant qu’on ne les a pas calmées, demeurent et orientent nos choix de vie, nos choix de valeurs. Et laissent place au pouvoir des « switches » qui nous montent instantanément les uns contre les autres dans un gâchis parfois monumental.

J’ai aussi pris conscience que cela ne prend pas toujours grand chose pour changer cela. Parfois, la simple odeur du popcorn au cours d’un bel après-midi dans un parc, nous humanise et nous ramènent dans un lieu où ces turbulences font place, l’espace d’une journée, à la joie et l’émerveillement. Et, quoi qu’ils fassent dans la vie, d’où provenaient ces personnes, dans ce moment, dans chaque sac que je tendais, j’ai mis du gros « love », et ils me l’ont rendu mille fois. Cet humble boulot que j’ai accepté de faire a été, étrangement, un grand moment de joie que j’ai partagé avec des centaines et des centaines de gens, pendant des heures. De voir tout ce beau monde heureux et fraternisant entre eux, ça m’a énormément touché. Et alimenté cet espoir qu’un jour, ce sera la norme. Celle du Québec que je connaissais jusqu’à il y a quelques années. Celle des valeurs Québécoises dont on se vantait et qui ont été sournoisement changées par des gens malheureux et mal-intentionnés au point d’en avoir convaincu plus d’un qu’elles sont restées les mêmes depuis toujours alors que c’est faux. Leur nouvelle version populiste n’a rien de celle qui m’a été enseignée par ma famille, par l’école. Cette nouvelle version est une caricature grotesque basée sur des anecdotes et sans fondement autre que celui de faire peur et faire vendre des armes.

La machine a popcorn : un sérieux high de vie, que je conseille à tout le monde, si vous avez l’occasion. Tout ce que ça a pris, réalisez-vous, c’est une stupide machine à popcorn. Et un gars qui avait décidé de sourire à tous comme si c’était ses plus grands amis. Peu importe leur carapace, leur costume. Et qui a pu constater que, en plein air, au soleil, le temps d’une magnifique journée consacrée à fraterniser, eh bien on arrive facilement à mettre de côté nos préjugés et nos bibittes, et à porter notre attention sur le bon, le beau. Et l’odeur du beurre, même artificiel.

C’est cette voie là qu’il faut prendre, c’est cette voix-là que j’ai envie d’écouter.

Publié par : Eric Bondo | 14 septembre 2015

Silences tordus et intimité : l’histoire de Sébastien

Ce matin, Patrick Lagacé, de la Presse, en fait réagir plus d’un et plus d’une avec un texte sur les confidences d’un utilisateur d’Ashley Madison, qui trompait sa femme parce que l’intimité sexuelle entre eux était très ordinaire, et qui refusait de lui en parler, de peur que cela ne mène à leur rupture, parce que le reste de leur vie familiale, de couple, était parfaite. Triste histoire. La discussion ayant suivi étant teinté des sensibilités de chaque personne qui y participaient, m’a fait réfléchir. Surtout un commentaire concernant le dit Sébastien (nom fictif, bien sûr), qui disait :

« Sébastien est vide. Limité par son manque d’insight et de profondeur. Tellement banal. »

C’est vrai que c’est banal. Ordinaire. Parce que si on prend le temps de vraiment observer notre société, les gens qui la composent, si on a la chance, comme je l’ai eu, de recevoir les confidences d’autant de monde, pendant autant d’années, eh bien, Sébastien, c’est beaucoup de monde. On dit Sébastien, mais on pourrait aussi dire, Martine. Je me rappelle un jour, quelques mois après ma sortie d’une longue relation, j’avais rencontré quelqu’un, et nous en étions à notre deuxième ou troisième date sérieuse, sérieuse impliquant plus qu’un souper au restaurant. Comme j’avais perdu le fil de la culture des rencontres amoureuse depuis trop d’années, je demande à un groupe de collègues : « À partir de combien de dates arrête-t-on de flirter avec d’autres? » Et tous de me répondre en choeur, mais vraiment, simultanément : jamais.

Ça m’a frappé. Ça doit faire environ dix ans, et je m’en rappelle comme si c’était hier.

Jamais

Je suis pas tombé en bas de ma chaise parce que j’étais debout, mais j’ai eu envie de m’asseoir. La seule et unique raison que je trouvais valable à l’adultère, et encore, c’était qu’un des partenaires s’obligeait de cette façon à mettre un point final à une relation parce qu’il n’en était pas capable autrement que par un bris de confiance irréparable.

