Publié par : Eric Bondo | 5 septembre 2015

Love, Dude, love.

20150906_MIGRANTS-slide-XIQ9-jumbo-v4Cher ami, ce matin, je regardais les vidéos de migrants accueillis à bras ouverts par les citoyens des villes d’Europe, avec des cadeaux, des applaudissements, des accolades, et je repensais à mon avant-dernier texte, où j’expliquais que nous sortions d’une ère de secret et de décisions derrière des portes closes, et entrions dans une ère dominée par le partage. Avec mon dernier billet, j’en ai eu pour mon argent. Moi qui me satisfaisais de cent lecteurs, ma lettre à Aylan en a eu près de quinze mille. Je regardais les lieux d’où les clics provenaient et, ébahi, j’ai pu constater qu’elle avait été lue pratiquement partout dans le monde. En même temps, des millions d’autres avaient aussi partagé leur vision et leur tristesse face à une simple petite photo.

L’humanité se parlait.

Soudainement, les gouvernements ont commencé à mettre en place des solutions rapides pour les réfugiés. Les populations ont offert leur support, le gite, des biens de nécessité. Soudainement, les réfugiés ont découvert que, derrière la froideur des gouvernants, ils étaient aimés par leurs semblables. Je le répète, on aime mieux aimer qu’haïr, on est faits comme ça, on est faits pour ça. C’est dans notre conception élémentaire, dans notre design. Et pourtant, c’est un truc dont on a peur, parce ce que l’amour est une ouverture à l’autre qui vulnérabilise. Les quelques fois où j’ai mis le mot « amour » dans mes écrits, il s’est trouvé quelqu’un pour me faire une remarque sur le prêchi-prêcha, sur le caractère « new-age-ésotérico-spirituel-flyé » de toute personne qui parle d’amour.

Et j’ai répondu : Tu me connais pas, Dude.

Je rêve du jour où, comme dans le film Strange days, où on pourra partager ce qu’il y a dans notre tête, partager virtuellement nos expériences de vie. Parce que, Dude, tu comprendrais pourquoi la révolte, si longtemps présente à l’intérieur, a fait place à autre chose. Et pourquoi j’espère ne jamais revenir en arrière. Tu comprendrais pourquoi, moi qui m’indignais du sort du monde, qui m’enrageais de la souffrance des autres, j’ai changé du tout au tout. Tu saurais que, quelques fois dans ma vie, j’avais plongé au coeur de relations intenses, que j’avais aimé comme un con pour me retrouver le cul par-terre et le coeur en miettes. Tu saurais aussi que j’avais passé des années à essayer de me couper de mes sentiments, pour ne plus jamais avoir mal comme ça. Et que j’avais réussi. Que ma carapace me permettait d’aimer sans permettre qu’on m’aime autant. Que je préférais sauver les coeurs meurtris que me compromettre, sauf en de rares exceptions.

Tu saurais aussi que la dernière fois que ça m’était arrivé, c’était après une réflexion où, le coeur bien réparé et blindé, j’avais décidé de renouer avec le plongeon. Et t’étais là, tu m’as vu faire un triple boucle piqué du tremplin de dix mètres. Et que, sans jamais savoir vraiment pourquoi, l’eau s’était retirée et je m’étais solidement cassé la tronche.En mille miettes comme un vase Ming pitché en bas de la tour Pétronas.  Et comme je ne savais pas pourquoi, je me le suis demandé à moi-même : Pourquoi? Sur tous les tons, du degré zéro jusqu’au dernier degré. Pour découvrir une chose qui revenait sans cesse : la colère. Contre les gouvernements, contre l’injustice, contre mes concitoyens qui votaient comme on choisit des numéros chanceux de loterie en espérant gagner le gouvernement parfait, et contre la course folle de l’humanité vers un solide mur.

tattooÀ travers ce voyage intérieur, rempli de nuages noirs, d’éclairs et de mauvais sentiments, j’ai quand même pris la décision de continuer sur la route du pourquoi, et j’suis allé au bout, attentif à tout ce que je pouvais lire, à ce qu’on pouvait me dire, à ce que je pouvais ressentir. Dans le processus, j’me suis même fait tatouer l’avant-bras. Ça a l’air d’un fond de baignoire pour beaucoup, mais c’était un aide-mémoire pour arrêter de juger. Le monde, les autres, les choix de chacun qui, selon moi, détruisaient la planète et ce qui restait d’humain en nous.

Eh bien, dude, au bout de la route vers l’empathie et la compassion, y avait un dragon. Avec ma face. La colère, la haine, l’indignation, c’était celle envers moi-même. Pourquoi?

À force de me faire dire, affectueusement, que j’étais un immense gâchis de talent, j’en étais venu à mépriser mon histoire. Jamais fini mes études, jamais entrepris de carrière valorisante, échoué mille fois à trouver la femme de ma vie, à terminer un projet, à fonder une famille, à m’organiser une vie saine, dix sept ans caché dans l’underground à me démolir la face, etc. etc. La colère elle venait de là. Et le dragon était immense, me crachait du feu dessus et me regardait en riant aux éclats.

Ce fut un long processus. Mais durant lequel j’ai gardé le sourire, étrangement. Peut-être parce que je savais enfin à quoi j’avais affaire. Peut-être parce qu’à force de mois à me faire rappeler par mon avant-bras de ne pas juger, il était peut-être temps que j’arrête de me juger moi-même. Après tout, j’étais encore en un morceau, en pleine forme, rien perdu de mon charme, plus sage, et surtout, à une croisée des chemins où j’avais toujours devant moi une multitude de choix, tous plus intéressants les uns les autres. Il n’était pas trop tard pour quoi que ce soit. Au contraire, c’était le bon moment pour fleurir.

