Publié par : Eric Bondo | 26 septembre 2015

Séparations, nouvelles amitiés et principe de résonance.

http://loren-macgregor.deviantart.com/art/Cosmic-Resonance-I-166381408

Je me rappelle la première fois où j’ai lu la trilogie du Seigneur des anneaux. Je devais avoir environ onze ans; c’était pendant les vacances de Noël. Les trois livres traînaient dans la bibliothèque familiale, bien poussièreux; ce devait être une édition datant des années soixante-dix. La dimension des volumes était, pour un enfant de mon âge, assez impressionnante, mais je me lançai tout de même. Évidemment, je me suis rapidement attaché à la communauté de l’anneau : Frodo, Gandalf, Sam, Aragorn et les autres. Ce qui m’a marqué, à la lecture d’une telle oeuvre, c’est ma tristesse, à la fin, quand l’anneau est détruit, que la mission se termine, cette tristesse en voyant tous les protagonistes se faire leurs adieux, et en même temps, ma tristesse de devoir dire aurevoir à ce magnifique univers en tournant la dernière page. Heureusement, j’ai pu relire cette oeuvre une bonne dizaine de fois, mais je retrouvais chaque fois cette légère mélancolie au moment des adieux.

Il en fut de même pour le reste de ma vie. Les adieux et les aurevoirs me donnent toujours cette espèce de sentiment mélancolique. Dans la même période de mon enfance, j’ai eu la chance de travailler sur un opéra. Même principe : Des dizaines de personnes se côtoient de près pendant des mois; des amitiés se créent, puis un jour, c’est la dernière représentation, et tout ce beau monde va retourner sur ses terres, loin des uns et des autres, dans leur ancienne vie ou vers de nouveaux projets. Et les plus vieux savent que même si nous vivons dans la même ville, nous ne nous reverrons probablement jamais. Bien sûr, certains se retrouveront sur les planches, d’autres, nous les reverrons dans les médias, leur carrière devenue de notoriété publique. Et un jour, il y eut Facebook, qui permit certaines retrouvailles d’amis lointains -dans le temps ou l’espace-.

Le temps fait toujours son oeuvre, mais encore aujourd’hui, ces moments de séparations me créent toujours cet effet de mélancolie, que ce soit dans l’immersion au coeur d’une longue oeuvre où je m’attache brièvement aux protagonistes, ou dans la vraie vie, dans le cadre d’un projet, ou pour un boulot au coeur duquel je m’investis autant envers la job que ceux qui y cohabitent avec moi. Et le temps passe, on oublie un peu, l’attachement aux lieux et aux personnes s’estompe. J’ai beaucoup pleuré à la fin de la dernière soirée du Edgar, le bar où je travaillais et qui a été vendu après treize ans d’existence. Je m’y étais énormément investi; les gens y étaient comme une deuxième famille. C’était déchirant de vivre une séparation après de si longues années. À la fin, alors que les dernières personnes quittaient, j’étais assis derrière le bar, dans la ruelle, la tête collée contre le mur et braillant comme un veau, seul, la séparation d’avec l’édifice lui-même, témoin et complice de tant d’épisodes de ma propre vie. Je pleurais la dernière page du roman.

Pourtant, comme d’habitude, je savais bien qu’aussi souffrant que ça l’était, le temps ferait son oeuvre. Je reverrais certaines de ces personnes, d’autres, je ne les recroiserais jamais, et d’autres resteraient dans mon cercle de proches, peut-être pour toujours, mais nul ne pourrait le dire. Le monde est ainsi fait. Les gens sont nos compagnons de voyages, parfois le temps d’un vol d’avion, d’un trajet de train, parfois pour plus d’un voyage, parfois pour la totalité du voyage. Et ça, nul de peut le savoir tant que dure le périple.

Mais la beauté de la chose est que tant que dure le grand voyage de la vie, si l’on choisit de le vivre avec d’autres, le départ de nos compagnons n’est jamais une fin en soi; de nouveaux compagnons de voyages se joignent toujours à l’aventure. J’ai vécu, dernièrement, un « shitload » de séparations, certaines avec des partenaires de courte durée, d’autres avec des compagnons de très longue date, et ce pour des raisons en tout genre. Mais une chose était sûre, c’est que le voyage commun se terminait. Pour un temps ou pour de bon. Et nonobstant le pourquoi, le sentiment de mélancolie qui accompagne les séparations fut au rendez-vous. Étrangement, par contre, et ce doit être l’expérience accumulée ou une nouvelle perspective sur la vie, la mélancolie ne fut que de courte durée; le train de ma vie s’est rempli plus vite que jamais auparavant, et de beaucoup plus de nouvelles personnes qui y entraient que le nombre de celles qui en sortaient. C’était fascinant.

J’ai réalisé que les gens vont et viennent par principe de résonance. Quand ça ne résonne plus, les gens se séparent, et la note que l’on émet résonne avec d’autres. En ce moment, la note que j’émets semble sonore et claire, et les personnes qui sont en résonance avec celle-ci sont particulièrement stimulantes. Mon univers qui comptait quelques personnes pour lesquelles je me laissais tirer vers le bas n’en compte plus, ceux pour qui je me laissais faire du surplace sont aussi sortis du train. Et le train s’est rempli de gens qui chantent, dansent, et célèbrent la vie, de par leurs projet, leur énergie, leur enthousiasme et leur capacité à s’émerveiller.

Peut-être que le train laissera descendre encore quelques passagers, passagères. C’est inévitable. Mais d’autres y entreront. La beauté de la chose, c’est que la qualité et la particularité des individus qui sont en résonance avec soi, n’est autre que la démonstration de ce qui émane de nous.

Dis-moi avec qui tu te tiens, je te dirai qui tu es n’a jamais été aussi significatif pour moi. L’autre est le miroir honnête de ce que nous sommes, une image sans distortion de ce que notre égo voudrait nous faire croire que nous sommes. Regarde ton entourage et fais le constat. Observe ceux qui t’abordent et vois en eux l’étincelle d’âme qui résonne avec la tienne, et tu te comprendras mieux toi-même. Cherche la compagnie de ceux qui illustrent ce que tu souhaites pour toi et deviens-le.

Ça semble bien métaphysique tout ça. Je pourrais bien te parler de mes dernières semaines et te les ventiler comme une feuille excel. Encore faudra-t-il que nous résonnions un tantinet. Sinon c’est peine perdue.

Pour l’instant. Et c’est pas grave. C’est la vie.

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