Je sais pas ce qui se passe dans la tête d’un couple ensemble depuis dix ans. Je ne me suis jamais rendu là. Ce que je sais, par contre, c’est que d’essayer de faire fonctionner une intimité incompatible, chimiquement, mécaniquement, ou même dans ce que l’un et l’autre aime et qui stimule son désir, c’est voué à l’échec. Peut-être un jour rencontrerai-je des couples qui me parleront de comment ils sont partis du bas-fond pour monter au septième ciel, mais à date, ce que j’ai pu comprendre, c’est que les gens finissent soit par se résigner (et parfois tromper à répétition) ou sacrer leur camp. Je sais aussi que quand c’est le temps de commencer un boulot, on ne s’en cherche pas un autre si le premier convient, à tout le moins avant de savoir si on aime ou non. C’est quoi ce penchant à se mettre quarante bouées de sauvetage quand on saute dans la barboteuse des débuts de relation? Si ça marche pas, on y met fin. Et plus c’est rapide, moins c’est difficile. Trois dates, cinq engueulades et du sexe de misère? Bon ben c’est un peu dur sur l’égo, s’être trompés ainsi, mais on se contera pas de mensonges, on arrête et on retourne à la case départ. Rien de plus, rien de moins. Y a pas quarante pieds d’eau au début, c’est une barboteuse.

Ce qui m’a frappé, cependant, plus que tout le reste, dans l’histoire de Sébastien, c’est de un, cette incapacité à, au départ, prendre le temps de vérifier si tous les morceaux sont en place avant de se lancer dans la grande aventure familiale. Après tout, on est pas en 1945, l’Église ne pousse plus dans le derrière de personne pour faire des enfants. La société, peut-être encore un peu, mais je vois encore plein de couples faire des kids après un an, un an et demie de relation sérieuse, et sans avoir même pris un an à vivre ensemble au quotidien. Tant qu’à ça, pourquoi ne pas se promener sous un orage électrique avec un poteau en métal, juste pour voir?

De deux, le fait que les gens ne communiquent pas, ou mal, et encore moins dans un contexte d’intimité. Heille, les amis, l’intimité, c’est la confiance. Si tu peux pas parler avec ta conjointe ou ton conjoint comme tu parlerais à tes meilleurs amis, euh, de quel genre d’intimité parlons-nous ici? La communication authentique, et désinhibée, je pense que c’est la base de toute relation amoureuse et dans un monde idéal, la base de toute relation. Et l’ennemi de toute relation digne de ce nom, c’est le non-dit-qui-devrait-l’être. La personne est supposée t’aimer, oui, ça va peut-être brasser d’aborder certaines questions, mais ne pas le faire, c’est injecter une petite dose de poison au coeur de la relation, et ça va définitivement se sentir à la longue. Les gens n’écoutent pas trop leurs sentiments, c’est un fait trop souvent avéré, mais ils les ressentent quand même. Et un moment donné, ça pète, d’une façon ou d’une autre. Et quand ça pète, ça part de la claque sur la gueule et ça peut mener à des « Guy Turcotte »…

Je suis de la vieille école, celle des romatiques. Mes premiers écrits étaient des lettres d’amour, à une époque où ça pognait pas pentoute -et aujourd’hui on est à une époque ou ça fait peur plus souvent que ça ne pogne-. J’ai vécu la rupture de mes parents à un jeune âge et je me suis promis que je ferais tout pour éviter ça, avant d’avoir des enfants, et après en avoir eu -si ça arrive un jour-. Ma mère est en couple depuis sa séparation d’avec mon Vieux, depuis presque 35 ans. Mes grands-parents se sont aimés profondément jusqu’à leur mort. L’amour pour moi n’est pas un trip égoïste ou de consommation. J’en ai toujours pas, des enfants, parce que même si j’ai plongé, je ne me suis jamais rendu à la fin des étapes ou épreuves nécessaires qui pour moi allaient m’indiquer que c’était le bon moment, la bonne personne. Et je regarde l’histoire de Sébastien, celle de tant d’autres que j’ai vu défiler au quotidien, et je suis content d’être en retard sur le groupe. Vraiment. Chacun ses choix de vie, mais je suis un romantique, alors je prends mon temps. Je vis mes expériences, et éventuellement, je l’espère bien, tout ce travail sur moi-même et sur ma compréhension de la relation, de l’engagement,va probablement payer.

Mais bon Dieu que j’ai compris avec toutes ces années, et toutes ces tentatives, quel était l’élément essentiel de toute intimité : la communication. Rien d’autre. Facile. Ça passe ou ça casse.

Si les Sébastien et les Martine de ce monde sont rendus-là, c’est que dès le départ, ils avaient de sérieuses lacunes en communication. Les non-dits se sont accumulés pendant que leur engagement l’un envers l’autre augmentait. Aujourd’hui, l’accumulation de silences tordus les tient sur la corde raide.

C’est d’une tristesse à fendre l’âme.

Publié par : Eric Bondo | 13 septembre 2015

Les suiveux.