Ce qui fait qu’après presque vingt ans à secrètement me détester, des suites d’un moment charnière de ma vie où tout s’était effondré, j’ai recommencé à m’aimer presque complètement. Et puis, je crois qu’il y a trois semaines, dans le cadre d’une expérience de confidences intimes, j’ai confié à une personne que je connaissais à peine, ce que je considérais comme le dernier élément de ma vie qui m’alourdissait. Pour finalement réaliser qu’il n’y avait absolument pas matière à en faire un plat. Soulagement.

Cette dernière roche dans mon soulier enlevée, ça m’a donné un sérieux momentum personnel. Et comme au cours des trois dernières années, dans le processus, ma révolte s’était amenuisée, le motto de mon groupe d’amis, de ma meute de loups est devenu « Spread some love » (Répandez de l’amour), et à travers ce cheminement, j’ai compris, à travers les mots de Martin Luther King, pourquoi aucune révolution n’avait fonctionné : La noirceur ne peut pas vaincre la noirceur; seul la lumière peut. La haine ne peut pas vaincre la haine, seul l’amour peut. Si je vais manifester en criant ma haine envers l’État, la police, il est impossible que le résultat final soit l’harmonie. Mon opposant va m’haïr autant, et on tourne en rond dans une dynamique d’opposition et de vengeance. Mais si, au lieu d’accorder mon attention au problème, je développe des solutions, alors les choses peuvent changer positivement et durablement. Mais tant que je suis en colère contre moi-même, comment puis-je créer l’harmonie? Comment peut-on s’imaginer qu’on ne crée pas d’Al Quaeda ou de Daesh en bombardant, pillant et affamant une partie de l’humanité qui n’a rien demandé de tel, et en le justifiant par des préjugés monstres sur ces gens dont on nous dit qu’ils ne pensent pas tout à fait comme nous?

Tout ça pour te dire, dude, que ce ne sont pas ceux qui se sont mis en colère contre la mort de réfugiés qui ont réglé les choses. Ce sont ceux qui ont fait fi de nos dirigeants peureux, de nos médias abrutissants qui ont eu le courage de partager leur tristesse et non la colère qui les animait, au risque de paraître faibles et vulnérables. Ils ont eu le courage d’imposer leurs solutions remplies d’amour et basées sur le partage. Aujourd’hui, à peine une semaine après que les gouvernements européens aient tenté de fermer les portes, ce sont les citoyens qui les ont réouvertes en grand. Les réfugiés trouvent aujourd’hui refuge, l’humanité montre son… humanité, en grand.

Bien sûr, dans une prochaine étape, on va, finir par s’attaquer aux sources du problème. Mais entre temps, on a franchi, selon moi, un pas important. Tout ça parce que le petit Aylan, échoué face contre terre sur la plage, on l’a aimé et on l’a pleuré, ensemble et sans s’en cacher. La plus grande défaite des amants de la guerre, qu’ils soient au Pentagone ou dans les rangs d’Isis, elle est dans cet accueil chaleureux que les citoyens font à ces humains qui souffrent et fuient la mort.

Pour plusieurs, ça fait peur, l’amour. Le mot est devenu synonyme de pré-cassage de gueule, de dépendance, de risque démesuré, de kitsch, parfois même de faiblesse et de poids mort. Et pourtant… Dans une société où tout carbure à l’ambition, j’ai compris que c’est bien beau, des études et des carrières prestigieuses, mais ce sont de bien moyennes ambitions comparées à celle d’être un être qui travaille à ne pas avoir peur d’aimer, de le dire et d’affronter cette vulnérabilité, face à soi-même et face aux autres, peu importe le risque. Il en vaut la chandelle, il nous fait toujours grandir, j’en suis sûr.

Je réalise enfin que le plus gros gâchis de talent de l’univers ne l’était pas tant que ça. Il a simplement inversé le modèle évolutif habituel en choisissant la sagesse,  l’amour de soi et des autres d’abord, la réussite ensuite. Pour avoir observé tant de gens souffrir malgré leur succès -il n’y a qu’à regarder le monde des stars pour le comprendre-, je sens que j’ai bien choisi ma direction.

Pour l’instant, lu à travers les mots, ça semble être un beau high, comme la passion au début du couple. Mais si ça ne dure qu’un temps, la passion, l’important par la suite c’est de toujours remettre des bûches dans le feu. C’est pourquoi je continue d’écrire assidument, que je poursuis mes projets, que j’assume cette partie de moi-même. J’vais peut-être encore me casser la gueule, mais ce sera comme lorsqu’on glisse sur une plaque de glace et qu’on tombe sur le cul. On peut en faire un drame et poursuivre la ville, ou on peut rigoler avec les passants qui nous ont vu.

Et pourquoi je t’en parle, l’ami, avec tant de conviction aujourd’hui? Parce que tu t’es permis de me juger, sans méchanceté, et j’ai réalisé à quel point tu me connaissais pas fondamentalement. Et quoi que t’en dises, j’vais continuer à être gentil, aimant, empathique et plein de compassion, parce qu’avant d’être blessé, avant d’embrasser l’amertume, il y a de cela bien longtemps, c’est ce que j’étais. Mais tu pouvais pas savoir, tu m’as connu un verre à la main et on s’est acoquinés grâce à ce verre-là et plein d’autres, en râlant sur la Vie.

