Publié par : Eric Bondo | 8 septembre 2015

La foutue chienne et le courage


Les fans de Star Wars -et même les autres- ont sûrement reconnu cette brillante citation que Georges Lucas a mis, il y a plus de vingt ans, dans la bouche de Yoda, maître Jedi.

La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, et la haine mène à la souffrance.

J’aborde le sujet à nouveau, parce que, je me répète, c’est le sentiment qui anime l’ensemble de la planète. J’essaie de penser à un endroit où ce n’est pas ce à quoi carburent les gens, et je n’en trouve pas. J’en parle aussi parce que je vous dirais sincèrement que c’est foutrement épeurant d’écrire un texte environ aux deux jours avec comme thème de fond la transparence. C’est épeurant de devoir se demander si on va trop loin, si on va déplaire, si on va subir les foudres de un ou de l’autre parce qu’on a fait le choix de ne pas se taire, surtout lorsqu’on est une personne tellement plus introvertie qu’extravertie. Ça vous surprend? Ben oui, très chers, je passe plus de temps à l’intérieur qu’à l’extérieur, et là je ne parle pas de l’environnement physique. Avant les bars, ça me prenait tout mon petit change pour aborder un étranger, et tout mon compte de banque pour aborder une étrangère. Bien sûr, un coup dans le nez, j’ai appris à passer par dessus, mais fondamentalement, je suis demeuré assez timide, parfois encore énormément, dans certaines circonstances. Moins, beaucoup moins qu’il y a vingt ans, assurément, même sans un verre à la main mais je sens encore la chaleur me monter aux joues à quelques occasions, même si c’est à peine visible à l’oeil nu.

Je suis, par contre, et étrangement, excellent devant une foule, parce qu’on ne parle qu’à un mur dans le fond de la salle, jetant un petit coup d’oeil au public de temps à autres. Ou en entrevue, parce que je ne parle pas de moi, ou seulement qu’en superficie, et de choses que je ne trouve aucunement compromettantes. Je me suis souvent fait reprocher d’avoir l’air indifférent, mais c’est juste parce que je suis très mal pour briser la glace. Bref, en ce moment, après une quinzaine de textes récents, et comme ça m’est arrivé plusieurs fois auparavant, j’ai souvent l’envie de tirer la plogue et de retourner au silence jusqu’à ce qu’un sujet ne m’oblige à dire quelque chose de vraiment pertinent. Mais non, je ne peux plus reculer; si j’espère un jour vivre de ma plume, je dois demeurer constant, prendre des risques dans ce que je dis et surtout faire de l’autopromotion pour être lu. Et sérieusement, j’haïs ça, faire de l’autopromotion. Un de mes bros ne me laisse jamais parler de mes affaires parce qu’il dit que je suis pourri pour me vendre. Et il a tellement raison. Mais ça a l’air que c’est comme ça que ça marche, alors je partage mes trucs, je demande aux gens d’aimer ma page, et je sais que c’est beaucoup, beaucoup d’attention dirigée vers mes mots, qui sont une extension de la réflexion intérieure que je mène la majorité du temps.

Je le fais aussi parce que j’essaie d’inspirer à la transparence, au courage de ses idées et à l’envie de les exprimer. Tellement de gens ont des trucs à dire et se taisent. J’ai toujours l’impression que ce sont les mêmes qu’on entend, les épouvantails sociaux, activistes ou tenants du pouvoir, les gratte-la-gale qui ont peur de tout et font tout pour entraîner les masses dans leur badtrip permanent. C’est pas comme ça qu’on va passer au travers des bibittes individuelles, des difficultés relationnelles, des difficultés sociales, économiques, des changements climatiques. Et c’est si facile d’y céder. Facile de se taire et de se mettre intérieurement en position foetale, facile de choisir de ne pas y penser. Le problème, c’est la citation d’en haut :

La peur mène à la colère, la colère mène à la haine et la haine mène à la souffrance.