En me levant, ce matin, couché en cuillère avec mon oreiller de spare, j’ai fait, comme tous les matins, la revue de presse de mon fil de nouvelles Facebook, et j’ai vu passer un truc sur le vote stratégique, ces fameux posts culpabilisants, en général rédigés par des Bloquistes ou des Péquistes. C’est un peu normal, quand tu vis dans un passé lointain ou t’as perdu la game de ta vie par un point en prolongation en 1995. Je sais, j’faisais partie de l’équipe. Le problème, c’est quand t’en reviens jamais, de t’être fait voler par l’argent, le vote ethnique pis, surtout, les enragés de la ville de Québec, en 1995, pis que là, chaque élection devient un moment où t’as l’impression que ton mouvement va encore s’en faire passer une, et donc qu’il faille proposer des stratégies pour accomplir quelque chose, genre faire tomber Jean Charest, ou Stephen Harper.

J’vais t’expliquer quelque chose, chère personne qui vient nous emmerder avec tes stratégies à la noix. La démocratie, le suffrage universel, qu’on soit ou non dans un système proportionnel, c’est pas une game de football. Tiens, je vais te poser une question. C’était quand, le dernier bon gouvernement qu’on a eu? Dans mon livre d’histoire, au provincial, celui de 1994 de Parizeau a été le deuxième meilleur, après celui de Lévesque en 1976, les deux ayant fait une bonne job parce qu’ils préparaient le gros move vers l’indépendance. Au Fédéral, je n’ai pas trop le choix de dire que c’était un de ceux de Trudeau, le père, qu’on aime ou pas sa façon de gérer les discussions constitutionnelles. Mais je vais pas te faire un cours d’histoire sur pourquoi un gouvernement était bon ou pas; je peux simplement te dire que ça fait au moins vingt ans que les gouvernements gouvernent pour les grandes banques, pas pour toi.

Ainsi, considérant que la moitié analphabète ne comprend rien à rien et va en général voter pour une des deux couleurs, j’ai depuis quelques années réalisé que c’est aussi ça la démocratie, des moins brillants, des émotifs et des conditionnés vont toujours refaire le même choix et ce sera pas le mien. Mais, résilient comme je suis et ayant fait très peu de choix qui m’affublent d’obligations, je peux très bien vivre sans être affecté par le gouvernement. Et donc, overall, je me contre-crisse de qui va gouverner, parce que c’est la masse qui va décider, et la masse et moi, on ne pense pas pareil. Jamais. On lit pas les mêmes affaires, on a pas les mêmes idées, on est pas conditionnés pareil. D’autre part, je regarde toujours ce qui me reste sur mon talon de paie, et non ce qu’on m’enlève, de la même façon que je ne me donne pas sans arrêt des coups de marteau sur la tête. Faque les promesses de baisse d’impôt…quand j’en voudrai, des baisses d’impôt, j’irai m’enregistrer aux Îles Caïman.

Bref, je vais en revenir au début. Après avoir longtemps été du genre à faire campagne et tenter d’éduquer du monde pour finir par faire gagner mes candidats préférés, aujourd’hui, je vote pour ce qui correspond à mes valeurs. POINT. Je ne vote pas pour débarquer quelqu’un, ou pour embarquer dans une pseudo-stratégie, je vote parce qu’on m’a donné le droit de choisir qui j’aimerais voir, dans un monde idéal,diriger mon pays, ma province, ma ville. MÊME S’IL NE GAGNE PAS.  Et je suis quand même chanceux, parce que même si aucun des partis pour lesquels je vote n’a le pouvoir sur ma ville, ma province ou mon pays, à la longue, ça a fini par fonctionner. Aujourd’hui, je suis représenté uniquement par des partis pour lesquels j’ai voté, sans réel pouvoir (sauf dans l’arrondissement) mais ça m’importe peu. J’ai au moins l’assurance d’avoir pris mes responsabilités à coeur, avec intégrité et je ne porte en rien l’incompétence des partis vedettes auxquels trop de mes concitoyens vendent leur âme. Les Libéraux provinciaux partent avec la caisse, couchent avec la pègre et coupent partout? Not my fault. Les conservateurs partent avec la caisse, coupent partout, voient des terroristes dans leurs céréales? Not my fault. Chiâle après ta grand-mère, après tes parents, après ton cousin qui a pas fini son secondaire si tu veux; j’ai rien à voir avec ça.

Depuis ce jour où j’ai réalisé que mon vote m’appartenait et que la responsabilité des gouvernements de merde appartenait à ceux et celles qui les avaient élus, je suis satisfait de la démocratie. On oblige les gens à répondre à une question d’habileté mathématique avant de gagner un café au McDo, mais n’importe quel taré peut voter juste en montrant une pièce d’identité? Comment pensez-vous qu’on a de chances d’être bien gouvernés un jour?