Et, en passant, t’inquiète, je le vois aussi, ton dragon à toi.

Love u, Dude.

Publié par : Eric Bondo | 3 septembre 2015

Cher Aylan Kurdi

Aujourd’hui, t’es partout. Ta dernière photo se retrouve en première page de tout ce qui se lit, ton nom est sur les lèvres de tous les présentateurs de nouvelles, même chez-nous, au Canada, parce que c’est ici que ta famille aurait dû se trouver, plutôt que sur un radeau dans une mer mortelle. Je ne pourrai jamais te dire à quel point je suis désolé, ni à toi, ni à ta famille, ni à tous les autres qui se noient dans l’espoir de gagner une nouvelle terre, un monde meilleur. Mais je pourrai par contre te dire pourquoi t’es mort comme ça, stupidement, ce que ceux qui nous informent ne pourront probablement pas. Je ne peux pas dire avec certitude que t’es parti pour un monde meilleur; la science ne nous a pas encore démontré qu’il y a ou non quelque chose après notre dernier souffle. Et ça importe peu.

Ce qui importe, c’est l’absence réelle d’un seul mot dans notre vocabulaire social. Je dis absence, car même lorsque ce mot est prononcé, la recherche de réponse s’arrête souvent au premier niveau. Ce mot? « Pourquoi? » Ce mot fatigant sur les lèvres des tout-petits, sur celles des militants, sur celles des citoyens qui se sentent concernés par autre chose que leurs cent paires de chaussures et leur photo du repas pris au restaurant histoire d’épater leur entourage. C’est pourtant un mot essentiel à la compréhension du monde, qui doit être utilisé jusqu’à ce que la réponse atteigne sa limite, son dernier degré. Ce mot qui anime prioritairement la recherche du savoir, de la connaissance, qui nous amène au plus profond de l’abîme pour y trouver les réponses qui nous élèveront au sommet de la montagne, si nous en avons le courage.

Pourquoi t’es mort? Au premier degré, t’es mort parce que ta famille s’est embarquée vers l’Europe en payant le gros prix à des passeurs. Pourquoi a-t-elle fait ça? Parce que c’était le bordel dans ton pays, la Syrie, et qu’à un moment donné, si tu veux une chance de survie quand le bordel commence, il faut que tu te pousses. Et comme c’est le bordel dans toute ta région, eh bien tu te pousses là où ça semble bien aller -et ça, tes parents le savaient pas, mais c’est un euphémisme; le bordel est aussi en Europe-.

Mais pourquoi, me demanderais-tu, Aylan, c’est le bordel dans ton pays? Parce que, vois-tu, ton pays est au coeur d’une région qui a tout intérêt à brasser. Pourquoi? Parce qu’elle regorge, entre autres de cet or noir qui nous permet à nous, des pays où tout semble bien aller, de chauffer nos véhicules matin et soir pour aller bosser, de transporter nos marchandises d’un océan à l’autre, de faire rouler les tracteurs et la machinerie qui nous servent à créer des quantités de bouffe inimaginables qui font qu’on en abuse au point d’être obligés d’aller au Gym cinq fois par semaine pour dépenser le trop-plein sinon on développe plein de problèmes de santé.

Mais pourquoi ce délire? Parce que, mon cher Aylan, c’est pas parce qu’on vit dans l’opulence qu’on est bien, qu’on est heureux. Cette opulence, elle nous coûte du travail acharné et la plupart d’entre-nous se font chier à ce travail. Alors le soir, comme de bons chiens de Pavlov -en revenant du Gym et après avoir bouffé comme des porcs-, on s’écrase devant la télé, qui passe le plus clair de son temps à nous stresser encore plus. Mais on ne s’en rend pas compte parce que la fluctuation émotive qu’elle nous fait vivre nous mélange un peu, et à peu près personne ne comprend quoi que ce soit au fonctionnement du cerveau; il faudrait d’abord qu’on apprenne à lire et qu’on développe notre curiosité à nous comprendre nous-même. Sauf que, je te l’ai déjà dit, Aylan, on a pas le temps pour ça. On a à peine une vingtaine d’heures, deux jours par semaine, pour tenter de faire les choses qui vont nous calmer un peu avant de retourner dans le gros stress de notre semaine.

Pourquoi? Pour se payer les trucs qu’on nous dit qui vont apaiser notre stress en stimulant la zone de récompense de notre fascinant mais tellement méconnu cerveau.

C’est pas un peu débile tout ça?, me demanderais-tu, si tu pouvais encore parler. J’te répondrais, cher garçon, que oui, c’est un peu débile. Mais j’ai pas terminé. À force de se faire rentrer dans le crâne des campagnes de peur, sur l’extérieur de nos maisons, sur le reste du monde, en partie la zone dont tu viens, les gens ont inconsciemment peur de toi, de ta famille, de tes compatriotes. On nous martèle que vous voulez notre mal, que vous voulez vous attaquer à notre mode de vie -oui oui, Aylan, ce mode de vie où on passe nos journées sur l’adrénaline et nos soirées à bouffer, boire et se faire effrayer par la télé pour retourner le lendemain, manquant de sommeil, bosser et recevoir notre shot d’adrénaline. Il n’y a pas de malaria ici, ni de bombes qui nous tombent sur le crâne ou qui pètent dans le métro, mais les hôpitaux débordent constamment, et presque personne n’arrive à nous dire pourquoi.

