Publié par : Eric Bondo | 18 février 2009

Obama: faire amende honorable

Un homme heureux

Un homme heureux

Bon, j’ai déjà écrit plein de trucs sur combien je doutais de la capacité de Barack Obama, même de sa volonté de changer les choses. Gardant l’esprit ouvert, ET, faisant fi des relations un peu pourries de ce dernier, je suis allé m’acheter dernièrement ses deux bouquins. Eh bien, nonobstant le fait que bon nombre de gens m’appellent affectueusement Barack depuis des mois, j’ai eu un choc. Ce livre est tout simplement superbe. Et inspirant.

Je suis allé voir mon père aujourd’hui et lui ai posé la question suivante : « Est-ce que toi aussi tu as été « envoyé » en mission par les chefs coutumiers en occident pour y étudier et ramener la connaissance en Afrique?

-Oui, me répond-t-il.

Pourquoi il n’y retournait pas de façon permanente, ça je le savais. Pour deux choses. La première, c’est nous, ses enfants. L’autre, il me l’a apprise aujourd’hui :

-Je préférais vivre pauvre et sans emploi avec mon doctorat ici avec vous, que de vivre en esclavage sous le joug de l’occident là bas, mais riche de la corruption des élites. Un jour, bientôt, nous irons ensemble et regagnerons l’honneur de la famille. Pour l’instant, notre statut fait de nous des cibles, et tout ce pourquoi je suis ici, tout ce que j’ai fait au cours des quarantes dernières années, vous mes enfants y compris, aurait été en vain. »

Ce fut une superbe conversation. J’ai soudainement réalisé à quel point l’Afrique est devenue chère à mes yeux depuis 2-3 ans et à quel point elle me manque, même si je n’y suis allé qu’une fois, il y a de cela 33 ans. Chaque jour qui passe voit le sang des miens versé, et je suis là à contempler le désastre que causent les miens envers les autres miens. La dichotomie la plus parfaite. J’ai découvert à quel point j’aimais mon propre père, toujours là pour nous plutôt que pour ceux qui étaient restés là-bas (il en fait beaucoup malgré tout, même à distance).

En lisant Obama, j’ai réalisé à quel point les enfants du métissage blanc-noir souffrent de voir ceux de leur sang, blancs et noirs, s’entredéchirer, malheureusement plus d’un côté que de l’autre. Mais surtout, nous observons pour chaque côté de nos origines la haine de l’un envers l’autre, alors qu’à l’intérieur, c’est un merveilleux mélange porteur d’avenir.

Chers amis, peu importe ce que j’ai pu dire sur Obama, peu importe le doute qui me hante toujours sur les faucons qui l’entourent, ce qu’il a fait, j’en vois chaque jour le résultat. La réaction à mon égard a changé depuis quelques mois. Les sourires se font plus nombreux, les gestes de gentillesse se sont multipliés, et, soudainement, je n’ai plus à cacher ma fierté d’être noir en exposant uniquement ma fierté d’être aussi blanc.

Mais il m’aura fallu plus de trente ans pour y arriver. Cette honte latente a pratiquement disparue, et je ne peux qu’en être reconnaissant. Envers ceux qui ont choisi l’exil pour éventuellement retourner aider cette Afrique, vache à lait de l’occident, quitte à génocider tous ceux qui y résident depuis des millénaires. Envers ceux et celles qui ont franchi des limites qu’on ne franchissait pas sous peine de mort il y a à peine cinquante ans, et parfois encore aujourd’hui.

Obama aura fait de moi un bâtard encore plus ouvertement fier de ses origines. Peut-être échouera-t-il sur toute la ligne dans sa gouvernance. Mais ce désir d’exprimer sa fierté, on ne pourra plus jamais me l’enlever. Et s’il devait tomber, le peu de chemin qu’il aura tracé nous servira à poursuivre sa lancée, peu importe comment.

Sans tomber dans la naïveté hollywoodienne, il y a peut-être de l’espoir, après tout.

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Responses

  1. Ben oui, je débarque tard avec mon commentaire! Je viens seulement de découvrir ton blogue, avec plaisir d’ailleurs. En lisant ce billet, j’ai revécu ma soirée d’élection d’Obama. Une chose me rendait impatiente d’arriver au lendemain: observer le port de tête des gens de race noire sur la rue. J’avais une telle anticipation que j’ai été déçue par si peu. Je me suis donc empressée de poser la question à quelques-uns, à des amis et à des inconnus: est-ce que cette élection historique te rend fier. Nope! Ces mêmes amis qui se plaignent de se faire accoster par des flics sur la rue à 3h du mat me disaient ne rien ressentir de différent. Ben moi, si une femme était élue à la présidence, je me sentirais vachement concernée et gonflée! Enfin, une longue intro pour te dire merci de ton commentaire. Je me sens un peu moins dans le champ avec ma présomption 😉

  2. très bon billet; point de vue intéressant sur le métissage. Particulièrement du noir et du blanc et de la dichotomie à témoigner chacun des siens haïr chaque autre des siens, tout en sachant que le métissage enchasse le meilleur de deux mondes. Mes fils sont métissés; on parle ici de l’Asie (moi) et de l’Occident (leur père); ils souffrent moins de ségrégation que les descendants africains. Je leur ferai part de vos impressions pour avoir les leurs.