Les groupes de pression et les autres s’époumonnent à vouloir éduquer l’inéduquable. Regardez-les, depuis toujours, qui répètent les mêmes discours, en vain, mais qui ne s’épuisent jamais. Logement sociaux, traitement des aînés, aide sociale, éducation. Un A pour l’effort, un F pour la répétition de stratégies foireuses, chers Mères Thérésa. Le conditionnement se fait par voie médiatique, avec la répétition massive de conneries auxquelles le pas vite adhère, pas parce que ça n’a pas de sens, mais parce que c’est répété en boucle et qu’il ne sait pas comment se protéger du conditionnement.

Heureusement, d’ici quelques années, les petits jeunes, moins TV et plus Internet, vont être plus nombreux que toutes les autres générations à voter. On le voit avec la montée de certains partis, plus verts, moins corrompus, moins langue de bois. Il paraît que c’est pour 2018. À ce moment-là, les choses risquent de changer.

En attendant, tes belles stratégies, cher ami, tu peux les garder pour toi. Mon droit de vote m’appartient, et à moi seul, et en plus -et t’avais peut-être oublié- il est secret.

Ce qui fait que : 1. Il ne te regarde pas. 2. Ce n’est pas un pari sportif. 3. Cherche toi un autre suiveux, t’en trouvera pas par ici.

Publié par : Eric Bondo | 12 septembre 2015

Tout ou rien

Beaucoup trop de trucs dans ma vie cette semaine, alors j’ai dérogé un peu à ma discipline d’écriture. Et les thématiques se bousculaient et je ne savais pas laquelle choisir : écrirai-je sur ces mâles dominants qui prennent plaisir à ce qu’une femme ne prenne pas plaisir en leur compagnie, ou sur ces gens qui répandent la haine dans la foulée de la crise de réfugiés qui secoue le monde, ou sur la théorie selon laquelle dans la vie, parfois c’est tout ou rien. Tiens, ce sera ça.

Parfois, on cherche du boulot, l’amour, des opportunités quelconques, et rien ne se passe. Rien. Du. Tout. Au point d’en déprimer plus d’un. Et puis, tout d’un coup, les opportunités affluent au point d’être embarrassé par la quantité de choix qui s’offrent à nous.

C’est pas mal le genre de semaine que j’ai eue. Celle où on se retrouve dans une mare de choix tout aussi intéressants que les autres, et où on parfois on doit absolument choisir, et d’autres fois on s’imagine qu’on doive choisir -ce qui n’est pas toujours une obligation immédiate- . Je me questionne toujours quand ça arrive : Est-ce parce qu’on dégage quelque chose de particulier qui se réflète dans les opportunités qui nous sont offertes, ou est-ce parce qu’on est dans un état d’esprit positif qui nous aide à mieux constater les opportunités et ainsi agir sur elles? Un jour, peut-être, la science nous le dira.

Cette semaine, j’ai dû faire des choix. J’ai accepté un boulot qui, au début, me tentait, mais pour lequel j’ai hésité jusqu’à la dernière minute. Je me disais même que si mon futur employeur refusait mes exigences salariales, j’allais apposer mon refus net. Or, non, au moment de conclure, l’offre était, bien sûr un compromis, mais qui me convenait parfaitement. La semaine de trois jours et demie avec un salaire très très décent. Qui me permettrait de bien vivre et de me consacrer à d’autres projets, notamment d’écriture. Le même jour, justement, un projet sur lequel je travaille et qui achoppait parce qu’il y manquait un élément essentiel, a finalement abouti et passe en seconde vitesse. Ça tombe à point tout ça, parce que je ne peux pas vous cacher que, bien que ce soit plus intéressant que d’aller au gym et que j’aie un certain talent pour ça, les travaux manuels, ça manque de réflexion, de stimulation intellectuelle. J’en retiens toutefois que lors de l’achat de ma première maison, je ne serai pas démuni du tout; je pourrai même économiser largement grâce aux travaux que je suis capable de faire. Et c’est parfait.

Vous auriez aimé que je vous dise que les opportunités sentimentales se sont aussi bousculées au portillon, mais ceci n’est pas un texte d’horoscope. Celà dit, fidèle à la théorie, de ce côté là aussi quand des choses se produisent, c’est encore tout en même temps. Hier, justement, je me suis fait poser la question à savoir combien de temps depuis ma dernière relation de couple, et j’ai réalisé que ça faisait un petit bout de temps. Deux ans, pour être exact. Avec quelques très courtes expériences infructueuses durant cette période, mais comme la dernière fois fut assez pénible, j’ai bien pris le temps d’en faire un post-mortem et, ce faisant, de venir à bout de certains patterns que nous avons tous et qui nous entraînent dans des relations fuckées et qui finissent par ne mener nulle part. Alors, sachant qu’en ma qualité d’homme, je peux concevoir des enfants jusqu’à cinq minutes avant d’entrer dans mon cercueil, et que tout indique que je ne deviendrai jamais un vieux conservateur fini, il n’y a plus rien qui ne presse de ce côté.