Pourtant, même toi, un petit gars de trois ans, tu comprendrais que nos vies, pleines de bling bling, sont souvent malsaines, nous rendent malade à n’en plus finir, et en plus, dépendent du bordel qu’il y a chez-vous. Parce qu’on ne veut surtout pas payer ce que vos ressources valent; il faudrait augmenter les salaires, diminuer notre consommation, et notre économie s’effondrerait, selon les épouvantails qui nous informent.

Mais pourquoi nous informent-ils comme ça? Parce que, contrairement à la pensée populaire, le client de l’information, ce n’est pas celui qui la consomme. Le client de l’information, c’est celui qui paie très cher pour qu’on soit terrorisés. Nous, qui nous percevons comme le destinataire du produit médiatique, mon cher, nous sommes son produit. C’est notre attention qui est vendue au plus offrant. Et il a tout intérêt à ce que nous nous inquiétions sans cesse, parce que, je te l’ai expliqué plus tôt, quand on s’inquiète, on consomme sans calculer.

La chienne des peuples est une mine d’or. C’est elle qui fait croire à plein de mes concitoyens qu’il faut toujours voter pour une des deux couleurs, que c’est préférable à tout changement vers l’inconnu. C’est bien sûr un autre non-sens, mais c’est celui que la peur déraisonnable engendre. Et comme ce n’est pas nous informer qui importe, mais bien nous effrayer, nous décourager, les médias ne posent jamais trop de questions, des questions essentielles comme : pourquoi si tous les spécialistes disent que l’austérité est une idée ridicule, saugrenue, illogique, un gouvernement s’entête, malgré la menace de soulèvement populaire massif? Je vais te le dire. Nos gouvernements ont peur, mais pas de nous. Je ne m’avancerai pas à te dire quel est leur épouvantail. J’aimerais juste qu’un seul journaliste entraîne ses confrères à se demander qui fait si peur au gouvernement chez-nous.

Je ne pense pas, contrairement à ces activistes colériques dont j’ai déjà fait partie, que nos ministres sont essentiellement de mauvaises personnes. Quand je regarde leurs yeux lorsqu’ils nous bourrent, c’est la peur que je vois. De leur propre croquemitaine que personne ne veut nommer.

Alors tu vois, Aylan, si t’es mort aujourd’hui, c’est parce que nos gouvernants, ici, ont peur de quelque chose que tout le monde a peur de nommer. C’est aussi parce que leur discours nourrit la peur des citoyens fragilisées par une vie de stress, et que cette peur fait consommer des produits dont personne n’a tant besoin et élire des peureux qui ne font que maintenir ce système, mais qui calment, l’espace d’un moment. T’es mort parce que, malgré tes trois ans, on a instrumentalisé les tiens pour nous terroriser et vendre de la bouffe et des babioles. Et ceux qui nous les vendent ont peur qu’on s’en rende compte et qu’on veuille les lyncher; c’est déjà arrivé dans l’histoire. Alors tout le monde a peur de tout le monde et on semble pas plus avancés.

Aujourd’hui, t’es parti, pour toujours. Avec toi, des milliers de personnes qui fuient la peur, la même, irrationnelle, qui nous habite même ici par chez-nous. C’est assez incroyable, quand même, Petit, que la science soit aussi avancée, que la connaissance soit aussi poussée, et que nous ayions plus peur de tout que les humains du Moyen-Âge.

Mais, Aylan, ta photo est venue chercher quelque chose de plus fort que la peur, chez tellement de gens. Ton petit corps inanimé qui nous tire à tout le moins un début de larmes, est le symbole de cette irrationalité, celle qui nous fait exploiter et à la fois craindre l’Étranger. Et c’est ainsi que la conscience se fraie un chemin à travers ces champs de ronces qui nous séparent, nous les opulents, de vous, les opprimés. C’est ainsi que l’amour se fraie aussi un chemin; partout dans le monde, la mort d’un enfant nous rappelle qu’on aime plus aimer que craindre.

On se partage ton image, ton histoire, et, un par un, on se demande pourquoi, au premier, puis au second, puis à tous les degrés possible si on en a le courage. Et puis, quand on arrive à l’expliquer, on essaie de voir comment faire des choix différents, des choix qui nous sortent du cycle de peur. Et si notre courage atteint son paroxysme, on les fait, ces choix diférents.

Je suis désolé que tu sois mort, mon vieux. Vraiment. Mais dis-toi que peut-être t’es mort en héros, un héros de trois ans dont l’image posthume a peut-être réveillé juste assez de consciences pour que, ici, dans notre opulence stressante, nous fassions des choix politiques et économiques différents. Ce ne sera pas pour dans une semaine, mais j’te le dis, mon petit bonhomme, on avance. Ton histoire fait réfléchir le monde. Peut-être juste un peu, mais c’est comme ça qu’on apprend, pas à pas. Et un jour, on se rappellera de toi, comme on se rappelle du gars devant le tank à Tiennamen, et des autres qui se sont imprégnés dans notre conscience, et qui l’ont fait, bout par bout, évoluer, vers quelque chose de mieux. Aujourd’hui, le Ministre Canadien de l’immigration a reçu ta mort comme un coup de poing au visage. Peut-être est-ce que ça va le changer en-dedans, et qui sait, provoquer une réaction en chaîne parmi ses collègues, qui auront à réfléchir sur les choix qu’ils font trop souvent sur le pilote automatique de valeurs tordues de gens effrayés? Les grands médias ont longuement hésité à publier ta photo, mais la nouvelle ère du partage les y a forcés; nul ne pourra dire qu’il ne t’a pas vu.

