Publié par : Eric Bondo | 2 décembre 2017

Le changement.

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Si vous avez déjà lu un bouqin de croissance personnelle, un truc qui revient souvent, c’est l’auteur qui affirme que « 20 ans de recherche lui ont permis de découvrir le secret de la vie » et qu’il le partage avec vous pour que vous y arriviez en quinze minutes. Pour en avoir lu une vingtaine au cours des vingt-cinq dernières années, j’ai réalisé un truc : finalement, c’est ça que ça prend, 20 ans, pour croître personnellement, et ça, c’est à condition d’y mettre un minimum d’effort et de volonté.

Parfois je me dis que, pour faire un pied-de-nez à tous ces charlatans du dimanche qui vous promettent le succès presqu’instantané, je devrais en écrire un de ces bouquins. Ça s’appellerait : comment se mettre dans la tête que le changement c’est long. Ou comment accepter que c’est quand ça fait assez mal qu’on change.

Parce que c’est simple comme ça. On ne change pas ce qui ne fait pas assez mal. Le cerveau est ainsi fait. La job de l’inconscient, c’est de nous préserver de la douleur. Alors encore ici, on a affaire à un paradoxe. Premièrement, comme notre cerveau veut nous préserver de la douleur, il est essentiellement réfractaire au changement, car le changement est un risque, le risque d’avoir mal. Parce qu’on affronte l’inconnu. Alors il nous forcera, par cette petite voix convaincante, que c’est mieux si tout reste tel quel. Mais parfois, à cause de nos conditionnements, on se met dans la merde, une fois de temps en temps, parfois plus souvent. Et le cerveau fait le calcul : Est-ce que cette merde est plus douloureuse que le processus qui nous amènerait à s’organiser pour ne plus que ça arrive? Et souvent, une fois la merde passée, la petite voix nous dit que oui, finalement, on s’en remet, on oublie. Et vlan. Rien ne change. Jusqu’à la prochaine merde.

Jusqu’au jour où ça fait assez mal. Que ça fesse, que ça ébranle toute tes entrailles, que ça déchire jusqu’à la moindre partielle de poussière d’étoile dont nous sommes faits. Mais surtout, cette fois où ça dure, ou même le pratique mécanisme qu’est l’oubli ne peut faire sa job. Que cette merde t’empeste la vie pendant des semaines, des mois, et pour certaines personnes, des années. Alors là, s’engage un combat sans merci contre ce paradoxe cérébral, dans laquelle la petite voix, celle-là même qui nous suggère toujours d’attendre que ça passe, est enterrée par la grande voix, celle-là qui nous crie « Plus jamais tabarnak! As tu compris?!? Plus jamais! C’est vraiment ça que tu veux? Vraiment? Non, arrête la bullshit et bats-toi! ».

C’est là ou on a la merveilleuse chance de faire un ou des nouveau choix. Quand la grande voix enterre la petite. Et si on l’écoute, on a la chance de réaliser que finalement, la peur du changement est pire que le changement en soi. Que nous sommes attachés à des choses en nous qui, tout compte fait, nous apportent plus de problèmes que de bienfaits. Et, passé cette réalisation, on fouille, on cherche, on essaie de trouver les outils qui nous permettront de combattre.

Et souvent, on trébuche, on se laisse rendormir par la petite voix, par l’habitude, par le Bof, c’est pas si mal après tout. Combattre, le mot le dit, c’est un affrontement, c’est fatigant, souvent c’est long et c’est douloureux. Le guerrier ou la guerrière en nous se fatigue, parfois s’épuise. Surtout lorsqu’on se sent seul contre soi-même, le monde et la perception que ce monde a de nous : vais-je perdre mes amis, vais-je changer au point où mes proches ne me reconnaîtront plus et me délaisseront, vais-je cesser d’être en résonance avec ce que j’aime, ceux qui m’aiment?

L’art de la guerre intérieure, c’est, entre autres, de réaliser que cette envie de réfléter cette perception qu’ont les autres de nous nous tire vers le bas. Et alors, qu’est-ce que ça fout si les gens se poussent parce qu’on est devenu une meilleure version de nous-même? Par résonance, on risque d’attirer des meilleures versions d’amitiés, d’influencer positivement certains de nos proches qui demeureront avec nous dans cette nouvelle caisse de résonance. Et les autres? Tant pis. C’est ce qu’il faut se dire : TANT. PIS.

Par expérience, on ne s’en sent pas moins bien. Même si la petite voix nous dit : non non attention tu as besoin d’eux. Fuck it. Les personnes qui s’éloignent parce qu’on mène un combat pour s’améliorer, qu’elles le fassent. C’est leur choix. C’est correct. Nous n’évoluons pas tous, ni dans la même direction, ni à la même vitesse. C’est toujours une question de fit. À preuve, nous ne fréquentons pas en majorité les mêmes amis que lorsque nous avions quinze ans. Et au fil du temps, les groupes d’amis changent, se modulent, se modifient. Est-ce qu’on en meurt? Non. Au contraire, on se sent plus vivant.

Alors voilà. Si j’avais à résumer le changement en quelques lignes, ce serait ainsi :

Que veut-on changer?

Pourquoi veut-on changer cela? Est-ce que de ne pas le faire nous apporte souffrance?

Peut-on le changer rapidement, parce que ça ne nous demande pas tant d’effort? Sinon, acceptons nous que ça soit long et ardu, et qu’on trébuchera souvent, qu’on rechutera en essayant?

Et enfin :

Serons-nous capables de faire taire la petite voix qui nous sussure que tout est correct et nous tire vers l’arrière, et de monter le volume de l’autre, celle qui nous pousse vers l’avant?

Accepterons-nous que le changement affectera tout notre environnement, mais que ce sera pour le mieux au bout du compte?

À partir de là, sans certitude, tout ce qui reste à faire, c’est de tirer son épée et d’avancer. Et en avançant, si l’on constate des résultats agréables, alors cela calmera la petite voix, qui deviendra notre plus fervente supportrice. Et la grande renchérira; elles chanteront en choeur le chant du héros et de l’héroïne qui combat le dragon.

Et ce chant, c’est celui du bilan de toutes ces années passées à évoluer. De regarder derrière et faire : Wow, j’ai fait tout ça, je me suis transformé, j’ai des trophées de petits et de plus grands monstres accrochés au mur de ma mémoire. Je porte fièrement les cicatrices et les brûlures, qui me rappellent combien le combat était épique.

N’en déplaise aux charlatans de la croissance personnelle et de la pensée magique, je crois que c’est une façon plus saine et moins décevante d’aborder le changement. Celle d’accepter que nous ne serons jamais parfaits comme on se l’imagine mais que nous le serons toujours en regard des circonstances, une perfection imparfaite mais toujours perfectible, dans laquelle se trouve le souffle de la Vie.

Le darwinisme intérieur.

C’est tout de même remarquable, si l’on considère que nous sommes capables d’évoluer sur des mois, des années, alors que dans la nature, tout évolue sur des siècles, des millénaires, voire des millions d’années.

L’humain est un être au potentiel remarquable, lorsqu’il réalise ce potentiel.

Sors ton épée.

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Publié par : Eric Bondo | 28 novembre 2017

Pardonner, se pardonner

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Un des mythes les plus tenaces de notre petit univers, c’est que nous faisons la majorité de ce que nous faisons de façon totalement consciente. Sans égard aux conditionnements qui nous ont façonnés, par la famille, nos relations, nos enseignants, par le système, nos traumatismes, etc. Et pourtant, c’est tout à fait faux. Notre cerveau est une extraordinaire machine, et une fois un conditionnement installé, nos agissements et nos attitudes qui y sont liés se font automatiquement, sans même y penser.

Nos démons, dont je parlais dans mon dernier billet, à moins d’être un psychopathe (et même encore, être un psychopathe est peut-être aussi le résultat d’un conditionnement), ces démons sont souvent des traits inconscients de notre personnalité. Nous agissons sans même y penser, et même si nous ressentons pour la plupart des remords ou des regrets suite à l’expression de notre ombre (parce que la prise de conscience d’une action ou attitude est quelque chose qui se passe APRÈS), le mal est souvent fait.

Le mythe de l’action ou attitude 100% consciente est, selon moi, à la base de tellement de problèmes de nos sociétés, et surtout de tellement de conflits, qu’il y a une véritable révolution à faire en ce sens. Je pourrais vous donner mille et un exemples de problématiques sociales et relationnelles qui y sont reliées. Sauf que puisqu’on étudie un tant soit peu la psychologie et le fonctionnement du cerveau depuis au moins 100 ans, nous devrions être en mesure de s’entendre sur cette phrase célèbre prononcée il y a 2000 ans par un révolutionnaire pour certains, prophète pour d’autres, et (avec toute la merde que ça engendre) messie pour des milliards de personnes. Pourtant, cette phrase si simple aurait dû être considérée comme étant à la base de la psychologie moderne, tant elle est pleine de sens.

Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.

Cette phrase si simple faisait état de tous ces conditionnements, bon et mauvais, qui dirigent la vie de chacun de nous, et qu’il est extrêmement difficile de contrôler et ou de changer. Et on peut donner des tonnes d’exemples qu’il serait difficile de contredire.

Le raciste n’est-il pas raciste parce qu’on le lui a inculqué? Le politicien qui s’en prend au plus pauvre et se graisse la patte on the side ne l’est-il pas aussi parce qu’il a été façonné ainsi? Et l’agresseur, le bully, le malfrat, le voleur, l’anxieux, le paresseux, le lâche, eux ou elles? Si on avait accès à la totalité de leurs mémoires, ne découvririons-nous pas que leur attitude n’est que la somme de leurs expériences, du ventre de leur mère jusqu’à ce jour? Et même avant (dans leurs gènes), si on prend en compte les récentes découvertes?