Si la chimie n’y est pas, ou à moitié seulement, si le parfum de l’autre ne m’enivre pas au point de presque en perdre la tête, c’est non; la passion et le désir s’éteindront assez vite, been there, done that, j’ai toute la collection de T-Shirt. De nos jours, une seule séance de french suffit pour m’en informer. Ensuite, ne plus rien forcer. Les personnes qui sont encore dans leur pattern et qui, pour cette raison, ne s’intéressent pas à nous, rien ne sert de les y forcer par un acharnement à leur faire la cour en espérant que… La seule récompense qui en ressortira sera celle d’avoir réussi à conquérir, suivie par le délicat problème de souvent devoir soi-même initier la rupture inévitable. Je le disais l’autre fois : À chaque torchon sa guénille. Si elle aime les musclés-tattoués-dominants, et que c’est pas toi, rien de bon n’en sortira. S’il aime les sado-maso portant des Birkenstock, et que c’est pas toi, danger…

Troisièmement, les flags. Si il/elle pète un cable parce qu’un serveur lui a refilé un ustensile avec une tache de savon dessus, ne peut pas conduire un kilomètre sans frustrer contre le monde entier, ou nettoie ses poignées de porte à chaque fois que tu y touches, ce sont des flags qui, à moins d’avoir vraiment d’envie d’être un support psychologique prêt à se faire bouffer tout son jus, méritent attention, et parfois, qu’on prenne ses jambes à son cou sans demander son reste. Et quatrièmement, l’amour est le domaine du coeur, pas de la tête. Bien sûr, tout passe par la tête, mais l’intellectualisation et la rationalisation du sentiment, (quand ça se passe bien, je dois préciser, pas quand les flags sont multiples, rouges et lumineux) peuvent être des obstacles au lâcher-prise minimalement requis pour une relation harmonieuse, et ce, ce sont des gens qui sont en couple et amoureux depuis plus de trente ans qui me l’ont appris. Des autres, je ne garde pratiquement aucun conseil; ils ont beau avoir une opinion, ils n’en sont pas plus des exemples à suivre.

Je pourrais en faire un essai complet tant j’ai eu l’occasion d’analyser les chassés-croisés amoureux, les miens et ceux des autres. Ce qui en ressort, par contre, c’est qu’on en apprend beaucoup plus sur soi à travers ces relations, que sur l’autre. Et qu’en bout de ligne, plus on en arrive à se trouver bien soi-même, plus les rencontres sont intéressantes, qu’elles soient de très courte durée, ou, comme beaucoup l’espèrent, longues et fructueuses.

Toujours est-il qu’en restant optimiste, en souriant, en ayant du plaisir, en rayonnant le bonheur et en éloignant de soi les personnes ténébreuses, même quand tout ne va pas pour le mieux du monde, je pense que ça se ressent par les autres, et je pense qu’on fait, même inconsciemment, certaines actions qui accélèrent le processus par lesquelles de nouvelles et intéressantes opportunités se présentent à nous. Qu’elles concernent les affaires, le boulot, les amours, ou tout ce qui fait que la vie ne manque pas d’opportunités d’émerveillement.

Les prochains mois seront fous. J’ai l’enthousiasme dans le tapis.

Publié par : Eric Bondo | 8 septembre 2015

La foutue chienne et le courage


Les fans de Star Wars -et même les autres- ont sûrement reconnu cette brillante citation que Georges Lucas a mis, il y a plus de vingt ans, dans la bouche de Yoda, maître Jedi.

La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, et la haine mène à la souffrance.

J’aborde le sujet à nouveau, parce que, je me répète, c’est le sentiment qui anime l’ensemble de la planète. J’essaie de penser à un endroit où ce n’est pas ce à quoi carburent les gens, et je n’en trouve pas. J’en parle aussi parce que je vous dirais sincèrement que c’est foutrement épeurant d’écrire un texte environ aux deux jours avec comme thème de fond la transparence. C’est épeurant de devoir se demander si on va trop loin, si on va déplaire, si on va subir les foudres de un ou de l’autre parce qu’on a fait le choix de ne pas se taire, surtout lorsqu’on est une personne tellement plus introvertie qu’extravertie. Ça vous surprend? Ben oui, très chers, je passe plus de temps à l’intérieur qu’à l’extérieur, et là je ne parle pas de l’environnement physique. Avant les bars, ça me prenait tout mon petit change pour aborder un étranger, et tout mon compte de banque pour aborder une étrangère. Bien sûr, un coup dans le nez, j’ai appris à passer par dessus, mais fondamentalement, je suis demeuré assez timide, parfois encore énormément, dans certaines circonstances. Moins, beaucoup moins qu’il y a vingt ans, assurément, même sans un verre à la main mais je sens encore la chaleur me monter aux joues à quelques occasions, même si c’est à peine visible à l’oeil nu.