J’aimerais te dire que ton sacrifice ne sera pas vain. Je ne peux pas te le garantir.

Mais je l’espère profondément.

Aurevoir, petit garçon.

Publié par : Eric Bondo | 2 septembre 2015

Le partage.

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Dans la foulée de mon entreprise de toujours poursuivre à partir de mon dernier billet, lequel portait sur le taux exorbitant d’analphabétisme au Québec ET l’hypothèse d’un grand chantier social d’alphabétisation, un grand, gros, des dizaines de milliers de personnes et/ou un logiciel, dvd, application, distribuable à grande échelle, commandité par l’État. On se dit, genre, on alphabétise 1 million de personnes par année. Je dis l’État, ou quiconque a le temps, le leadership et l’envie de s’y lancer -je les salue déjà-. Personnellement, je trouve ça énorme, et j’me connais, je file pas trop trucs énormes dans ma vie. Pour l’instant. Ça restera dans mes projets, si c’est pas fait d’ici à ce que ce soit en première place de ma liste de trucs énormes à faire. Mais si ça vous tente, ce serait génial. Quelques partages, un kickstarter s’il faut, un cours de lecture fait de clips et d’éxercices dernier cri. Y a moyen de faire quelque chose. Y a peut-être même déjà plein de trucs qui existent, disponibles sur le Itune Store ou le Google Play machin. Ensuite, une page facebook ou vous invitez les gens à partager leur compréhension de la lecture et à ceux qui ne savent pas lire à chercher un mentor ou une app/dvd/bla. Voilà pour les volontaires.

Je reviens à un mot d’une importance cruciale, en fait qui définit le 21è siècle. Bien sûr, on en est à nos premiers balbutiements (20 ans d’ère internet, c’est peu dans l’histoire humaine), mais ce mot, partage, est ce qui, à mon avis, définit l’ère dans laquelle nous nous trouvons. Chaque site, chaque vidéo, chaque publication que nous parcourons sur la toile, disposent d’une ou de plusieurs fonctions de partage, chacune attirant par résonance d’autres à venir voir ce qui s’y trouve. Ainsi, une nouvelle banale ou de grande importance se retrouve projetée et re-projetée dans l’inconscient collectif artificiel, par un simple clic. Jamais autant d’information n’a été aussi instantanément et mondialement partagée dans l’histoire. Ça peut sembler banal parce qu’on baigne dedans, mais quand on y pense. Il y a vingt ans, les gens s’envoyaient des lettres qui prenaient au minimum des jours à se rendre à destination. Où ils s’appelaient au téléphone à des heures ridicules parce que les interurbains coûtaient une beurrée. Maintenant, ils paient -ou même pas- une cinquantaine de billets par mois et peuvent se parler face à face en direct. Où s’envoyer des liens, des fichiers immenses, des longs messages, instantanément. C’est à peine si le message ne part pas avant qu’on l’envoie.

Dément. Ça sonne presque cheezy, mais on est dans l’époque du partage. Fuck les références religieuses, le partage est devenu laïc, et universel. Pour l’instant, c’est surtout de l’information, mais aussi à d’autres niveaux, dont l’économie, avec des gens qui promeuvent le modèle open source, avec entre autres Elon Musk, le mec de Tesla motors, qui rend disponible et utilisable certains de ses importants brevets, pour que d’autres l’imitent.

On l’a vu avec les différentes commissions d’enquête, on l’a vu avec les histoires de Wikileaks, de la NSA qui épiait pas mal de monde et même avec l’histoire d’Ashley Madison, on peut remarquer que jusqu’à il n’y a pas si longtemps, nous vivions dans une ère de secrets. Secrets d’État, secrets intimes. Le nouveau siècle est en train de faire éclater l’ère du secret. Bien que relativement superficiels dans la majorité des cas, l’abondance de partage transforme radicalement le paradigme collectif.

Bien sûr, il reste des secrets. Il en restera probablement toujours. À titre personnel, je trouve que les secrets, surtout ceux qui sont sombres, sont encombrants. Dans le fond, quand quelqu’un vous en confie un, c’est pour s’alléger la conscience. Et c’est celui qui se le fait confier qui porte le fardeau -ou une partie- par la suite. Une chance qu’il existe des professions qui assurent au secret professionnel. Plate, qu’elles soient sous-utilisées. Le partage est associé à la transparence, celle entre les institutions et les individus, celle entre les individus eux-mêmes. Les populations l’exigent, les gouvernements rechignent.

Quand j’ai commencé à travailler dans les bars, une des premières choses que l’on m’a dites qui m’a profondément marqué était : Dans le milieu, tout se sait, tout finit par se savoir. Bien vrai, l’alcool fait parler.

Aujourd’hui, notre civilisation se retrouve face à ce constat. À l’ère d’internet et des réseaux sociaux, tout semble finir par se savoir. Le danger, devant cette progression constante vers plus de transparence, c’est qu’elle demandera plus d’empathie, plus de compassion. Dans le fond, quand on réprime des secrets, c’est surtout par peur d’être jugé. Mais devant une personne empathique et empreinte de compassion, le secret peut être confié sans crainte, et la libération qui suit est fascinante. On aime bien dramatiser avec nos trucs, et parfois, quand on arrive à partager un secret qui nous pèse, et que l’autre nous regarde en nous disant : y a rien là (en tout cas, c’est ce que ça me fait), à moins d’être trop attaché à notre drama, c’est totalement réconfortant. Le partage nous sort du paradigme de l’individualisme pour nous entraîner vers une plus grande conscience sociale, inter-relationnelle.