  3. Je suis aussi ouvert d’esprit et capable de raffiner ma réflexion.

    Si j’avais eu un doute à cet effet, je n’aurais pas perdu mon temps ici!

  4. Renart, tu es impatient, laisse moi le temps de découper et mettre le lien audio en ligne….C’est fait maintenant 😉 Et oui je viens aussi d’ajouter que son père vient du Zaïre.

  5. […] est quand même juste, même au-delà du physique. Plus intéressant encore, c’est son billet où il renoue avec Obama, lui qui a été très critique envers le trop plein d’espoir que […]

  6. Pour le fichier audio, ça va, mais ton père vient pas du Zaïre?

  7. @Renart,

    Le fichier audio est actuellement en ligne. J’appose le lien ici même. Et effectivement, selon eux, ton père viens du Zaïre…

    http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia%3Dhttp://www.radio-canada.ca/Medianet/2009/CBF/ChristianeCharette200902190906_2.asx

  8. C’est dommage, il n’y a pas de fichier audio de ton entrevue…

    Et ils ont oublié d’indiquer que ton père vient du Congo…

    À suivre.

  9. Ça m’intéresse, qui sont les chefs coutumiers d’occident, j’aimerais en savoir plus!
    Je devrais lire ces deux livres qui semble très intéressant. Il y a quelques années, on entendait des féministes dirent que si les femmes étaient au pouvoir le monde serait bien meilleur, il n’y aurait pas de guerre ni pauvreté. On est en train d’arrêter ces infantillages de clans, il ne faut pas ni un homme, ni une femme, ni un noir, ni un blanc, mais un humain de qualité. The bests and the brightess… Je comparais les Américains à des ados ces dernières années, maintenant je sens qu’ils arrivent au début l’age adulte.

  10. Comme quoi je ne suis pas qu’un polémiste fini qui fait seulement chercher le trouble.

    Je suis aussi ouvert d’esprit et capable de raffiner ma réflexion.

    😉

  11. 😯

    Et Monsieur sera à Christiane Charette ce matin!

    re – 😯

  12. Voilà, tu as compris l’effet Obama. Cet enthousiasme ne viens pas de ses futurs geste, uniquement de son élection. Le fait qu’il soit un métis de la « race blanche et noir » qui a atteint le plus haut niveau de gouvernance américaine risque de donner une confiance ainsi qu’une volonté de s’impliquer dans la société en visant des sphère plus haute.

    En ce qui concerne la gouvernance de m. Obama, nous devons rester vigilant plus que jamais. Après la gouvernance de Bush, le chemin sera long afin de réparer ses erreurs… et je doute que huit ans serons suffisantes. Pour le reste, il suffit de lire le commentaire de Jean-pierre

  13. C’est étrange, mais plusieurs personnes avec qui j’ai parlé de l’élection d’Obama exprimaient une méfiance, un cynisme, ou encore une désillusion.

    Assurément, pour arriver à la Maison blanche, il fait faire des compromis, tourner des coins ronds, etc. Personne ne passe 12 ans en politique et en sort immaculé.

    Je suis peut-être un vulgaire ‘desperate hoper’ (comme tu disais le 18 janvier sur Facebook). Mais je crois qu’il faut laisser une chance au coureur, comme ne pas voter pour ou contre un budget avant de l’avoir lu.

    Après réflexion sur cette méfiance envers Obama, avant même sa prestation de serment, j’en suis arrivé à la conclusion que ce sentiment était hérité de George W., un relicat profond et puissant de ses deux mandats tant il a menti et trompé.

    On convient qu’il faut toujours se méfier des politiciens, on conviendra également qu’il ne faudrait pas que George W. nous ait dérobé tout espoir.

  14. My! C’est vrai que tu ressembles à Obama sur cette photo…

    Moi le grand Barack j’ai bien hate de le voir en action… Que va-t-il faire pour le bois d’oeuvre? Veut-il encore avoir une mentalité protectionniste et ainsi stopper les importations d’acier et de bois?? Les states sont notre plus gros clients… à suivre

  15. J’adore.

    Ton texte est aussi émouvant qu’il est porteur d’espoir.

    J’étais très sceptique moi aussi mais à chaque jour depuis qu’il occupe la présidence des États-Unis, il pose des gestes qui comptent.

    Au plaisir! 🙂

  16. C’est du grand Béric Obondo ça! 🙂


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