Je suis, par contre, et étrangement, excellent devant une foule, parce qu’on ne parle qu’à un mur dans le fond de la salle, jetant un petit coup d’oeil au public de temps à autres. Ou en entrevue, parce que je ne parle pas de moi, ou seulement qu’en superficie, et de choses que je ne trouve aucunement compromettantes. Je me suis souvent fait reprocher d’avoir l’air indifférent, mais c’est juste parce que je suis très mal pour briser la glace. Bref, en ce moment, après une quinzaine de textes récents, et comme ça m’est arrivé plusieurs fois auparavant, j’ai souvent l’envie de tirer la plogue et de retourner au silence jusqu’à ce qu’un sujet ne m’oblige à dire quelque chose de vraiment pertinent. Mais non, je ne peux plus reculer; si j’espère un jour vivre de ma plume, je dois demeurer constant, prendre des risques dans ce que je dis et surtout faire de l’autopromotion pour être lu. Et sérieusement, j’haïs ça, faire de l’autopromotion. Un de mes bros ne me laisse jamais parler de mes affaires parce qu’il dit que je suis pourri pour me vendre. Et il a tellement raison. Mais ça a l’air que c’est comme ça que ça marche, alors je partage mes trucs, je demande aux gens d’aimer ma page, et je sais que c’est beaucoup, beaucoup d’attention dirigée vers mes mots, qui sont une extension de la réflexion intérieure que je mène la majorité du temps.

Je le fais aussi parce que j’essaie d’inspirer à la transparence, au courage de ses idées et à l’envie de les exprimer. Tellement de gens ont des trucs à dire et se taisent. J’ai toujours l’impression que ce sont les mêmes qu’on entend, les épouvantails sociaux, activistes ou tenants du pouvoir, les gratte-la-gale qui ont peur de tout et font tout pour entraîner les masses dans leur badtrip permanent. C’est pas comme ça qu’on va passer au travers des bibittes individuelles, des difficultés relationnelles, des difficultés sociales, économiques, des changements climatiques. Et c’est si facile d’y céder. Facile de se taire et de se mettre intérieurement en position foetale, facile de choisir de ne pas y penser. Le problème, c’est la citation d’en haut :

La peur mène à la colère, la colère mène à la haine et la haine mène à la souffrance.

Bien qu’on ait des tonnes de fois plus de chances de mourir de la grippe, attaqué par un orignal, ou d’un attentat perpétré par un pure-laine catholique, on a peur des islamistes radicaux. En fait, on nous a suggéré cette peur-là. Qui mène, pour les plus influençables d’entre nous, à la peur de l’Islam, et à l’élection de gouvernements qui capitalisent là-dessus, pour justifier des attaques militaires dans des endroits reculés, causant la souffrance d’autrui. Et de l’autre côté, la peur de constamment se faire bombarder à tour de bras, de perdre leurs proches, leurs enfants, leur pays, même, de crever de faim, de froid, justifie des attaques isolées contre nous, faisant mille fois moins de morts, mais qui seront réutilisées pour provoquer la peur. Et ça tourne.

Et il se trouve des simples d’esprit pour croire qu’un moment donné, en frappant vraiment fort, y en a un des deux qui va s’arrêter. Si ça marchait comme ça, chers amis, ce serait la paix sur terre depuis Hiroshima et Nagasaki. C’est pas le cas, absolument pas. Je le disais dernièrement, la peur est payante, la peur fait consommer.

Pour ceux qui ont suivi mes derniers billets, je me répète un peu; je m’en excuse. Et pendant que je l’écris, je me demande pourquoi je le répète. Peut-être pour créer un nouveau conditionnement. Regardez les nouvelles, les politiciens, les chroniqueurs-épouvantails. Ils répètent, tout le temps, sans pause, les mantras de la peur. Et qui dit répétition, dit conditionnement. Si vous n’y comprenez rien à la psycho, je vais vous en expliquer une des bases. C’est la répétition qui crée l’habitude. À force de trop manger de carottes, votre peau prendra un teint hâlé. C’est la même chose pour votre vision du monde. À force de trop écouter Martineau, Bock Côté, Dutrisac, de lire La Presse, le Journal de Montréal, de regarder CNN et LCN, sans même que vous ne vous en rendiez compte, vous vous conditionnez vous-même à la peur, la colère, la haine, et votre souffrance demande réparation, sous forme de la souffrance de quelqu’un d’autre, ou même d’une autre communauté, qu’elle soit celle de vos concitoyens qui ne pensent pas comme vous, où celle d’un autre pays, d’une autre culture.

