Publié par : Eric Bondo | 28 novembre 2017

Pardonner, se pardonner

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Un des mythes les plus tenaces de notre petit univers, c’est que nous faisons la majorité de ce que nous faisons de façon totalement consciente. Sans égard aux conditionnements qui nous ont façonnés, par la famille, nos relations, nos enseignants, par le système, nos traumatismes, etc. Et pourtant, c’est tout à fait faux. Notre cerveau est une extraordinaire machine, et une fois un conditionnement installé, nos agissements et nos attitudes qui y sont liés se font automatiquement, sans même y penser.

Nos démons, dont je parlais dans mon dernier billet, à moins d’être un psychopathe (et même encore, être un psychopathe est peut-être aussi le résultat d’un conditionnement), ces démons sont souvent des traits inconscients de notre personnalité. Nous agissons sans même y penser, et même si nous ressentons pour la plupart des remords ou des regrets suite à l’expression de notre ombre (parce que la prise de conscience d’une action ou attitude est quelque chose qui se passe APRÈS), le mal est souvent fait.

Le mythe de l’action ou attitude 100% consciente est, selon moi, à la base de tellement de problèmes de nos sociétés, et surtout de tellement de conflits, qu’il y a une véritable révolution à faire en ce sens. Je pourrais vous donner mille et un exemples de problématiques sociales et relationnelles qui y sont reliées. Sauf que puisqu’on étudie un tant soit peu la psychologie et le fonctionnement du cerveau depuis au moins 100 ans, nous devrions être en mesure de s’entendre sur cette phrase célèbre prononcée il y a 2000 ans par un révolutionnaire pour certains, prophète pour d’autres, et (avec toute la merde que ça engendre) messie pour des milliards de personnes. Pourtant, cette phrase si simple aurait dû être considérée comme étant à la base de la psychologie moderne, tant elle est pleine de sens.

Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.

Cette phrase si simple faisait état de tous ces conditionnements, bon et mauvais, qui dirigent la vie de chacun de nous, et qu’il est extrêmement difficile de contrôler et ou de changer. Et on peut donner des tonnes d’exemples qu’il serait difficile de contredire.

Le raciste n’est-il pas raciste parce qu’on le lui a inculqué? Le politicien qui s’en prend au plus pauvre et se graisse la patte on the side ne l’est-il pas aussi parce qu’il a été façonné ainsi? Et l’agresseur, le bully, le malfrat, le voleur, l’anxieux, le paresseux, le lâche, eux ou elles? Si on avait accès à la totalité de leurs mémoires, ne découvririons-nous pas que leur attitude n’est que la somme de leurs expériences, du ventre de leur mère jusqu’à ce jour? Et même avant (dans leurs gènes), si on prend en compte les récentes découvertes?

C’est un concept extrêmement difficile à accepter pour la plupart d’entre-nous, car nous sommes conditionnés à croire en la responsabilité personnelle en tout temps, qui elle, est un véritable mythe. Tout notre système qui nous offre collectivement une certaine stabilité morale, est modelé sur ce mythe. Ce dernier est tellement bien implanté que de nos jours, le ressentiment des uns et des autres face à des torts subis n’est qu’un appel continu à la vengeance, la punition et la rétribution. Les avocats et les juges font leur fortunes grâce à ce système basé sur tout sauf de la science. Si la norme force à l’inhibition l’ombre de tout un chacun, cela ne veut pas dire qu’elle pourra rester sous contrôle tout le temps. Des parents parfaits qui assassinent leur progéniture, des all-american boys et des gens puissants qui agressent leurs semblables, des gens aux sommet de la réussite ou en charge de la loi qui se tapent des power-trips sur les plus faibles qu’eux, des exemples, je le répète, il en pleut.

Ne croyez pas que celui ou celle qui vit avec une ombre n’en est jamais conscient. Il croit seulement qu’elle est bien dissimulée, tant que personne ne lui en fait part et qu’elle ne dépasse pas les bornes. Cette société qui considère le pardon comme un signe de faiblesse et la transparence comme un défaut nous pousse tous et toutes à nous cacher derrière le masque de la complaisance ou à ne rien dire, jusqu’à ce qu’un déclencheur fasse tout sauter. Et tout le monde y perd au change.