C’est un concept extrêmement difficile à accepter pour la plupart d’entre-nous, car nous sommes conditionnés à croire en la responsabilité personnelle en tout temps, qui elle, est un véritable mythe. Tout notre système qui nous offre collectivement une certaine stabilité morale, est modelé sur ce mythe. Ce dernier est tellement bien implanté que de nos jours, le ressentiment des uns et des autres face à des torts subis n’est qu’un appel continu à la vengeance, la punition et la rétribution. Les avocats et les juges font leur fortunes grâce à ce système basé sur tout sauf de la science. Si la norme force à l’inhibition l’ombre de tout un chacun, cela ne veut pas dire qu’elle pourra rester sous contrôle tout le temps. Des parents parfaits qui assassinent leur progéniture, des all-american boys et des gens puissants qui agressent leurs semblables, des gens aux sommet de la réussite ou en charge de la loi qui se tapent des power-trips sur les plus faibles qu’eux, des exemples, je le répète, il en pleut.

Ne croyez pas que celui ou celle qui vit avec une ombre n’en est jamais conscient. Il croit seulement qu’elle est bien dissimulée, tant que personne ne lui en fait part et qu’elle ne dépasse pas les bornes. Cette société qui considère le pardon comme un signe de faiblesse et la transparence comme un défaut nous pousse tous et toutes à nous cacher derrière le masque de la complaisance ou à ne rien dire, jusqu’à ce qu’un déclencheur fasse tout sauter. Et tout le monde y perd au change.

Sans dire que pardonner veut dire oublier, est-ce que, individuellement et collectivement, si nous prenions conscience de l’incapacité des gens d’agir autrement sans une thérapie ou un travail personnel de longue haleine et que nous encouragions ce travail en pardonnant, ne pourrions-nous pas assister à une amélioration de nos relations, d’humain à humain et d’humain à la collectivité?

Si nous acceptions que nos travers et ceux des autres sont plus souvent qu’autrement inconscients et programmés, n’aurions-nous pas plus de facilité à exprimer notre désarroi, notre souffrance, nos erreurs et trouver l’aide ou le support dont nous avons besoin, qu’il soit des gens qu’on aime ou de spécialistes?

Comment pourrais-je me permettre de ne pas pardonner à une personne qui m’a fait souffrir alors que ce sont nos ombres respectives qui sont entrées en contact? Deux insécurités inconscientes entrant en collision, provoquant une hécatombe bourrée de malheur et de tristesse? Et qu’est-ce que ça donne de ne pas le faire, si ce n’est que d’entretenir la flamme du ressentiment, celle-là même qui nous gruge de l’intérieur, parfois même à l’insu de la personne qui a mis le feu, et qui parfois entretient aussi sa propre flamme du ressentiment face à nous?

Non. Assez.

Cette façon de gérer nos relations est complètement archaïque et immature. La rancune, qu’elle semble aussi vraie ou non, est une attaque envers soi-même avant de l’être envers quelqu’un d’autre. Un cancer qui gruge l’âme. Le pardon libère. D’abord soi-même, puis l’autre, qui peut utiliser cette compassion qui lui est offerte comme tremplin vers le changement. Il faut sortir du premier degré relationnel, dès lors qu’on a envie de faire une prise de conscience. Qu’a fait l’autre? Qu’ai-je fait? Et ce, même lorsqu’on a l’impression que l’on est une victime d’un acte gratuit, en tant que membre d’une collectivité. Parce qu’on connait (un peu ou beaucoup) les problèmes dont cette collectivité souffre et plus souvent qu’autrement, au niveau individuel, on laisse ça à d’autres: la police, les autorités, le gouvernement, etc.. On peut bien vouloir s’en laver les mains (consciemment ou non, hehe), quand nous savons les ravages que peuvent faire des conditionnements pourris, si nous laissons ça aller, nous en sommes aussi responsables.

C’est en effet un immense paradoxe. Que nous devions assumer la responsabilité de permettre que des conditionnements de merde soient imposés à des gens, alors que nous sommes conditionnés nous-même à ne pas prendre cette responsabilité.

Mais il faut commencer quelque part.

Par soi. Réaliser l’importance de ce qui est inconscient. Prendre conscience de son ombre. Se pardonner. Demander pardon. Révéler l’ombre. Pardonner. Des actes souvent extrêmement difficiles, mais qui nous révèlent dans ce qu’on a de plus humain. Et qui nous apprennent aussi que notre conception du monde ne doit pas être celle de la mythologie, mais d’une certaine science.

Et semble-t-il que le mode de vie de l’homme le plus heureux de la planète, selon des scientifiques, le moine bouddhiste Mathieu Ricard, est essentiellement basé sur la compassion. C’est pas une chose importante à savoir, ça?

La rancune et la culpabilité : des cancers de l’âme.

Alors toi-là, chère personne que j’ai fait souffrir par mes conditionnements de merde, pardonne-moi. Et toi, chère personne qui m’a fait souffrir par tes conditionnements de merde, je te pardonne. Je n’oublie pas, je saurai voir venir le coup la prochaine fois, mais en mon coeur, j’essaierai du plus fort que je peux de jeter de l’eau sur le feu et de l’éteindre. J’espère que tu en feras de même. Nous briserons le cycle, et éviterons le pire. Et peut-être un jour, nous serons tous des Mathieu Ricard, et nous rirons d’avoir été si cons si longtemps.

Car ni toi, ni moi, ne méritons ça. Ni personne.

 

Publié par : Eric Bondo | 26 novembre 2017

Du ghosting et des restes humains

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Cette année, tant qu’à faire des résolutions bidons le soir du 31 décembre pour les échapper, hungover, au matin du 1er janvier, j’ai pris la résolution, il y a quelque temps, de cesser de procrastiner. Ça m’a pris l’écoute de mille vidéos et articles de psycho, mais je pense avoir touché à quelque chose. Comment laisser derrière soi le titre de roi de la procrastination? C’est, malheureusement, pas aussi simple que le disent les coachs de succès et leurs livres/CD/DVD qui ne rendent riches qu’eux. C’est long, faut prendre des notes, s’observer, s’évaluer, et trouver la façon, celle qui nous convient, de travailler sur le problème. Et c’est long. Nos démons ont l’avantage d’être les seuls à nous offrir LA solution facile : se contenter de ce qu’on est et dealer avec les problèmes que ça amène lorsqu’ils se pointent.

Le plaisir, avec cette merveilleuse résolution prise un mois à l ‘avance, c’est qu’elle englobe toutes les autres qui vont suivre. Si j’ai décidé de ne plus procrastiner, alors pourquoi j’attendrais à 2018 pour mettre en branle mes autres résolutions? Aucune raison. Ce serait une perte de temps.

C’est assez merveilleux, devenir adulte au moment où on est prêt et non au moment jugé opportun par la société. Prendre conscience de son ombre, c’est quelque chose qui se fait sur une longue période de temps, parce que ça fait mal, parce que ça fait honte, parce que c’est pas un boulot pour post-adolescent. Bien sûr, comme plein de gens, on peut se plier à certaines des exigences sociales et avoir certains comportements d’adulte, comme payer ses bills à temps, épargner, s’endetter de façon responsable, avoir un fond d’urgence pour les moments de vaches maigres, avoir sa maison (qu’on aura pas fini de payer avant l’âge d’or, by the way), son char, et s’encrasser dans un job qu’on va finir par détester parce que c’était ni une vocation, ni une passion et que ça nous bouffe tellement de jus qu’on doit noyer ça du vendredi au dimanche, parfois même à tous les soirs. On peut. Mais quand on paie le prix, que ce soit par un burn-out, une dépression, ou même devoir faire avec une progéniture qu’on oblige à vivre dans deux maisons et entre deux adultes qui se haissent, est-ce vraiment mieux?

Devenir adulte, c’est aussi communiquer, être franc, être transparent. Je discute souvent de relations avec mes ami-es, et s’il est bien quelque chose dont la majorité d’entre nous, humains modernes, n’avons pas la capacité, c’est celle-là : la transparence. Par souci de préserver la sensibilité de nos pairs, nous nous taisons, omettons la vérité, nous fuyons. Le ghosting en est le phénomène le plus courant en ces temps sentimentalement troubles. On vit nos relations comme si elles provenaient d’une infopub ou tu peux essayer un produit pendant 30 jours et le retourner no questions asked.

Le hic, c’est que ça ne marche pas de cette façon-là. Même si c’est douloureux ou choquant, je crois -et les psychologues/sexologues dont j’ai lu les travaux le confirment- que si on entame un tant soi peut une relation avec un autre être humain, on a la responsabilité de leur dire pourquoi on croit que ça ne marchera pas ou que ça ne marchera plus. Pour avoir été des deux côtés de la clotûre, il n’est rien de pire que d’être rejeté sans raison valable ou de façon silencieuse. L’idée reçue est qu’on évite de blesser l’autre en lui disant pourquoi. Mais dans la réalité, le concept de closure est un outil évolutif.

Exemple : il y a 20 ans exactement, un soir, dans un bar de quartier, mon amoureuse m’annonçait qu’elle me quittait, pour des raisons bien précises. Sérieux, ça a fait tellement mal que j’en ai pleuré pendant 2 heures après, dont un bon 5 minutes en pleine rue, me câlissant complètement de perdre la face. Avait-elle visé juste? Un peu pas mal. Mais une fois la crise de larmes et de colère passée, qu’est-ce que j’ai fait? Je me suis mis au travail. J’ai fait des nouveaux choix. J’ai pris des décisions, choisi ce que je voulais changer et ce qui m’importait moins de changer. En 24 heures, j’avais délaissé des choses et choisi d’en conserver d’autres. Mais surtout, je n’avais pas, en plus de me remettre en question, à fouiller longuement dans mes entrailles pour savoir ce que j’avais à remettre en question. Car c’est là l’horreur du non-dit : forcer quelqu’un à fouiller en lui-même pour trouver ce qui ne va pas, c’est comme un professeur qui dirait à un élève : « Tu comprends pas? Je m’en fous, tant pis pour toi, j’peux pas t’aider, arrange-toi avec tes merdes. » Cette femme, je lui en suis encore reconnaissant, et j’ai même eu l’occasion de lui dire il y a quelques années : Quel cadeau tu m’as fait!