Mais comment passer au travers de la peur, peu importe la forme qu’elle prend, et la transformer en courage? La réponse se trouve peut-être aussi dans un genre de mantra provenant d’un livre, Dune. Personnellement, si c’était pas aussi long, je me la ferais tattouer sur le bras gauche, face à mon tattouage sur le jugement.

Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi.

Que ce soit pour sauter en chute libre, pour draguer quelqu’un à l’épicerie, pour appliquer sur une job de rêve ou avant de faire ses choix électoraux, quand on y pense, la peur, c’est non seulement stérile, mais en la laissant nous traverser, en mettant de côté les influences qui l’alimentent, on se rend compte qu’elle passe. Et qu’après, il ne reste que soi. Et un soi qui n’est pas de la merde, puisqu’il est libéré de la peur, prêt à plonger.

Chaque fois que j’appuie sur le bouton « publier », c’est à ça que je pense. Et j’y repense à chaque fois que j’appuie sur le bouton « partager ». Toutes les fois.

Suivi d’un bon fuck it bien senti. Je suis pas fuckin’ Socrate, mais bon, je prends la chance de dire quelque chose. La loi du silence, en ce moment, qui empêche les gens de dénoncer les non-sens, de faire connaître leur véritable point de vue, ce qu’ils sont réellement, ça ne mène nulle part. Le monde a besoin de plus d’humanistes et de moins d’épouvantails. Pour des raisons évidentes.

C’est sûr, on peut se rabattre sur des litres et des litres de gin-tonic ou des kilos et des kilos de bouffe, ou bien en courant des milliers de kilomètres.

Mais ça ne tue pas les dragons; toute béquille de l’esprit est avant tout leur combustible de choix.

Publié par : Eric Bondo | 7 septembre 2015

Un mouton blanc dans une mer d’alcool

Avec tous ces textes publiés au cours des dernières semaines, cette mise-à-nu a fait en sorte que certaines personnes ont eu peur devant tant de transparence, mais surtout, beaucoup de personnes se sont ouvertes à moi, parce que je les avais touchées. C’était le but. Je l’ai dit et redit, tant et aussi longtemps qu’on se croit seul à vivre certaines choses, à penser certaines choses, il se crée une certaine forme d’inertie, de censure. Et dès lors qu’on découvre qu’on est ne serait-ce que deux personnes touchées par une situation, un sentiment, eh bien on réalise qu’on a aussi envie de plus de transparence.

Dans cet ordre d’idées, comme je viens de le dire, sans être devenu le courrier du coeur du journal de Montréal, j’ai reçu des confidences à gauche et à droite, et, bien que certaines étaient choquantes, ça m’a touché, bien sûr. La confidence est un résultat de la confiance, et, comme on préfère aimer à haïr, on préfère faire confiance à se méfier. Ça libère.

Je suis de ceux qui, contrairement à beaucoup, font confiance avant et qui s’ajustent après. Parce que, puisque mon pire ennemi n’était autre que moi-même, et que la vie m’a doté d’un bon côté résilient, une des qualités que j’adore chez les gens, les blessures et la trahison me font mal, mais ne m’empêchent jamais de sourire et de retrouver facilement cette capacité à m’émerveiller de la vie. Et c’est de mieux en mieux avec les années. J’ai vécu des trahisons multiples au cours de ma vie, qui, pendant un long moment, m’ont doté d’une carapace à toute épreuve, que je portais à l’occasion, mais pas tout le temps. C’est si lourd, une armure. Ça nous fait passer à côté de tellement de choses parce que son poids nous ralentit. Je l’ai rangée dans le garde-robe et j’essaie de ne plus m’en servir. Ce ne fut pas toujours rose, mais bon, dans le pire des cas, l’armure est dispo dans le garde-robe, au besoin, le temps de se soigner un peu. Je ne l’ai pas ressortie depuis un bout. Fuck that. Mais qui sait?

Revenons-en cependant à la confiance et aux confidences. Je te l’ai déjà dit, cher lecteur, chère lectrice, je ne suis pas entré dans le monde des bars et de l’underground par pur plaisir, ni parce que j’avais un besoin inextinguible de boire jour et nuit, sept jours sur sept, mais bien par envie de disparaître après une succession d’échecs retentissants à un jeune âge. Certes, j’ai un foie comme Prométhée, mais ma mère pourra vous en témoigner, après un verre de vin au repas il m’arrive régulièrement de switcher au Ginger Ale. Pas toujours. J’apprécie encore une certaine forme d’ivresse, mais fondamentalement, j’ai surtout bu pour la job, au point où, quand le dernier bar où j’ai travaillé a été vendu et, me retrouvant au chômage, mes chums de brosse ont répandu la rumeur comme quoi j’étais en dépression, parce qu’ils ne me voyaient plus nulle part, et que ça a duré des mois et des mois.