Sans dire que pardonner veut dire oublier, est-ce que, individuellement et collectivement, si nous prenions conscience de l’incapacité des gens d’agir autrement sans une thérapie ou un travail personnel de longue haleine et que nous encouragions ce travail en pardonnant, ne pourrions-nous pas assister à une amélioration de nos relations, d’humain à humain et d’humain à la collectivité?

Si nous acceptions que nos travers et ceux des autres sont plus souvent qu’autrement inconscients et programmés, n’aurions-nous pas plus de facilité à exprimer notre désarroi, notre souffrance, nos erreurs et trouver l’aide ou le support dont nous avons besoin, qu’il soit des gens qu’on aime ou de spécialistes?

Comment pourrais-je me permettre de ne pas pardonner à une personne qui m’a fait souffrir alors que ce sont nos ombres respectives qui sont entrées en contact? Deux insécurités inconscientes entrant en collision, provoquant une hécatombe bourrée de malheur et de tristesse? Et qu’est-ce que ça donne de ne pas le faire, si ce n’est que d’entretenir la flamme du ressentiment, celle-là même qui nous gruge de l’intérieur, parfois même à l’insu de la personne qui a mis le feu, et qui parfois entretient aussi sa propre flamme du ressentiment face à nous?

Non. Assez.

Cette façon de gérer nos relations est complètement archaïque et immature. La rancune, qu’elle semble aussi vraie ou non, est une attaque envers soi-même avant de l’être envers quelqu’un d’autre. Un cancer qui gruge l’âme. Le pardon libère. D’abord soi-même, puis l’autre, qui peut utiliser cette compassion qui lui est offerte comme tremplin vers le changement. Il faut sortir du premier degré relationnel, dès lors qu’on a envie de faire une prise de conscience. Qu’a fait l’autre? Qu’ai-je fait? Et ce, même lorsqu’on a l’impression que l’on est une victime d’un acte gratuit, en tant que membre d’une collectivité. Parce qu’on connait (un peu ou beaucoup) les problèmes dont cette collectivité souffre et plus souvent qu’autrement, au niveau individuel, on laisse ça à d’autres: la police, les autorités, le gouvernement, etc.. On peut bien vouloir s’en laver les mains (consciemment ou non, hehe), quand nous savons les ravages que peuvent faire des conditionnements pourris, si nous laissons ça aller, nous en sommes aussi responsables.

C’est en effet un immense paradoxe. Que nous devions assumer la responsabilité de permettre que des conditionnements de merde soient imposés à des gens, alors que nous sommes conditionnés nous-même à ne pas prendre cette responsabilité.

Mais il faut commencer quelque part.

Par soi. Réaliser l’importance de ce qui est inconscient. Prendre conscience de son ombre. Se pardonner. Demander pardon. Révéler l’ombre. Pardonner. Des actes souvent extrêmement difficiles, mais qui nous révèlent dans ce qu’on a de plus humain. Et qui nous apprennent aussi que notre conception du monde ne doit pas être celle de la mythologie, mais d’une certaine science.

Et semble-t-il que le mode de vie de l’homme le plus heureux de la planète, selon des scientifiques, le moine bouddhiste Mathieu Ricard, est essentiellement basé sur la compassion. C’est pas une chose importante à savoir, ça?

La rancune et la culpabilité : des cancers de l’âme.

Alors toi-là, chère personne que j’ai fait souffrir par mes conditionnements de merde, pardonne-moi. Et toi, chère personne qui m’a fait souffrir par tes conditionnements de merde, je te pardonne. Je n’oublie pas, je saurai voir venir le coup la prochaine fois, mais en mon coeur, j’essaierai du plus fort que je peux de jeter de l’eau sur le feu et de l’éteindre. J’espère que tu en feras de même. Nous briserons le cycle, et éviterons le pire. Et peut-être un jour, nous serons tous des Mathieu Ricard, et nous rirons d’avoir été si cons si longtemps.

Car ni toi, ni moi, ne méritons ça. Ni personne.

 

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