Le ghosting et ses variantes, ça tue la confiance, ça crée de l’angoisse, et, comme le disent les psy, c’est une preuve de lâcheté de la personne qui sait mais se tait, même si parfois c’est parce qu’on se dit qu’on ne veut pas détruire cette personne en lui disant la vérité, même si on a peur que cette personne nous promette de changer et se retrouver dans une situation où elle ne change pas et tout est à refaire. Mais est-ce mieux de laisser cette personne fouiller dans ses mille démons pour peut-être découvrir lesquels ont été déterminants dans la fin de l’histoire, comme un badtrip de psychédéliques qui semble ne jamais finir?

Je ne crois plus.

Bien sûr, les personnes résilientes qu’on a laissées sans réponse vivront dans l’obsession et déterreront toutes ces ombres qui les habitent, parfois durant des semaines, des mois et des années. Et elles se feront elles-même une liste des évolutions à vivre. Sauf que ce n’est pas le cas de tous, sinon les apps de rencontre regorgeraient de personnes parfaitement aptes à vivre de saines relations. Après discussion avec beaucoup de monde, il n’y a rien de plus loin de la vérité. Même ces personnes qui exigent un passé réglé alors qu’elles sont sur un Tinder avec leur bébé de 18 mois dans les bras. Passé réglé mon cul…

Alors, tout ça pour dire que je ne ghosterai plus jamais. Et par ghoster, j’entends démarrer une relation avec quelqu’un (virtuelle ou non) puis un jour disparaître sans rien dire. Non. Et j’ai déjà commencé. Récemment, après 4 dates, j’ai eu l’honnêteté d’avouer à une personne -et ça c’est super bien passé, du moins en apparence- qu’il fallait se rendre à l’évidence : premièrement, je n’étais pas dans une situation financière et professionnelle qui me mettait dans de bonnes dispositions, et d’autre part, je ne sentais pas vraiment de chimie. C’est tout.

C’était une situation facile, on s’entend. Quand y a pas de chimie, tu y peux rien. Le toucher, l’odeur corporelle, les échanges de regards et tout le reste, ne nous font pas sentir « proches ». Et à moins de se faire modifier génétiquement, ce qui n’est pas encore possible, ça ne changera juste jamais.

J’ai aussi déjà dit à une femme qui venait de me rentrer littéralement dans un mur en me demandant pourquoi je ne l’avais jamais rappelé : Tu ne t’aimes pas, comment veux-tu que je puisse t’aimer plus que tu ne t’aimes toi-même? Et, oh surprise, elle m’a relâché et dit : « C’était la meilleure raison que tu pouvais me donner. Merci. » Et, ayant gardé le contact, j’ai pu la voir travailler sur cet aspect d’elle-même et évoluer.

Alors, être adulte, être mature dans ses relations intimes, c’est aussi accepter que le temps passé dans l’intimité d’une personne nous donne un regard unique et avec un certain recul sur l’ombre de cette personne. Alors pourquoi ne pas leur faire ce cadeau de l’ombre que nous voyons, et leur donner la chance de s’en départir? Et là je ne parle pas de leur chier dessus, mais de prendre le temps de leur expliquer ce qu’on a vu, de façon mature, c’est à dire en laissant la porte ouverte à une mauvaise interprétation de notre part, mais en faisant état de cette perception que nous avons.

Au lieu de disparaître lâchement.

Et à ce titre, je tiens à m’excuser pour l’avoir fait, au moins une dizaine de fois.

Alors voilà, cette nouvelle résolution, je crois que c’est un immense pas vers l’Adulte. La responsabilité de cultiver ses relations dans un but évolutif, de les quitter avec le courage de dire les choses de la bonne façon si on ne veut pas assister à cette évolution, ou de laisser la chance aux coureurs-euses de s’y attaquer, avec notre support, parce que si ça changeait, sky would be the limit.

Imaginez si tout le monde faisait ça sur Tinder, Happn, Badoo, Plenty of Fish, OkCupid, au lieu de juste se pousser sans rien dire? N’assisterions-nous pas à une amélioration (pas nécessairement complète mais notable), des échanges entre êtres humains, qui, tout compte fait, ne demandent qu’à aimer et être aimés de façon saine?

Au lieu d’un foutoir rempli de gens possédés par leur ombre?

Je n’ai pas la réponse. Mais ma contribution sera celle-là. Celle de dire les choses et d’offrir des armes à celles qui veulent affronter leur ombre, et prendre les armes que d’autres me tendront pour affronter les miens.

C’est la moindre des choses. Et compte tenu des histoires d’horreur qui circulent à propos des nouveaux outils de rencontre, c’est, à mon avis, essentiel.

 

Publié par : Eric Bondo | 18 novembre 2017

Le surfeur et la vague magique

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Je relisais aujourd’hui ce poème de Rudyard Kipling, que j’avais toujours gardé pas trop loin pour le relire de temps à autre, histoire de voir si j’étais devenu un homme. Si vous avez deux minutes et que vous ne l’avez jamais lu, ça vaut la peine. Et je dirais que je pourrais faire « check » à côté d’un ou deux paragraphes, notamment que je suis souvent tombé et me suis relevé sans broncher, que j’ai vécu triomphe et défaite sans devenir un monstre ou une larve (bien que parfois, je dois l’avouer, j’étais complètement à terre pendant un temps).

J’ai vécu une belle vie, pleine de rencontres, de fêtes, d’ivresse, de grandes conversations philosophiques, de rires, et je ne peux qu’en être reconnaissant. J’ai appris à vivre mes peines comme la personne sensible que je suis, celle qu’on m’a appris à être, à l’encontre du concept de la masculinité toxique. Je préfère dire que je suis triste ou heureux et l’assumer que de paraitre tough aux yeux des mâles qui gardent tout en dedans jusqu’à l’explosion. Je peux vous dire que dans une bagarre ou à la guerre, c’est pas ce qui fait la différence.

Bien que sur plusieurs points, je pourrais dire que je possède une certaine sagesse de l’âge adulte, quoique largement imparfaite, j’en ai négligé certains aspects, en raison de la vie sans contraintes dont j’avais envie et aussi d’une certaine déception face à cette société qui créé la pauvreté, la maladie, la souffrance émotionnelle et n’offre pas grand chose pour collectivement y mettre fin. J’ai donc fait le choix, conscient au début, puis inconscient par la suite, de résister à ce que la société demande pour qu’on considère quelqu’un comme adulte. Alors que j’étais toujours professionnellement promu à des postes de responsabilité, dans ma vie -cordonnier mal chaussé- c’était un solide foutoir. L’adulescence dans toute sa splendeur. Tant que l’argent rentrait, je faisais la cigale, et quand l’hiver arrivait, lors de transitions de carrière, je me suis retrouvé plus d’une fois dans des situations relativement merdiques.

Rien de comparable avec ce que vivent les plus pauvres d’entre-nous, me disais-je, et avec raison. Mais quand même. Le problème, c’est que j’arrivais toujours à m’en sortir sans trop de dégats. Et c’était une forme de résilience qui apportait avec elle un faux sentiment de fierté…

Quand au fil des ans, tu entends les gens te dire qu’ils ne comprennent pas comment tu peux ne pas utiliser un potentiel extraordinaire, un moment donné, tu n’as pas le choix de te poser la question. Mais le rebelle, comme tout le monde, trouve toujours une réponse pour justifier ses choix. Même s’il doit se mentir à lui-même.

Même chose pour l’amour. Je voulais une femme qui m’aimerait pour ce que j’étais, pour la façon dont je la traiterais, et non pour mon compte en banque ou ma carrière prestigieuse. Je me disais même qu’une fois que j’aurais trouvé cette perle rare, eh bien je me mettrais à la tâche pour le reste. Un peu comme le prince à New York. En attendant, je multipliais les expériences et les apprentissages que j’aurais à mettre en oeuvre pour ce moment précieux de ma vie. Au moment venu, je choisirais de stabiliser ma vie personnelle pour pouvoir mieux m’épanouir dans cette éventuelle vie amoureuse parfaite.

Les échecs amoureux se poursuivirent, pour les mêmes raisons que tout le monde, soit d’avoir fait abstraction des red flags avant de m’engager, de n’avoir pas pris le temps de savoir ce que je voulais vraiment, soit de m’être contenté de savoir qu’une femme s’intéressait vivement à moi sans me questionner sur la valeur de mon intérêt. Je me retrouvai un jour devant un vide de ce côté-là, mais toujours cette inconsciente et stupide décision d’attendre la bonne avant de m’actualiser dans les sphères matérielles de la vie.

En fait, la vie m’avait tellement choyé et ce à tous les niveaux, malgré ses moments difficiles, que je la jouais surfeur. J’avais des amis aux bons endroits, une famille prête à me supporter dans les épreuves, et cette capacité assez incroyable de rebondir au moment où j’effleurais le fond.

Puis, à la suite d’un commentaire peu élogieux d’une date, je me suis assis avec mon coloc et je lui ai dit, tout de go : Ok, dans la prochaine année on devient des hommes à marier. Plus des amants d’une couple de soirs ou une couple de semaines. Des hommes, des vrais, qui prennent soin de leur chez-soi, qui retapent, qui se ramassent, qui prennent le contrôle de leur vie au lieu de surfer sur les vagues. C’était bien beau d’avoir plein de belles qualités personnelles, la sensibilité, le courage, la force et la tendresse à la fois, l’humour, mais dans un environnement de vieux garçon, ça ne pouvait que donner des relations de moment présent, parce que c’est bien beau les vagues, mais c’est beaucoup trop imprévisible pour une potentielle compagne de vie.