Je vais vous faire quelques confidences. J’étais pas riche au chômage. En plus, les actions promises grâce à la méthode du bâton et de la carotte ne furent jamais au rendez-vous, oubliées quelque part dans un document juridique ou ailleurs, et, bien que j’aie trouvé ça dommage, c’était le dernier de mes souçis. J’avais du ménage à faire, des trucs à régler dans ma vie, mais surtout, la dernière année passée à tenter de garder le navire à flot avait été amplement arrosée. Ce fut une jouissance personnelle que de ne pas boire pendant des mois. J’étais aux anges. Le gras abdominal qui m’attirait quelques moqueries affectueuses disparaîssait comme peau de chagrin. J’avais besoin de moins de sommeil. J’ai rattrapé le temps perdu en matière de films, de musique, de jeux, de livres. J’ai fait un cours d’informatique en ligne. Me suis tapé plein de livres. J’ai joué à des jeux, vu des amis de longue date, vu ma famille plus souvent. Dépression? Non. Tristesse devant l’échec, oui, bien sûr; je crois que c’est normal. Mais quand t’as envie de te lever tous les matins, quand tu te lances dans des démarches pour soigner tes petites bibittes, quand la drive de vivre est au rendez-vous, chaque jour qui passe, pour le peu que j’en sais, on est loin de la dépression. Reconstruction enthousiaste est un terme plus approprié.

C’est l’alcool le dépresseur. Non seulement un dépresseur, mais l’alcool fait faire aux gens des choses nauséabondes, et je ne parle pas de vomi ou de pisse de ruelle. Des actes poches, ténébreux, témoignant d’un grave mal de vivre, amplifié par l’alcool lui-même. Je n’entrerai pas dans les détails, mais une des choses dont j’ai été fier durant toutes ces années, est d’avoir conservé, 90% du temps, même complètement fini, classe, éthique humaine, et sourire quasi-permanent. Le dix pour cent qui reste, j’étais à peine délinquant -oui, j’ai déjà pissé dans une ruelle- ou un peu baveux. Me suis souvent fait dire qu’il ne fallait pas que je sois plus catholique que le Pape, et j’ai toujours vu ça comme un compliment. Ironiquement, j’étais le mouton blanc parmi les moutons noirs. Aujourd’hui, on me confie des trucs que je ne savais pas, et je réalise que je ne les savais pas parce que j’étais la personne à qui il ne fallait pas en parler. Parce qu’il y aurait des trous de cul en tôle, procureurs de la couronne au derrière, des couples en thérapie -qui auraient dû l’être bien avant pour le mieux de tout le monde-, et du monde qui se feraient cracher dessus par les passants. Des gens que je cotoyais régulièrement (et je ne parle pas de bandits, non, ceux là au moins ne se cachent pas derrière de belles façades de bonnes personnes), qui faisaient des choses que, maintenant que je le sais, m’écoeurent au point de ne plus avoir envie de leur adresser la parole. Sauf que je connais l’alcool. Ses méfaits. L’alcoolisme et son sidekick blanc poudreux est une maladie grave, qui brise souvent plus de vies autour qu’elle ne brise la vie de l’alcoolique. Alors au diable le racontage de merde; c’est pas ma vie, c’est la leur, et certes, les personnes autour en souffrent, mais pour avoir essayé d’en conscientiser, elles sont toujours prêtes à nier et se taire. Comme disent les vieux : à chaque torchon sa guenille. Les gens s’assemblent par résonance et on n’y peut pas grand’ chose. Au moment opportun, ces personnes iront chercher de l’aide, je leur souhaite.

Mais c’est lourd à porter, les secrets du genre, c’est triste, et c’en est parfois fatigant. Alors, si j’ai envie de vider le fond d’évier des souvenirs nauséabonds, j’écris. Ce texte. Et mon second roman, qui avance de façon surprenante, est un superbe exercice sur comment se vider la conscience de ces trucs puants, sans identifier qui que ce soit (c’est le plus difficile mais quel défi), qui a fait quoi, le pourquoi du quoi, sauf peut-être ces personnes à qui j’ai envie de rendre un hommage positif. Ces beautés humaines avec qui j’ai partagé de belles choses. C’est un pur plaisir que de le faire. Un best of des milliers d’histoires dont j’ai été témoin, avec en bonus, celles qu’on me raconte aujourd’hui parce qu’on a envie que je les recycle, que je les romance. Par désir de catharsis, j’imagine. Le mien, et celui de ceux qui m’ont demandé de le faire. Message reçu.

Quant aux petits bandits, ils peuvent dormir tranquille; j’ai jamais vraiment voulu savoir, parce que, pour moi, les véritables bandits sont dans les parlements et les succursales de Goldman Sachs, pas en train de vendre du pot sur la rue… Ceux-là répondent à un besoin. Tordu, soit-il, mais visiblement nécessaire.

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