Publié par : Eric Bondo | 2 décembre 2017

Le changement.

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Si vous avez déjà lu un bouqin de croissance personnelle, un truc qui revient souvent, c’est l’auteur qui affirme que « 20 ans de recherche lui ont permis de découvrir le secret de la vie » et qu’il le partage avec vous pour que vous y arriviez en quinze minutes. Pour en avoir lu une vingtaine au cours des vingt-cinq dernières années, j’ai réalisé un truc : finalement, c’est ça que ça prend, 20 ans, pour croître personnellement, et ça, c’est à condition d’y mettre un minimum d’effort et de volonté.

Parfois je me dis que, pour faire un pied-de-nez à tous ces charlatans du dimanche qui vous promettent le succès presqu’instantané, je devrais en écrire un de ces bouquins. Ça s’appellerait : comment se mettre dans la tête que le changement c’est long. Ou comment accepter que c’est quand ça fait assez mal qu’on change.

Parce que c’est simple comme ça. On ne change pas ce qui ne fait pas assez mal. Le cerveau est ainsi fait. La job de l’inconscient, c’est de nous préserver de la douleur. Alors encore ici, on a affaire à un paradoxe. Premièrement, comme notre cerveau veut nous préserver de la douleur, il est essentiellement réfractaire au changement, car le changement est un risque, le risque d’avoir mal. Parce qu’on affronte l’inconnu. Alors il nous forcera, par cette petite voix convaincante, que c’est mieux si tout reste tel quel. Mais parfois, à cause de nos conditionnements, on se met dans la merde, une fois de temps en temps, parfois plus souvent. Et le cerveau fait le calcul : Est-ce que cette merde est plus douloureuse que le processus qui nous amènerait à s’organiser pour ne plus que ça arrive? Et souvent, une fois la merde passée, la petite voix nous dit que oui, finalement, on s’en remet, on oublie. Et vlan. Rien ne change. Jusqu’à la prochaine merde.

Jusqu’au jour où ça fait assez mal. Que ça fesse, que ça ébranle toute tes entrailles, que ça déchire jusqu’à la moindre partielle de poussière d’étoile dont nous sommes faits. Mais surtout, cette fois où ça dure, ou même le pratique mécanisme qu’est l’oubli ne peut faire sa job. Que cette merde t’empeste la vie pendant des semaines, des mois, et pour certaines personnes, des années. Alors là, s’engage un combat sans merci contre ce paradoxe cérébral, dans laquelle la petite voix, celle-là même qui nous suggère toujours d’attendre que ça passe, est enterrée par la grande voix, celle-là qui nous crie « Plus jamais tabarnak! As tu compris?!? Plus jamais! C’est vraiment ça que tu veux? Vraiment? Non, arrête la bullshit et bats-toi! ».

C’est là ou on a la merveilleuse chance de faire un ou des nouveau choix. Quand la grande voix enterre la petite. Et si on l’écoute, on a la chance de réaliser que finalement, la peur du changement est pire que le changement en soi. Que nous sommes attachés à des choses en nous qui, tout compte fait, nous apportent plus de problèmes que de bienfaits. Et, passé cette réalisation, on fouille, on cherche, on essaie de trouver les outils qui nous permettront de combattre.

Et souvent, on trébuche, on se laisse rendormir par la petite voix, par l’habitude, par le Bof, c’est pas si mal après tout. Combattre, le mot le dit, c’est un affrontement, c’est fatigant, souvent c’est long et c’est douloureux. Le guerrier ou la guerrière en nous se fatigue, parfois s’épuise. Surtout lorsqu’on se sent seul contre soi-même, le monde et la perception que ce monde a de nous : vais-je perdre mes amis, vais-je changer au point où mes proches ne me reconnaîtront plus et me délaisseront, vais-je cesser d’être en résonance avec ce que j’aime, ceux qui m’aiment?

L’art de la guerre intérieure, c’est, entre autres, de réaliser que cette envie de réfléter cette perception qu’ont les autres de nous nous tire vers le bas. Et alors, qu’est-ce que ça fout si les gens se poussent parce qu’on est devenu une meilleure version de nous-même? Par résonance, on risque d’attirer des meilleures versions d’amitiés, d’influencer positivement certains de nos proches qui demeureront avec nous dans cette nouvelle caisse de résonance. Et les autres? Tant pis. C’est ce qu’il faut se dire : TANT. PIS.

Par expérience, on ne s’en sent pas moins bien. Même si la petite voix nous dit : non non attention tu as besoin d’eux. Fuck it. Les personnes qui s’éloignent parce qu’on mène un combat pour s’améliorer, qu’elles le fassent. C’est leur choix. C’est correct. Nous n’évoluons pas tous, ni dans la même direction, ni à la même vitesse. C’est toujours une question de fit. À preuve, nous ne fréquentons pas en majorité les mêmes amis que lorsque nous avions quinze ans. Et au fil du temps, les groupes d’amis changent, se modulent, se modifient. Est-ce qu’on en meurt? Non. Au contraire, on se sent plus vivant.

Alors voilà. Si j’avais à résumer le changement en quelques lignes, ce serait ainsi :

Que veut-on changer?

Pourquoi veut-on changer cela? Est-ce que de ne pas le faire nous apporte souffrance?

Peut-on le changer rapidement, parce que ça ne nous demande pas tant d’effort? Sinon, acceptons nous que ça soit long et ardu, et qu’on trébuchera souvent, qu’on rechutera en essayant?

Et enfin :

Serons-nous capables de faire taire la petite voix qui nous sussure que tout est correct et nous tire vers l’arrière, et de monter le volume de l’autre, celle qui nous pousse vers l’avant?

Accepterons-nous que le changement affectera tout notre environnement, mais que ce sera pour le mieux au bout du compte?

À partir de là, sans certitude, tout ce qui reste à faire, c’est de tirer son épée et d’avancer. Et en avançant, si l’on constate des résultats agréables, alors cela calmera la petite voix, qui deviendra notre plus fervente supportrice. Et la grande renchérira; elles chanteront en choeur le chant du héros et de l’héroïne qui combat le dragon.

Et ce chant, c’est celui du bilan de toutes ces années passées à évoluer. De regarder derrière et faire : Wow, j’ai fait tout ça, je me suis transformé, j’ai des trophées de petits et de plus grands monstres accrochés au mur de ma mémoire. Je porte fièrement les cicatrices et les brûlures, qui me rappellent combien le combat était épique.

N’en déplaise aux charlatans de la croissance personnelle et de la pensée magique, je crois que c’est une façon plus saine et moins décevante d’aborder le changement. Celle d’accepter que nous ne serons jamais parfaits comme on se l’imagine mais que nous le serons toujours en regard des circonstances, une perfection imparfaite mais toujours perfectible, dans laquelle se trouve le souffle de la Vie.

Le darwinisme intérieur.

C’est tout de même remarquable, si l’on considère que nous sommes capables d’évoluer sur des mois, des années, alors que dans la nature, tout évolue sur des siècles, des millénaires, voire des millions d’années.

L’humain est un être au potentiel remarquable, lorsqu’il réalise ce potentiel.

Sors ton épée.

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