J’eus soudainement conscience du temps qui filait. De mes proches dont les enfants approchaient ou avaient dépassé l’âge adulte. J’ai beau avoir la gueule et la forme physique d’un jeunot, à l’intérieur, je commençai à me dire que ça ne pouvait pas durer éternellement, qu’éventuellement je n’aurais plus l’énergie de surfer de la sorte.

Alors je me suis mis à la tâche. Lentement mais sûrement. Un énorme ménage par étapes. L’acquisition d’habitudes par la répétition. Les factures avant les partys. On a beau dire, des habitudes que tu tiens depuis 20, 30 ans, ça ne se brise pas du jour au lendemain. Comme un gros bloc de cassonnade durci, faut que tu grattes, que tu cognes, que tu râpes pour en récupérer le sucre. Mais, et j’en fus le premier surpris, chaque petit progrès se révéla être une grande victoire.

Simultanément : trouver une carrière plus sécurisante. Mon coloc retourna à l’école, j’essayai de faire avancer quelques idées/projets durant mes mois au chômage. Puis je commençai à songer à retourner sur les bancs d’école, sans trop être sûr de la matière. Et c’est alors que je fus pris de court.

Cette Femme qui arrive et qui s’en fout un peu de ce que tu fais dans la vie tant que tu fais quelque chose. Celle que tu prends le temps de regarder quelques secondes quand tu te réveilles le matin pour la trouver belle. Celle dont la voix te donne espoir en l’humanité. Celle-là même que je pensais devoir rencontrer avant de me lancer dans une vie sérieuse. Elle était là. Prête. Parfaite même avec ses imperfections.

Et je n’étais ô combien pas prêt. Sa vie à elle était stable. Elle avait son boulot, son chez-soi mignon et cozy, une petite vie bien aisée et tranquille qu’elle s’était bâtie sur une longue période. Son environnement était si sain que je n’osai jamais l’inviter dans notre appartement en construction. Je le trouvais soudainement moche et pas invitant du tout. Sauf pour la rencontre des amis et de la famille, notre relation se passait uniquement dans son monde. Le mien en était venu à m’écoeurer, et j’avais l’impression d’en avoir pour l’éternité à en faire un nid douillet, compte tenu de mes moyens financiers de transition.

Professionnellement, je finis par prendre une décision : me trouver une vocation. Allez hop, on s’inscrit au certificat en traduction, j’ai du talent, y a du boulot, choix facile. Allez hop, on se lance -tranquillement- dans la peinture, dans la finalisation du pimpage de mon milieu de vie. On fait ses impôts, on paie ses factures, sa carte de crédit, on essaie de franchir en six mois l’année ou les années qui nous séparent de l’adulte responsable, parce que soudainement, l’idée du petit chalet en campagne s’installe avec le quotidien amoureux. Et pour une fois, l’idée semble tout à fait appropriée.

Mais dans notre tête, ce chronomètre qui nous rappelle toujours que le temps file, et qu’on est toujours pas à la hauteur de ce qu’on voudrait être, maintenant que le Bonheur attend devant la porte. L’auto-frustration s’accumule et s’exprime dans ces petits moments de révolte lorsqu’on lit les actualités révolte qu’on exprime ouvertement, quelques fois dans une journée. Et le sentiment grandit que non, elle ne peut pas continuer à s’intéresser à nous uniquement pour nos qualités interpersonnelles. Même si elle veut encore se coller. Même si tout semble quand même aller, au quotidien.

Et puis, un moment donné, pour une petite accumulation (toute petite) de petits trucs, la panique nous prend et on réagit trop. Au point de la pousser à réfléchir, au point de l’amener à ne pas avoir de réponses. Au point de dire : Eh bien je ne peux pas vivre dans l’attente de la guillotine, sortant de cette zone de sagesse relative qui nous semblait étanche. Et de se la jouer cowboy en disant qu’on retourne sur le marché. Et tout prend le bord : l’amoureuse, puis l’amie (parce qu’on devait guérir son coeur un temps), puis tous ces moments de bonheur, de jeu, de sourires, de rires, et de corps qui se touchent.

Et puis, réveil brutal. Le surfeur vient de se prendre un bouillon dans la gueule. La vague est passée; il n’y en a pas d’autres à l’horizon. Toute cette attente, pour rien. Tout ce plan minable qui passe à la moulinette. Les projets qui restent sur la planche à dessin, entre deux coeurs dessinés.

Le surfeur réalise trop peu trop tard que rien ne sert de courir, il faut partir à point. Que l’amour du scénario Murphyesque ne se pointe pas avec un an de préavis. La bonne vague, celle qui passe à l’histoire, elle ne passe pas souvent. Lorsqu’elle arrive, il faut être prêt, et pas seulement émotionnellement. Sinon on en parle, on communique ses craintes, même si c’est risqué. Car en bout de ligne, le surf sur la vie, c’est pas une vie, à moins d’avoir des millions dans son compte de banque. C’est quand même plaisant; ça donne l’impression d’être dans un RPG (jeu de rôles) et qu’on court après des quêtes pour acquérir de l’expérience. Et si 90% du temps ça marche, c’est juste un mélange de chance et de talent, mais on ne contrôle rien d’autre. Elle est là la différence marquée entre l’adulescent plein de potentiel et l’adulte qui a de moins en moins de temps devant lui.

Dans un moment d’épiphanie, alors que le coeur se recousait, j’ai accepté que ce scénario amoureux avec lequel je m’étais blindé et qui tenait plus de la chance et du destin, ce scénario là, c’était la chose la plus stupide sur laquelle je m’étais appuyé de toute ma vie. Le destin (s’il est une telle chose) m’avait pris de court. Botté le cul.

Si je pouvais remonter le temps, s’il y avait quelque chose que je pouvais faire pour effacer ne serait-ce qu’une couple de phrases, si, si, si… Réaction typique du deuil subit et qu’on trouve injuste. Mais c’est impossible. Alors on arrête d’attendre ce texto qui ne viendra jamais, et on s’enlève de la tête toute idée de jouer soi-même les Roméos de la seconde chance, même si on la choisirait à nouveau entre toutes; le coeur a ses raisons mais faut savoir le faire taire et attendre l’oubli.  Et puis on se dit : « Prends la leçon mon vieux et avance. Si ça se trouve, un jour tu pourras remercier celle qui a joué le rôle du destin. »

Alors on se remonte les manches et on se dit que, qu’il y ait ou non une prochaine fois (et bien sûr qu’il y en aura, même si ce genre de rencontre est extrêmement rare), cette fois-là on sera prêt. Pas de scénario Hollywoodien, juste deux personnes prêtes et qui ont l’envie et la capacité d’évoluer sur la même route.

Et quand on me demandera de me décrire, je pourrai enfin citer le poème.

Publié par : Eric Bondo | 2 janvier 2017

2017 : Courage et ouverture

Qu’est-ce que je pourrais bien te souhaiter cette année que j’ai pas fait l’année dernière? Sérieusement, j’en ai aucune idée. J’aimerais ça te souhaiter l’amour mais t’as peur d’aimer (ou de l’être) et t’as peur d’avoir mal. J’aimerais ça te souhaiter un bon gouvernement mais t’as peur de changer tes habitudes électorales. J’aimerais ça te souhaiter une planète propre mais t’as peur de manquer quelque chose sans ta surconsommation et ton VUS qui te sert à sortir de la ville gros max une fois par mois. J’aimerais ça te souhaiter de régler tes bibittes mais t’as bien plus peur de les affronter que de vivre avec. Je pourrais bien te souhaiter la santé, pas celle qui s’exprime par un pseudo-équilibre entre tes vices et tes vertus (je bouffe 10 000 calories par jour mais je vais au gym), le tout agrémenté de cocktails d’antibiotiques, d’antidépresseurs ou d’alcool, quand ton corps ou ton esprit te lâche pour te dire de prendre un break mais que tu peux (ou veux) pas. Comme la plupart d’entre nous, il n’y a rien que tu trouve plus horrible que de te remettre en question.

En ce qui me concerne, je me remets en question plus souvent que je ne pisse. C’est une seconde nature. Ça ne fait pas de moi un être angoissé par la vie, au contraire, ça me permet de rester à jour avec qui je suis et qui je veux être. Ça m’a évité de me perdre dans une vie, une routine, une job que j’aime plus après x nombres d’années. Bien sûr, je n’ai peut-être pas la sécurité à laquelle aspire tout être humain déraciné, mais j’ai d’excellentes racines et la souplesse de résister aux tempêtes sans craquer.

J’ai peur, comme tout le monde, de certains trucs. Mais dans le domaine du possible, je refuse que ce soit ces peurs-là, surtout les irrationnelles, qui déterminent ma vie. La peur du manque, la peur du rejet, la peur de la mort, la peur de ne pas être à la hauteur, et les autres . Heureusement, j’ai bonne mémoire, et c’est peut-être ce qui me libère. Je sais me rappeler de quand je suis à la hauteur, je sais que bien des objets et des gens auxquels je me suis attaché font leur temps dans ma vie puis la quittent, et parfois reviennent, alors j’encaisse le coup et je lâche prise en faisant confiance au temps.

Alors tant qu’à te souhaiter des voeux honnêtes mais creux comme on le fait tous sans vraiment y croire (ça ressemble plus à des prières qu’à des voeux et généralement ces voeux sont directement issus du cathéchisme capitaliste : succès, réussite, santé), je vais nous souhaiter deux choses. Simples mais qui en englobent tellement que juste avec ça le monde sera meilleur.