Bien qu’on ait des tonnes de fois plus de chances de mourir de la grippe, attaqué par un orignal, ou d’un attentat perpétré par un pure-laine catholique, on a peur des islamistes radicaux. En fait, on nous a suggéré cette peur-là. Qui mène, pour les plus influençables d’entre nous, à la peur de l’Islam, et à l’élection de gouvernements qui capitalisent là-dessus, pour justifier des attaques militaires dans des endroits reculés, causant la souffrance d’autrui. Et de l’autre côté, la peur de constamment se faire bombarder à tour de bras, de perdre leurs proches, leurs enfants, leur pays, même, de crever de faim, de froid, justifie des attaques isolées contre nous, faisant mille fois moins de morts, mais qui seront réutilisées pour provoquer la peur. Et ça tourne.

Et il se trouve des simples d’esprit pour croire qu’un moment donné, en frappant vraiment fort, y en a un des deux qui va s’arrêter. Si ça marchait comme ça, chers amis, ce serait la paix sur terre depuis Hiroshima et Nagasaki. C’est pas le cas, absolument pas. Je le disais dernièrement, la peur est payante, la peur fait consommer.

Pour ceux qui ont suivi mes derniers billets, je me répète un peu; je m’en excuse. Et pendant que je l’écris, je me demande pourquoi je le répète. Peut-être pour créer un nouveau conditionnement. Regardez les nouvelles, les politiciens, les chroniqueurs-épouvantails. Ils répètent, tout le temps, sans pause, les mantras de la peur. Et qui dit répétition, dit conditionnement. Si vous n’y comprenez rien à la psycho, je vais vous en expliquer une des bases. C’est la répétition qui crée l’habitude. À force de trop manger de carottes, votre peau prendra un teint hâlé. C’est la même chose pour votre vision du monde. À force de trop écouter Martineau, Bock Côté, Dutrisac, de lire La Presse, le Journal de Montréal, de regarder CNN et LCN, sans même que vous ne vous en rendiez compte, vous vous conditionnez vous-même à la peur, la colère, la haine, et votre souffrance demande réparation, sous forme de la souffrance de quelqu’un d’autre, ou même d’une autre communauté, qu’elle soit celle de vos concitoyens qui ne pensent pas comme vous, où celle d’un autre pays, d’une autre culture.

Mais comment passer au travers de la peur, peu importe la forme qu’elle prend, et la transformer en courage? La réponse se trouve peut-être aussi dans un genre de mantra provenant d’un livre, Dune. Personnellement, si c’était pas aussi long, je me la ferais tattouer sur le bras gauche, face à mon tattouage sur le jugement.

Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi.

Que ce soit pour sauter en chute libre, pour draguer quelqu’un à l’épicerie, pour appliquer sur une job de rêve ou avant de faire ses choix électoraux, quand on y pense, la peur, c’est non seulement stérile, mais en la laissant nous traverser, en mettant de côté les influences qui l’alimentent, on se rend compte qu’elle passe. Et qu’après, il ne reste que soi. Et un soi qui n’est pas de la merde, puisqu’il est libéré de la peur, prêt à plonger.

Chaque fois que j’appuie sur le bouton « publier », c’est à ça que je pense. Et j’y repense à chaque fois que j’appuie sur le bouton « partager ». Toutes les fois.

Suivi d’un bon fuck it bien senti. Je suis pas fuckin’ Socrate, mais bon, je prends la chance de dire quelque chose. La loi du silence, en ce moment, qui empêche les gens de dénoncer les non-sens, de faire connaître leur véritable point de vue, ce qu’ils sont réellement, ça ne mène nulle part. Le monde a besoin de plus d’humanistes et de moins d’épouvantails. Pour des raisons évidentes.

C’est sûr, on peut se rabattre sur des litres et des litres de gin-tonic ou des kilos et des kilos de bouffe, ou bien en courant des milliers de kilomètres.

Mais ça ne tue pas les dragons; toute béquille de l’esprit est avant tout leur combustible de choix.

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