Cette histoire humaine, avançant à pas de tortue, évolue maintenant à pas de géants, tout ça à cause du partage. Je l’ai déjà dit, ce qui est bon pour la collectivité l’est aussi pour les individus, et vice-versa.

Continuons de partager. Plus, même.

arbre_accueilJe vous raconte une anecdote qui date. Il y a de cela plusieurs décénnies, j’avais quatre ans, et, comme à mon habitude -et ma mère ne m’a dit que récemment qu’elle savait-, je tirais la lampe de chevet sous mes draps et je re-regardais sans fin les petits livre d’histoire de Disney, jusqu’à ce que je ne puisse garder les yeux ouverts; je remettais la lampe sur la table et je m’endormais. Ce soir-là, c’était Peter Pan. Ce dont je me rappelle, c’est qu’alors que je posais mon regard sur la dernière page du bouquin, que ma mère avait du me lire des dizaines de fois (on les recevait par la poste, comme un Amazon préhistorique; ils n’en livraient qu’un par mois), mais en regardant les mots, les heures passées devant le très bilingue Sesame Street, et celles passées à apprendre l’alphabet dans un scrapbook avec ma maman, ces heures que comme je ne savais pas compter, je ne pourrais vous en évaluer le nombre, bref, ces heures venaient de payer.

Et Wendy sourit.

Je ne sais pas trop ci c’était la phrase exacte, mais c’était un truc du genre. Que je venais…de lire. Devant cette révélation grandiose (ah ouais, je vous le dis, je m’en souviens encore comme si c’était hier et j’y pense assez régulièrement pour ne jamais l’oublier, avec l’émotion pis toutte pis toutte), et pour m’assurer que je ne rêvais pas, j’ai bien sûr repris le livre à la première page, et non, je ne rêvais pas, ce qui n’était que des symboles 5 minutes auparavant, était devenu des lettres, formant des mots, formant des phrases. Et phrase après phrase, je lus le livre d’un trait.

Je savais lire. Bien sûr, je me suis levé sur la pointe des pieds pour aller m’en chercher une pile, et les lire. Un. Après. L’autre. Jusqu’à épuisement. Je venais de franchir une espèce d’étape libératrice. Je me rappelle encore du sentiment d’être enfin libre d’explorer les centaines de livres que contenaient -avec, à mon souvenir, beaucoup de romans de Guy des Cars, que je n’ai jamais lu, d’ailleurs-, les bibliothèques de la maison familliale.

Ce fut le début de tout.

Aujourd’hui, on nous annonçait, en grande pompe et la panique dans les mots, que 53% des Québécois ne savaient pas lire suffisamment pour comprendre un article de 300 mots (excluant le sport, j’en suis sûr). Ce que, grosso modo, je viens d’écrire. Est-ce catastrophique? Innaceptable? Une tragédie? Un fléau?

Toutes ces réponses. Soulignées, en caractère gras, et en majuscules.

Ces personnes, dont un certain nombre doit assurément mener des vies agréables, n’ont pas accès à ce riche univers qu’est la lecture. Elles sont condamnées à voir des adaptations correctes mais rarement plus géniales que les livres dont elles proviennent. Condamnées à recevoir comme des faits, l’analyse de gens qui peut-être savent lire et écrire, mais dont le jugement se retrouve à tous les endroits sur l’échelle, parfois sûr, parfois de la pure bouse. Souvent, même. Capables de fonctionner sans attirer l’attention sur leur incapacité à saisir des textes légèrement complexes, c’est une partie de leur citoyenneté, de leur humanité, dans un monde où l’écrit demeure à peu près le seul médium où les informations provenant de tant de sources peuvent s’affronter librement. Il existe bel et bien des dizaines de milliers d’émissions de télé, de documentaires, de films, de série.

Mais, depuis l’invention de l’impression, près de 130 millions de livres ont été publiés dans le monde. 130 millions de livres différents. Un calcul rapide et spéculatif : mettons qu’on lise un livre en moyenne en deux heures, et que, pour vivre un peu dans le monde réel, on n’en lise qu’un seul par jour. Il vous faudrait vivre au moins sept cent ans, 713 plus le nombre d’années pendant lesquelles vous ne saviez pas lire.

Les longs métrages : 3 millions. Émissions de télé (tous les genres) : près de trois millions aussi.

Ça en fait des trucs à lire. Qui ouvrent l’esprit à bien plus d’horizons, je crois, que le seizième spinoff de CSI. Sans compter les millions de blogues(127 millions!), de sites d’info, de forums de discussion. Sur tous les sujets. Sans exception. Avec des images,même. La possibilité de choisir soi-même le filtre avec lequel on veut voir le Monde.

La moitié de notre société ne peut simplement pas faire ça. Et elle ne va sûrement pas le crier sur tous les toits, et on la comprend, ce chiffre nous sidère, nous qui y arrivons, et ceux et celles qui en sont passionnés grimaçons un peu à l’idée. On fait uuuh. Et pour ces personnes, imaginer nos faces doit être terrorisant d’humiliation. Parce qu’il y a les laissés-pour-contre de l’économie, mais il y a aussi bien plus de laissés-pour-contre de cette liberté d’acquérir toute connaissance sans que l’on s’adresse à eux et elles comme si ils avaient cinq ans.