Courage et ouverture. Je te souhaite le courage de regarder au fond de toi-même et de te demander à quoi tu sers en ce bas monde, et à quoi tu VOUDRAIS servir. Est-ce servir les intérêts d’une corporation inhumaine? Est-ce servir un gouvernement corrompu et créateur de problèmes plus que de solutions? Est-ce utiliser ta créativité pour capitaliser sur la vulnérabilité de ton voisin? Est-ce simplement sortir du lot et te foutre que collectivement on approche d’un mur?

Ou est-ce apporter ton grain de sel pour rendre le monde meilleur, même si ça t’oblige à renoncer à d’autres choix de vie que tu avais faits, à faire d’autre choix quant aux sources d’information et de connaissance auxquelles tu t’abreuves pour mieux agir par la suite sur le monde?

On le sait maintenant, les réseaux sociaux ont transformé l’information en une vaste entreprise de flattage dans le sens du poil. Dans ce merveilleux multivers virtuel, on peut vivre dans un monde qui ne ressemble en rien à la réalité. On peut choisir de ne croire que ceux qui disent ce qu’on pense, sans vérifier que ce soit vrai ou non. On peut s’inventer un monde complètement illusoire et y vivre sans que rien ne puisse l’affecter, si ce n’est qu’une voix intérieure qui hurle à l’occasion que ça n’a pas de sens. Et quand elle crie trop longtemps sans qu’on ne l’écoute, généralement, c’est là qu’on tombe malade.

Continuer dans cette direction là, c’est hypothéquer l’avenir de l’humanité. Le changement n’est pas seulement nécessaire, il est indispensable.

Par exemple : Trump n’est pas le mal de la société américaine. Il est un symptôme. Symptôme d’une société ignorante de ou dépendante à ce qui la régit, et là je ne parle pas que des partisans du bonhomme; je parle aussi de ses opposants. Je ne me ferai pas de nouveaux amis en disant que ceux qui ont voté pour Trump l’ont fait surtout par mépris (très mérité) de ceux qui refusent toujours le changement, quitte à accepter indéfiniment les travers du statu quo. Que ce soit ceux qu’on qualifie de plus conservateurs qui décident massivement d’un changement radical est en soi une évolution.

J’aurais bien aimé que cela provoque chez tout le monde une sérieuse remise en question de la politique, de la façon d’informer le monde, des conflits d’intérêt entre différents acteurs de la société, mais non, sauf exceptions, la majorité se braque sur ses vieilles position et répète ad nauseam des mantras composés d’idées reçues. Les grands médias au premier rang, suivis des « politisés »; frustrés de ne pas avoir pu influencer à leur guise l’électorat (ce qui est en soit une révélation qui devrait secouer la cabane), se sont entendus pour éliminer toute forme d’information alternative à la leur, sous prétexte que ce qui sort de leur bouche est vrai, et ce qui n’en sort pas est faux. Ce serait merveilleux si on avait facilement accès à une information complète. C’est dégueulasse quand on sait que c’est loin d’être le cas, à moins de faire des heures de recherche pour vérifier chaque article de journal. Je l’ai fait. C’est épuisant. Mais nécessaire. Et heureusement, on est des millions à ne plus vouloir croire sur parole, à demander des preuves de tout. à raisonnablement douter des messagers. Assez, peut-être pour atteindre une masse critique. Moi ça me rassure. L’élection de Trump, c’est le cadeau qu’une partie de la population qui en avait sa claque a offert au reste, pour lui dire : « tu fais tellement tout le temps des choix de merde qu’on va te le faire payer pour une fois. Très cher, même, en espérant que tu vas te dompter. »

Voilà le pourquoi de mes souhaits du nouvel an : courage et ouverture. Que ce soit en amour, en politique, dans le travail, bref dans toutes les facettes de ta vie, je te souhaite d’avoir le courage et l’ouverture de regarder les choses en face, de questionner quand tu doutes, d’ouvrir ton esprit à de nouvelles idées pas faciles à digérer. De prendre des risques dont celui de suivre ton intuition profonde. Même si t’as étudié 20 ans un sujet, même si chaque peine d’amour t’as donné l’impression que la vie était finie, mêm si on t’a répété que tu devais prendre le monde tel qu’il était, même si certains te disent qu’il n’y a plus d’espoir, que mieux vaut juste travailler à éviter de souffrir. Je te souhaite de faire « fuck that! ».

S’il y a un enfer, c’est probablement un endroit où rien n’a changé depuis des millions d’années parce que tous qui y résident ont tellement peur d’avoir mal qu’ils ne bougent jamais d’un centimètre. Des milliards d’âmes immobiles pour l’éternité.

Moi, j’aspire au paradis, même s’il y a des ronces et des bêtes sauvages dans le chemin. Je t’invite avec moi. Égratignures garanties, mais après on va tellement filer mieux.

Bonne année!

 

 

 

Publié par : Eric Bondo | 31 décembre 2015

Bonne année à toi.

true_bliss

Il est tard. Ce fut une de ces soirées entre Noël et le jour de l’an où c’est la fête de quelqu’un, que les bars sont pleins, et que ceux qui y travaillent appréhendent le lendemain, la veille de la nouvelle année où tout doit être plus que parfait pour permettre un parfait passage à un nouveau cycle. Soirée bien arrosée qui s’éternise, et bien qu’il ne me reste que trop peu d’heures à roupiller, ça fait plusieurs jours que je me dis que je devrais bien m’ouvrir la trappe et dire quelque chose après plusieurs mois de silence ici.

Je te l’ai déjà expliqué : écrire c’est pour moi comme respirer. Ce que je n’ai pas dit par contre, c’est que j’arrive à retenir mon souffle longtemps. Un peu comme si j’exprimais des tonnes de pensées à la fois, puis que je retournais voir de par le monde pour y trouver de nouvelles choses à dire. Ou pour apprécier le fait de n’avoir rien à dire. Ou plutôt rien que j’aie envie de partager.

Mais là, c’est le nouvel an qui s’en vient, et ce serait un minimum que d’apporter mon grain de sel à toutes les choses que tu peux lire ou entendre comme à chaque année, un peu partout :

Résolutions, idées de party, musique à écouter, choix de la place où tu vas effectuer le passage à 2016, et j’en passe.

Tu m’as manqué, lectrice, lecteur bien-aimé. J’aurais bien voulu te raconter des tas de trucs, mais en même temps, je n’en avais pas tant envie. Y a eu des élections, des attentats, des sorties de films, plein de trucs qui ont dû attirer ton attention ailleurs, et moi, j’étais dans mon nouveau boulot, dans mes nouveaux projets, dans de nouvelles relations humaines, entre autres dans ma nouvelle colocation. Ça demande beaucoup d’énergie, d’adaptation, d’écoute, d’observation, ce genre de trucs. Alors avant de m’ouvrir la trappe, j’ai préféré laisser pisser. Voir où je me trouvais dans le nouveau portrait de ma vie.

Si tu me demandes si ça va, je te répondrai : « ça va. ». J’te crierai pas : « C’est la plus belle période de ma vie! » ni « J’me suis jamais fait chier de même ». Au contraire, c’est une période que j’apprécie de par mon recul sur ce qui m’arrive. C’est un moment où je réfléchis intensément à ce que j’aime, ce que j’aime moins, et pourquoi.

C’est peut-être pour ça que je trouvais le moment parfait pour te réécrire après tant de mois. Pour te souhaiter autre chose pour la nouvelle année que les foutues et redondantes résolutions à la con qu’on ne tient jamais vraiment.

Pour te dire ces trucs que je te souhaite. Et sûrement à moi-même simultanément.

Pour 2016 je te souhaite de pouvoir prendre le temps de réfléchir intensément à ce que tu aimes, à ce que tu aimes moins, à trancher entre ce que tu penses vouloir et ce que tu veux vraiment. À t’approcher le plus possible de cet équilibre qui te rapproche en soi du bonheur. À t’éloigner de ces plaisirs qui ne nourrissent aussi bien et aussi longtemps qu’un trio Big Mac: vite apprécié, vite chié. Et à prendre conscience du collectif, et de ton apport à celui-ci; il te le rendra bien, pas comme tu t’y attends, mais assez quand tu prends bien le temps d’être attentif-tive.

Je te souhaite de répandre l’amour mais surtout d’accepter celui qui t’es offert, s’il t’es offert gratuitement et sans exigences.

Je te souhaite d’alléger tes peines et tes peurs. D’écouter cette voix qui te dit, lorsqu’elle te le dit, de foncer.

Je te souhaite que ce cheminement que tu feras en 2016 d’être en continuité de la dernière année, et le préambule de l’année qui suivra. Parce que de toute façon, c’est ce qui va se passer. Nul ne stagne jamais. C’était juste beau à dire.

Si t’es pas à côté de moi à minuit, voilà ce que je te souhaite. Et si tu l’es, je te souhaiterai bonne année, deux simples mots, mais qui contiennent tout ce que je viens d’exprimer ici. Sur ce, j’me couche.

One love.

 

 

Publié par : Eric Bondo | 27 septembre 2015

Émerveillement et enthousiasme

Je sens la grosse semaine qui s’en vient, alors je profite du moment pour écrire sur un truc qui me chicote depuis longtemps. Depuis que j’ai commencé à écrire sur une base régulière, je me réveille souvent avec un sujet en tête. Parfois j’écris immédiatement sur le sujet en tant que tel, d’autres fois, je le laisse mûrir quelques temps. Celui-ci, j’avoue, mûrit depuis assez longtemps qu’il me harcèle, alors voilà, j’y suis, je me lâche.

On me dit souvent que je m’emballe facilement. En fait, ce sont quelques personnes qui, dans un désir de me préserver des déceptions, me font la remarque. Le hic, c’est que je n’ai nullement envie d’être préservé de la déception dans la vie. Elle est inévitable pour quiconque, comme moi, aime expérimenter la vie. La déception, comme les grandes joies, fait grandir. Tenter de l’empêcher, c’est à peu près le même principe que celui du Bonzaï. On place un arbre dans un environnement où, ne pouvant pas devenir l’arbre de centaines de pieds qu’il est destiné à être, il se tord et reste tout petit. Chez l’homme, la tentative d’éviter la déception n’est qu’une façon d’éviter la souffrance qu’elle apporte, et fait un peu le même effet que ce qui crée le bonzaï. Au lieu de constamment grandir, ce qui est, je crois, la raison pour laquelle on est sur ce gigantesque carré de sable, on devient un peu tordu, renonçant à toucher le ciel et portant sans cesse notre regard à nos pieds, de là l’expression qui pour moi définit les êtres peureux et statiques, les terre-à-terre, comme ils aiment se nommer eux-mêmes.

Je préfère de loin avoir les pieds sur terre et la tête dans les nuages. Plutôt que de poursuivre le template officiel, composé d’une carrière unique et d’une longue relation amoureuse édulcorée, j’ai préféré le chemin que peu de gens prennent. En fait, je dis préféré, mais ça s’est fait tout seul. Pendant longtemps, parce que ce chemin est loin d’être une sinécure, j’ai vécu la solitude d’être autre chose que la normalité. Mais aujourd’hui, j’ai fini par l’accepter, parce qu’en fin de compte, quand je mesure la somme de tous ces moments d’émerveillement qui ont composé ma vie, j’en retire une immense satisfaction. Je ne suis pas monoparental avec une job que je déteste de plus en plus de jour en jour. Je ne sens pas le poids de l’âge me ralentir, et je ne me sens pas contaminé par le cynisme ambiant, même si ce dernier pousse très fort quand je prends un peu de temps pour regarder le monde que les médias veulent bien nous présenter.

Ma recette magique? L’émerveillement et l’enthousiasme. Je m’émerveille quand je vois quelque chose qui n’arrive pas souvent, comme un raton-laveur qui se promène sur ma rue, un cardinal dans un arbre, une grue (l’oiseau) sur le bord d’un canal en pleine ville, la lune lorsqu’elle est pleine, je m’émerveille quand je fais une rencontre spéciale avec une personne qui partage certains intérêts, certains questionnements communs. Je m’émerveille en me levant le matin, après une nuit pleine de rêves tout aussi éclatés les uns les autres. Je m’émerveille en lisant qu’un scientifique a peut-être trouvé une solution à un problème, quand une personne ou un animal fait une action qui tient du miracle, quand je regarde une conférence TED. Je deviens comme un petit enfant qui découvre chaque jour de nouveaux trucs. Et la beauté de cela, c’est que je sais que ça n’arrêtera jamais.

Et quand l’émerveillement vient toucher quelque chose de profond en moi, vient l’enthousiasme. Celui qui fait que je veux approfondir la connaissance de ce qui m’émerveille. Pas nécessairement jusqu’à en faire un doctorat, mais assez pour y consacrer des heures, des jours, des mois. Et quand ça m’arrive, eh bien il y a toujours un rabat-joie pour le critiquer. Cernés jusqu’au genoux, l’air dix ans de plus que leur âge, le cynisme estampillé dans le visage, ces yeux qui trahissent un pied dans la tombe, ils sont partout. Ils n’aiment pas les citations et les perles de sagesse sur Facebook, ils aiment dénigrer -dans l’humour, disent-ils- leurs semblables, particulièrement leurs proches, qui cherchent des réponses à leurs questions existentielles. Mais, par contre, ils aiment partager leur bonheur factice, namedropper ce qu’ils mangent, ce qu’ils boivent, ce qu’ils portent, ceux qu’ils fréquentent. C’est très bien, mais ils ne se dupent qu’entre eux. Parfois, pour appartenir au groupe, j’ai l’impression de devoir jouer cette game là, de faire du namedropping de bouffe, de marques, des choses que je fais, et avec qui je les fais. Puis je réalise que je n’ai pas vraiment envie d’appartenir au groupe de cette façon là. Je préfère partager des idées, des connaissances, des réflexions, ou quand je partage un évènement, c’est pour y inviter tous ceux qui ont envie de s’émerveiller avec nous. Ça vaut ce que ça vaut, mais pour moi c’est un peu comme si je donnais un rein. Intime, personnel, et avec la valeur que j’estime que ça a; l’autre y donnera bien la valeur qu’il veut par la suite.

Les gens ne réalisent pas, souvent, que leur bonheur est rattaché à des trucs extérieurs coûteux, complexes et si nombreux qu’il suffirait d’un petit accident impliquant une perte de revenus et leur vie s’effondrerait littéralement. Un temps. Le temps, plus ou moins long de découvrir que l’émerveillement peut ne rien coûter, ne pas avoir de marque, ne pas impressionner la galerie mais être tout aussi enrichissant, voire plus.

L’émerveillement est un état intérieur. L’enthousiasme est un état d’agir causé par l’émerveillement. Pour moi, sans émerveillement, le bonheur est comme une boisson sucrée sans sucre, comme une bouffe fade, comme un chandail de laine chaud mais qui pique, comme une coupe de cheveux que tout le monde a presque la même, comme le cadran qui nous réveille pour aller se faire chier à son bureau, en fait, le bonheur est inexistant; c’est la mort qui s’installe et nous consume lentement.

Les enthousiastes chauffent leur vie comme le feu qui brûle dans le soleil, les terre-à-terre chauffent leur vie au micro-ondes.

Pas de risque de se brûler, mais asséchement garanti.

SI j’avais un conseil, ce serait : aspire à devenir le chêne qui pousse n’importe où mais qui touche le ciel, pas un Bonzaï prestigieux mais qui contemple éternellement ses pieds.

Publié par : Eric Bondo | 26 septembre 2015

Séparations, nouvelles amitiés et principe de résonance.

http://loren-macgregor.deviantart.com/art/Cosmic-Resonance-I-166381408

Je me rappelle la première fois où j’ai lu la trilogie du Seigneur des anneaux. Je devais avoir environ onze ans; c’était pendant les vacances de Noël. Les trois livres traînaient dans la bibliothèque familiale, bien poussièreux; ce devait être une édition datant des années soixante-dix. La dimension des volumes était, pour un enfant de mon âge, assez impressionnante, mais je me lançai tout de même. Évidemment, je me suis rapidement attaché à la communauté de l’anneau : Frodo, Gandalf, Sam, Aragorn et les autres. Ce qui m’a marqué, à la lecture d’une telle oeuvre, c’est ma tristesse, à la fin, quand l’anneau est détruit, que la mission se termine, cette tristesse en voyant tous les protagonistes se faire leurs adieux, et en même temps, ma tristesse de devoir dire aurevoir à ce magnifique univers en tournant la dernière page. Heureusement, j’ai pu relire cette oeuvre une bonne dizaine de fois, mais je retrouvais chaque fois cette légère mélancolie au moment des adieux.

Il en fut de même pour le reste de ma vie. Les adieux et les aurevoirs me donnent toujours cette espèce de sentiment mélancolique. Dans la même période de mon enfance, j’ai eu la chance de travailler sur un opéra. Même principe : Des dizaines de personnes se côtoient de près pendant des mois; des amitiés se créent, puis un jour, c’est la dernière représentation, et tout ce beau monde va retourner sur ses terres, loin des uns et des autres, dans leur ancienne vie ou vers de nouveaux projets. Et les plus vieux savent que même si nous vivons dans la même ville, nous ne nous reverrons probablement jamais. Bien sûr, certains se retrouveront sur les planches, d’autres, nous les reverrons dans les médias, leur carrière devenue de notoriété publique. Et un jour, il y eut Facebook, qui permit certaines retrouvailles d’amis lointains -dans le temps ou l’espace-.

Le temps fait toujours son oeuvre, mais encore aujourd’hui, ces moments de séparations me créent toujours cet effet de mélancolie, que ce soit dans l’immersion au coeur d’une longue oeuvre où je m’attache brièvement aux protagonistes, ou dans la vraie vie, dans le cadre d’un projet, ou pour un boulot au coeur duquel je m’investis autant envers la job que ceux qui y cohabitent avec moi. Et le temps passe, on oublie un peu, l’attachement aux lieux et aux personnes s’estompe. J’ai beaucoup pleuré à la fin de la dernière soirée du Edgar, le bar où je travaillais et qui a été vendu après treize ans d’existence. Je m’y étais énormément investi; les gens y étaient comme une deuxième famille. C’était déchirant de vivre une séparation après de si longues années. À la fin, alors que les dernières personnes quittaient, j’étais assis derrière le bar, dans la ruelle, la tête collée contre le mur et braillant comme un veau, seul, la séparation d’avec l’édifice lui-même, témoin et complice de tant d’épisodes de ma propre vie. Je pleurais la dernière page du roman.

Pourtant, comme d’habitude, je savais bien qu’aussi souffrant que ça l’était, le temps ferait son oeuvre. Je reverrais certaines de ces personnes, d’autres, je ne les recroiserais jamais, et d’autres resteraient dans mon cercle de proches, peut-être pour toujours, mais nul ne pourrait le dire. Le monde est ainsi fait. Les gens sont nos compagnons de voyages, parfois le temps d’un vol d’avion, d’un trajet de train, parfois pour plus d’un voyage, parfois pour la totalité du voyage. Et ça, nul de peut le savoir tant que dure le périple.