Il y a bien sûr le communautaire, qui tente tant bien que mal d’en amener le plus possible vers la maîtrise suffisante de la lecture. Mais l’alphabétisation, sans enlever aux personnes qui se dévouent sur les lignes de côtés, c’est un projet d’État. C’est un projet qui peut, si on prend par exemple la grande campagne d’alphabétisation des Cubains, en 1961. Oui, il y a 45 ans, le gouvernement cubain mettait en place un grand chantier d’alphabétisation, et réussit à alphabétiser sept cent mille personnes en environ une année. 300 000 personnes se mobilisèrent pour aller partout et apprendre à lire à leurs compatriotes.

J’aime me dire : si d’autres l’ont fait il y a plus de cinquante ans, qu’est-ce qui nous empêche de faire pareil? Pourquoi ne pas lancer un vaste chantier volontaire d’alphabétisation, former des volontaires, les encadrer avec une méthode, des enseignants, et redonner une certaine forme de pouvoir, de liberté, de compréhension et d’expression, à toutes les personnes ici, sur notre territoire, qui en ont besoin. Une telle organisation ne peut venir que d’en haut. Elle demande des moyens, beaucoup de visibilité, et beaucoup de monde. Ou, puisqu’on est en 2015, pourquoi ne pas offrir des DVD, des applications, pour que les gens qui ont honte puissent apprendre en secret, et faire la surprise quelques mois plus tard, à leurs amoureux, leurs proches, leurs collègues?

Malheureusement, cette nouvelle n’en était pas une. C’était un snooze. Comme celui qui vous rappelle que vous avez choisi de dormir neuf minutes de plus que prévu.

Cette nouvelle fait la manchette à chaque année, depuis plus d’une dizaine d’années. La même. Pareil. Copier-coller. Et à chaque année -et plus, c’est un sujet qui me tourmente presque-, je me dis que ça n’a juste pas de sens. Je veux pas non plus me mêler des affaires d’organismes qui s’y dédient corps et âme depuis toujours. Je voudrais juste qu’ils aient notre oreille plus souvent qu’une fois l’an, mais surtout, qu’ils aient celle du gouvernement. On ne peut s’empêcher d’imaginer que ça fait l’affaire des partis politiques, d’avoir une partie de la population qui, dans leur discours, ne comprend que : famille, classe moyenne, serrer la ceinture.

Facile. Pas étonnant qu’ils s’en foutent. Mais qui sait, après les déboires de leur Ministre, peut-être que les membres de l’Assemblée Nationale se rendront-ils compte que si le fléau de l’analphabétisme se rend jusqu’au conseil de Ministres, il y a lieu de réellement s’inquiéter pour en bas de la pyramide. Et le milieu.

Comme société, (et non comme personne touchée par le problème), c’est honteux. Comme concitoyen, c’est triste.

Lire soigne, égaie, enseigne, stimule, console, et j’en passe. Mais surtout, lire libère.

Tellement.

Publié par : Eric Bondo | 27 août 2015

Ceux qui savent.

l y a de cela très longtemps, j’ai écrit un texte intitulé « appel aux leaders d’ici », qui, se retrouvant dans le Devoir et partagé sur les réseaux sociaux, fut lu par un impressionnant nombre de personnes. J’espérais que les leaders de nos sociétés, pas ces simulâcres de meneurs et meneuses qui nous baratinent du matin au soir et dont la logique a souvent sens unique, et au bout, on dirait toujours que c’est un cul-de-sac.

Le problème, c’est que ces petits faits divers de la politique ne sont -et on le voit à chaque Commission d’enquête- que la pointe de l’iceberg. On le constate avec les fuites de plus en plus nombreuses de documents secrets qui auraient eu intérêt à ne pas l’être. Et il y en a tellement, qu’il est pratiquement impossible de suivre. Eh bien, après des leaders qui sortent de l’ombre ou tout simplement choisissent de vivre selon leurs propres conviction et dans le but de servir la collectivité, l’autre chose dont notre société a vachement besoin, c’est de ceux qui savent. Ils et elles sont partout, à tous les échelons, et ce sont les témoins principaux du reste de l’iceberg. Quand une personne âgée est maltraité, des gens, des professionnels, en sont témoins. Quand un élu accepte un pot-de-vin, quelqu’un le sait.

Sauf exception, ces gens se taisent. Oh, ils ont toutes les bonnes raisons de le faire, et je ne leur en veux pas, au contraire. Être dans la peau de quelqu’un qui sait, des gens ayant en leur possession un savoir ou un témoignage que beaucoup de gens important craignent, ne peut qu’imposer le silence. Peu de gens veulent devenir un Snowden ou un Assange. Je ne suis pas encore décidé à savoir s’ils étaient des êtres au courage démesuré, ou des inconscients mécontents en manque de sensations fortes. Peut-être les deux.

Espérons qu’il y en ait d’autres. Plein. En plus, je suis persuadé que tout le monde sait quelque chose. Ça met du piquant dans les affaires politiques. Ça a une utilité sans commune mesure dans le fait de conscientiser les masses. C’est de l’éducation politique en concentré; le problème étant de faire de l’ordre dans toutes ces informations. Je vous le dis, entre tout ce qui est diffusé et ce qui sort dans les différents médias, de masse et alternatifs, il y a une immense différence.