Mais la beauté de la chose est que tant que dure le grand voyage de la vie, si l’on choisit de le vivre avec d’autres, le départ de nos compagnons n’est jamais une fin en soi; de nouveaux compagnons de voyages se joignent toujours à l’aventure. J’ai vécu, dernièrement, un « shitload » de séparations, certaines avec des partenaires de courte durée, d’autres avec des compagnons de très longue date, et ce pour des raisons en tout genre. Mais une chose était sûre, c’est que le voyage commun se terminait. Pour un temps ou pour de bon. Et nonobstant le pourquoi, le sentiment de mélancolie qui accompagne les séparations fut au rendez-vous. Étrangement, par contre, et ce doit être l’expérience accumulée ou une nouvelle perspective sur la vie, la mélancolie ne fut que de courte durée; le train de ma vie s’est rempli plus vite que jamais auparavant, et de beaucoup plus de nouvelles personnes qui y entraient que le nombre de celles qui en sortaient. C’était fascinant.

J’ai réalisé que les gens vont et viennent par principe de résonance. Quand ça ne résonne plus, les gens se séparent, et la note que l’on émet résonne avec d’autres. En ce moment, la note que j’émets semble sonore et claire, et les personnes qui sont en résonance avec celle-ci sont particulièrement stimulantes. Mon univers qui comptait quelques personnes pour lesquelles je me laissais tirer vers le bas n’en compte plus, ceux pour qui je me laissais faire du surplace sont aussi sortis du train. Et le train s’est rempli de gens qui chantent, dansent, et célèbrent la vie, de par leurs projet, leur énergie, leur enthousiasme et leur capacité à s’émerveiller.

Peut-être que le train laissera descendre encore quelques passagers, passagères. C’est inévitable. Mais d’autres y entreront. La beauté de la chose, c’est que la qualité et la particularité des individus qui sont en résonance avec soi, n’est autre que la démonstration de ce qui émane de nous.

Dis-moi avec qui tu te tiens, je te dirai qui tu es n’a jamais été aussi significatif pour moi. L’autre est le miroir honnête de ce que nous sommes, une image sans distortion de ce que notre égo voudrait nous faire croire que nous sommes. Regarde ton entourage et fais le constat. Observe ceux qui t’abordent et vois en eux l’étincelle d’âme qui résonne avec la tienne, et tu te comprendras mieux toi-même. Cherche la compagnie de ceux qui illustrent ce que tu souhaites pour toi et deviens-le.

Ça semble bien métaphysique tout ça. Je pourrais bien te parler de mes dernières semaines et te les ventiler comme une feuille excel. Encore faudra-t-il que nous résonnions un tantinet. Sinon c’est peine perdue.

Pour l’instant. Et c’est pas grave. C’est la vie.

Publié par : Eric Bondo | 20 septembre 2015

Valeurs Québécoises, popcorn, et des boucles bouclées.

Moi qui ai besoin d’écrire pour respirer, j’ai eu une semaine extrêmement occupée et aucun moment pour ce faire. Mais qui dit semaine occupée dans ma vie, dit nouvelles histoires à raconter. Premièrement, quoi que j’aie pu dire sur les méfaits de l’alcool dans un texte précédent, j’ai aussi parlé de la beauté de plusieurs personnes qu’on rencontre lorsqu’on travaille dans un endroit où on en sert à profusion. La rénos et les jobs de peinture, c’était un beau boulot d’été, mais on y travaille en cercle fermé et c’est très peu stimulant intellectuellement, à mon avis, même si on a beaucoup de temps pour réfléchir pendant que la radio joue la même foutue playlist, peu importe le poste qu’on choisit.

Alors, dans un but de stabilité financière et parce que ma dernière expérience dans les bars s’est terminée de façon presque tragique, j’ai décidé d’accepter un dernier boulot comme gérant. Un bar plus grand, qui marche à fond, dont l’équipe m’a impressionné et dont le salaire et l’horaire de travail me permettront d’avoir beaucoup de temps pour écrire et me consacrer à mon autre projet. J’ai beaucoup parlé de catharsis; cet emploi me donnera aussi la chance, lorsque je le ferai, de me retirer avec la satisfaction du devoir accompli et non un goût amer d’échec cuisant. C’est une façon de boucler la boucle avec classe. Car c’est important pour moi et ma mémoire d’éléphant, de boucler les boucles. Essentiel. Je n’oublie que peu de choses de mon histoire; j’ai la mémoire très longue. Au point de considérer qu’il s’agit d’un défaut de fonctionnement autant que d’une bénédiction. Défaut, parce que ces mémoires reviennent me hanter, plus ou moins souvent, lorsque l’histoire n’a pas de point final mais reste suspendue éternellement par les trois points.

Comme cette histoire d’amour qui s’était mal terminée et pour laquelle je n’avais jamais su pourquoi. Pendant des années. Puis, dans un échange de bons procédés, cette semaine, par le plus grand des hasards, j’ai enfin su. Je vous épargne les détails mais le bien que ça m’a fait de savoir. Je n’ai pas souffert, au contraire, à mon avis, mieux vaut émotionnellement être transpercé au coeur par une lame qu’égratigné avec une lame empoisonnée. La douleur est plus intense, mais les plaies se referment à leur rythme, laissant une cicatrice qui nous fait grandir, plutôt que de porter une douleur édulcorée mais constante de par les questions sans réponse qu’elle impose. Bien sûr, on peut aussi utiliser la blessure empoisonnée pour grandir, ce que j’avais fait, mais ça nécessite beaucoup de questionnements et c’est plus chiant. Alors je préfère le coup direct. Malgré mon détachement longuement travaillé, ça a quand même eu un impact positif.

Ainsi, je suis quelqu’un pour qui il est important de fermer les livres, pas parce que ça nous empêche obligatoirement de continuer à avancer -on choisit de le faire ou non-, mais parce que ça nous ralentit, comme un poids mort. Moi-même j’ai laissé des personnes en suspens dans ma vie; je m’en excuse auprès d’eux et d’elles, et j’ai pris la résolution de faire tout en mon possible pour ne plus le faire, dorénavant.

Cette semaine, aussi, j’ai accepté un boulot d’animation pour un événement corporatif, pour la boîte d’une amie de longue date, que je n’avais pas vue depuis environ une dizaine d’années. Je devais m’occuper du montage et du démontage de kiosques et autres trucs dans un événement pour une entreprise pharmaceutique. Dieu sait, surtout mes proches, que j’ai un penchant négatif pour Big Pharma dans la vie. J’ai quand même accepté d’y aller, dans un souci de cohérence face à mon désir de non-jugement des autres. Quelle excellente idée ce fut. Un cadeau de la vie, je vous dirais. Je me suis dit que ce serait fascinant d’observer les gens qui composent ce type d’entreprise, et de les regarder avec ma nouvelle philosophie de vie, et pourquoi pas, de les aimer sans égard à leur boulot, sans préjugés, tels que je les verrai en train de s’amuser et de vivre une belle journée au sein de leur entreprise.

À la distribution des tâches, n’ayant pas trop envie de faire des « youppi youppi! » aux kiosques des jeux d’adresse, j’ai rapidement levé la main lorsque j’ai entendu « machine à popcorn ». Je suis un fan fini de popcorn et je me suis dit que ce serait pénard, opérer la machine et distribuer des sacs à qui en voudrait, avec le plus grand des sourires. Eh bien, en cette semaine où le niqab est revenu inutilement hanter les débats de société, j’ai vécu une merveilleuse épiphanie. S’il y eut un kiosque très spécial, ce fut celui que la machine à popcorn partageait avec la machine à barbe à papa. Plus d’un millier de personnes participaient à la fête, dont des centaines d’enfants de tout âge qui se sont tous précipités vers notre table, parce que le vent apportait dans toutes les directions l’odeur du popcorn. Et pendant toute la journée, j’ai été gratifié de milliers de sourires et de « merci », provenant d’enfants et d’adultes, et surtout, il s’agissait d’une entreprise où se cotoyaient des gens de plus de 40 pays d’origine et de toutes les teintes de peau différentes. Des femmes voilées et leurs enfants, souriant à grandes dents alors que je leur donnais leur petit sac de pop corn. Des africains portant des robes multicolores d’été, des Québécois d’origine habillés de la dernière mode d’ici. Tous avaient en commun l’amour du popcorn, dont le son, lorsqu’il éclate, rappelle celui des lieux de guerre, celui des tirs, mais pas dans ce contexte festif, et dont le goût semble universellement apprécié.

Et j’en ai fait, des sacs de popcorn, j’en ai échangé, des sourires et des remerciements, à en avoir mal à la mâchoire. J’ai réalisé que dans cette entreprise pharmaceutique, on était loin du Québec que l’on nous décrit dans les grands médias. J’ai réalisé que les plus grandes gueules et ceux qui craignent l’Islam, le voile, les autres ethnies, les réfugiés, non seulement se complaisent dans leur ignorance et leur vision limitée de la vie, mais sont tellement programmés qu’on peut les activer avec des « switches » médiatiques pour faire diversion de ce sur quoi ils devraient réellement porter leur attention. Qu’on appuie sur le bouton Islam, ou le bouton Niqab, et ils se transforment en terminators. On leur a inventé des programmes qu’on peut activer comme bon nous semble, parce que lors de l’installation du dit programme, cela résonnait avec leurs peurs profondes, celles qu’ils et elles portaient dans leur coeur, parce qu’ils ont des vies qu’ils détestent secrètement, qu’ils sont fatigués de travailler comme des esclaves, qu’ils ont des relations médiocres, un coeur plus rempli de rêves brisés et de déceptions que d’autre chose. Que tout cela faisait l’affaire de certains en haut de la pyramide, qui eux aussi portent les mêmes blessures, avec juste plus d’argent et de pouvoir entre les mains.

Je m’étais imaginé les dirigeants de compagnies pharmaceutiques comme des gens dont l’ambition dépassait de loin l’empathie. Et pourtant, lorsqu’ils arrivaient devant la machine à popcorn, leurs yeux s’illuminaient comme ceux des enfants. L’échange de regards en était un d’âme à âme, je dirais, et je me suis senti bien ingrat de les avoir aussi longtemps jugé aussi sévèrement. Mon épiphanie fut de réaliser qu’on est ce qu’on est parce que nos coeurs d’enfants sont imprégnés de turbulences et que ces turbulences, tant qu’on ne les a pas calmées, demeurent et orientent nos choix de vie, nos choix de valeurs. Et laissent place au pouvoir des « switches » qui nous montent instantanément les uns contre les autres dans un gâchis parfois monumental.

J’ai aussi pris conscience que cela ne prend pas toujours grand chose pour changer cela. Parfois, la simple odeur du popcorn au cours d’un bel après-midi dans un parc, nous humanise et nous ramènent dans un lieu où ces turbulences font place, l’espace d’une journée, à la joie et l’émerveillement. Et, quoi qu’ils fassent dans la vie, d’où provenaient ces personnes, dans ce moment, dans chaque sac que je tendais, j’ai mis du gros « love », et ils me l’ont rendu mille fois. Cet humble boulot que j’ai accepté de faire a été, étrangement, un grand moment de joie que j’ai partagé avec des centaines et des centaines de gens, pendant des heures. De voir tout ce beau monde heureux et fraternisant entre eux, ça m’a énormément touché. Et alimenté cet espoir qu’un jour, ce sera la norme. Celle du Québec que je connaissais jusqu’à il y a quelques années. Celle des valeurs Québécoises dont on se vantait et qui ont été sournoisement changées par des gens malheureux et mal-intentionnés au point d’en avoir convaincu plus d’un qu’elles sont restées les mêmes depuis toujours alors que c’est faux. Leur nouvelle version populiste n’a rien de celle qui m’a été enseignée par ma famille, par l’école. Cette nouvelle version est une caricature grotesque basée sur des anecdotes et sans fondement autre que celui de faire peur et faire vendre des armes.

La machine a popcorn : un sérieux high de vie, que je conseille à tout le monde, si vous avez l’occasion. Tout ce que ça a pris, réalisez-vous, c’est une stupide machine à popcorn. Et un gars qui avait décidé de sourire à tous comme si c’était ses plus grands amis. Peu importe leur carapace, leur costume. Et qui a pu constater que, en plein air, au soleil, le temps d’une magnifique journée consacrée à fraterniser, eh bien on arrive facilement à mettre de côté nos préjugés et nos bibittes, et à porter notre attention sur le bon, le beau. Et l’odeur du beurre, même artificiel.

C’est cette voie là qu’il faut prendre, c’est cette voix-là que j’ai envie d’écouter.

Publié par : Eric Bondo | 14 septembre 2015

Silences tordus et intimité : l’histoire de Sébastien

Ce matin, Patrick Lagacé, de la Presse, en fait réagir plus d’un et plus d’une avec un texte sur les confidences d’un utilisateur d’Ashley Madison, qui trompait sa femme parce que l’intimité sexuelle entre eux était très ordinaire, et qui refusait de lui en parler, de peur que cela ne mène à leur rupture, parce que le reste de leur vie familiale, de couple, était parfaite. Triste histoire. La discussion ayant suivi étant teinté des sensibilités de chaque personne qui y participaient, m’a fait réfléchir. Surtout un commentaire concernant le dit Sébastien (nom fictif, bien sûr), qui disait :

« Sébastien est vide. Limité par son manque d’insight et de profondeur. Tellement banal. »

C’est vrai que c’est banal. Ordinaire. Parce que si on prend le temps de vraiment observer notre société, les gens qui la composent, si on a la chance, comme je l’ai eu, de recevoir les confidences d’autant de monde, pendant autant d’années, eh bien, Sébastien, c’est beaucoup de monde. On dit Sébastien, mais on pourrait aussi dire, Martine. Je me rappelle un jour, quelques mois après ma sortie d’une longue relation, j’avais rencontré quelqu’un, et nous en étions à notre deuxième ou troisième date sérieuse, sérieuse impliquant plus qu’un souper au restaurant. Comme j’avais perdu le fil de la culture des rencontres amoureuse depuis trop d’années, je demande à un groupe de collègues : « À partir de combien de dates arrête-t-on de flirter avec d’autres? » Et tous de me répondre en choeur, mais vraiment, simultanément : jamais.

Ça m’a frappé. Ça doit faire environ dix ans, et je m’en rappelle comme si c’était hier.

Jamais

Je suis pas tombé en bas de ma chaise parce que j’étais debout, mais j’ai eu envie de m’asseoir. La seule et unique raison que je trouvais valable à l’adultère, et encore, c’était qu’un des partenaires s’obligeait de cette façon à mettre un point final à une relation parce qu’il n’en était pas capable autrement que par un bris de confiance irréparable.

Je sais pas ce qui se passe dans la tête d’un couple ensemble depuis dix ans. Je ne me suis jamais rendu là. Ce que je sais, par contre, c’est que d’essayer de faire fonctionner une intimité incompatible, chimiquement, mécaniquement, ou même dans ce que l’un et l’autre aime et qui stimule son désir, c’est voué à l’échec. Peut-être un jour rencontrerai-je des couples qui me parleront de comment ils sont partis du bas-fond pour monter au septième ciel, mais à date, ce que j’ai pu comprendre, c’est que les gens finissent soit par se résigner (et parfois tromper à répétition) ou sacrer leur camp. Je sais aussi que quand c’est le temps de commencer un boulot, on ne s’en cherche pas un autre si le premier convient, à tout le moins avant de savoir si on aime ou non. C’est quoi ce penchant à se mettre quarante bouées de sauvetage quand on saute dans la barboteuse des débuts de relation? Si ça marche pas, on y met fin. Et plus c’est rapide, moins c’est difficile. Trois dates, cinq engueulades et du sexe de misère? Bon ben c’est un peu dur sur l’égo, s’être trompés ainsi, mais on se contera pas de mensonges, on arrête et on retourne à la case départ. Rien de plus, rien de moins. Y a pas quarante pieds d’eau au début, c’est une barboteuse.

Ce qui m’a frappé, cependant, plus que tout le reste, dans l’histoire de Sébastien, c’est de un, cette incapacité à, au départ, prendre le temps de vérifier si tous les morceaux sont en place avant de se lancer dans la grande aventure familiale. Après tout, on est pas en 1945, l’Église ne pousse plus dans le derrière de personne pour faire des enfants. La société, peut-être encore un peu, mais je vois encore plein de couples faire des kids après un an, un an et demie de relation sérieuse, et sans avoir même pris un an à vivre ensemble au quotidien. Tant qu’à ça, pourquoi ne pas se promener sous un orage électrique avec un poteau en métal, juste pour voir?

De deux, le fait que les gens ne communiquent pas, ou mal, et encore moins dans un contexte d’intimité. Heille, les amis, l’intimité, c’est la confiance. Si tu peux pas parler avec ta conjointe ou ton conjoint comme tu parlerais à tes meilleurs amis, euh, de quel genre d’intimité parlons-nous ici? La communication authentique, et désinhibée, je pense que c’est la base de toute relation amoureuse et dans un monde idéal, la base de toute relation. Et l’ennemi de toute relation digne de ce nom, c’est le non-dit-qui-devrait-l’être. La personne est supposée t’aimer, oui, ça va peut-être brasser d’aborder certaines questions, mais ne pas le faire, c’est injecter une petite dose de poison au coeur de la relation, et ça va définitivement se sentir à la longue. Les gens n’écoutent pas trop leurs sentiments, c’est un fait trop souvent avéré, mais ils les ressentent quand même. Et un moment donné, ça pète, d’une façon ou d’une autre. Et quand ça pète, ça part de la claque sur la gueule et ça peut mener à des « Guy Turcotte »…

Je suis de la vieille école, celle des romatiques. Mes premiers écrits étaient des lettres d’amour, à une époque où ça pognait pas pentoute -et aujourd’hui on est à une époque ou ça fait peur plus souvent que ça ne pogne-. J’ai vécu la rupture de mes parents à un jeune âge et je me suis promis que je ferais tout pour éviter ça, avant d’avoir des enfants, et après en avoir eu -si ça arrive un jour-. Ma mère est en couple depuis sa séparation d’avec mon Vieux, depuis presque 35 ans. Mes grands-parents se sont aimés profondément jusqu’à leur mort. L’amour pour moi n’est pas un trip égoïste ou de consommation. J’en ai toujours pas, des enfants, parce que même si j’ai plongé, je ne me suis jamais rendu à la fin des étapes ou épreuves nécessaires qui pour moi allaient m’indiquer que c’était le bon moment, la bonne personne. Et je regarde l’histoire de Sébastien, celle de tant d’autres que j’ai vu défiler au quotidien, et je suis content d’être en retard sur le groupe. Vraiment. Chacun ses choix de vie, mais je suis un romantique, alors je prends mon temps. Je vis mes expériences, et éventuellement, je l’espère bien, tout ce travail sur moi-même et sur ma compréhension de la relation, de l’engagement,va probablement payer.

Mais bon Dieu que j’ai compris avec toutes ces années, et toutes ces tentatives, quel était l’élément essentiel de toute intimité : la communication. Rien d’autre. Facile. Ça passe ou ça casse.

Si les Sébastien et les Martine de ce monde sont rendus-là, c’est que dès le départ, ils avaient de sérieuses lacunes en communication. Les non-dits se sont accumulés pendant que leur engagement l’un envers l’autre augmentait. Aujourd’hui, l’accumulation de silences tordus les tient sur la corde raide.

C’est d’une tristesse à fendre l’âme.

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