Et espérons qu’éventuellement on atteigne une masse critique ou l’influence des donneurs d’alertes (whistleblowers) sur d’autres qui en ont le potentiel, et là, watch out la télésérie-documentaire!

Bref, si ceux qui savent cessent de se taire en masse, difficile par la suite qu’il n’y ait pas de différence positive dans nos choix politiques, par lesquels les choses changent lorsqu’elles changent, bien qu’à date ça n’arrive pas souvent.

Mais tant qu’il y a l’espoir que ceux qui savent parlent, tout est chill.

Publié par : Eric Bondo | 25 août 2015

L’Histoire.

J’avais le choix entre parler du conflit entre I et la P (faut faire attention, c’est très délicat) et de parler d’une histoire. Alors j’ai préférer éviter de me placer dans une situation difficile. Je parlais dans mon dernier billet de tourner en rond, plutôt, tourner en spirale. Comme on le fait pas mal tous, du moins je l’espère. C’était une métaphore peut-être un peu philosophique, mais assurément optimiste. Et chaque spirale est une histoire. Celle d’une personne. Celle d’une collectivité.

Je viens de finir d’écrire une histoire. Une brique, avec des héros et des vilains, qui se passe dans dix ans.

Il y a un an, avant la vente du bar où je travaillais -je ne sais pas trop si j’avais déjà appris la nouvelle de la vente où non-, j’ai eu une conversation avec mon ami et associé, où je lui faisais part d’une réalisation, répondant à la question à savoir qu’est-ce qu’on avait bien pu foutre aussi longtemps dans des lieux de beuverie alors qu’on aurait pu être, je ne sais pas, travailleur social, créateur d’une ligne de vêtements, journaliste, ou entrepreneur, mais dans un secteur plus santé, disons.

Ma réalisation, en ce qui me concernait, c’était une incroyable accumulation d’histoires, de gens, parfois héros, parfois zéros, parfois heureux, parfois destroy, parfois juste complètement désintégrés. Pas des dizaines, ni des centaines. Des milliers. Enregistrées dans le coco. Dans un bar, chaque jour, chaque soir a son histoire, au moins une, petite, grande, ou ridiculement démesurée. Ce sont d’ailleurs les meilleures, les démesurées.

J’ai fini par commencer à en raconter. Bien sûr, j’épargnerai au lecteur la peur de s’y retrouver, pour vrai. Ou peut-être lui donnerai le plaisir de s’y retrouver. Et de ces anecdotes, il y en a tellement que ça ne sera jamais un obstacle à l’écriture. Et les obstacles, j’ai réussi pour la première fois à les vaincre : la discipline nécessaire à coucher une longue histoire sur papier, et l’autre : la peur d’être un imposteur. Écrire une histoire faisait partie de la mienne, et j’ai fini par finir. C’était quelque chose que j’avais longtemps et souvent tenté, mais en me heurtant toujours aux obstacles dont je viens de parler.

Ces obstacles demeurent, sûrement, mais franchis comme le Rubicon. En m’obligeant à écrire quelques mots par jour, sans but, j’ai développé la discipline avec laquelle venait un grand plaisir. Ensuite, une histoire que j’avais en tête m’a séduite plus que ses congénères. J’avais l’impression de savoir où elle menait, mais après une seule page, j’étais dans l’erreur : elle savait respirer d’elle-même. Les personnages apparurent, puis d’autres, puis de ceux qu’on croyait déjà hors-scène, qui reviennent. Parce que c’était l’histoire. Et même à la fin, lorsqu’après une interruption de deux mois je me forçai à me rasseoir et à la terminer parce que ça commençait à bien faire, même la grande boucle finale fut une surprise.

J’ai bien trop aimé l’exercice. Ce qui m’a donné réellement envie de -la prochaine fois- prendre ces milliers d’anecdotes de ma vie souterraine, et en saupoudrer mes prochains écrits. Ce serait leur faire honneur. Même celles dont la tristesse et la déchéance brisent le coeur. Mais ce serait encore plus triste qu’elles sombrent dans l’oubli, sans que personne n’ait eu ne serait-ce qu’un petit paragraphe à raconter sur elles. Depuis toujours, certaines personnes se sont appliquées à les raconter, triathlètes de la plume. Pour avoir bien compris la difficulté de cet art créatif, pendant toutes ces années à tenter sans réussir, je ne peux qu’avoir le plus grand respect pour ceux et celles qui sont allés jusqu’au bout de ne serait-ce qu’une tentative, publiée ou non. C’est bien, écrire des petits billets plein de bon sentiments, mais un gros roman qui vient chercher le lecteur pendant des heures, c’est le pied.

Je lisais dernièrement que JK Rowling, l’auteur des Harry Potter, aimait répéter à tous les aspirants auteurs qui lui écrivaient qu’ils pouvaient y arriver. Aux jeunes victimes des railleries de leurs pairs, aux plus vieux sur le point de se décourager. Je n’ai pas encore d’appréciation de l’histoire que j’ai couchée sur papier. Mais j’apprécie qu’elle y soit, entière. J’ai trouvé mon coup de pied au derrière pour m’y mettre dans un petit essai de Stephen King Écriture : mémoires d’un écrivain. Qu’on aime King ou pas, c’est un bijou, ça te place un auteur sur la route en deux temps, trois mouvements. Une très bonne acquisition, finalement. Parfois, juste une petite poussée suffit.

J’aurai plein de remerciements après publication, si publication il y a. Mais une mention particulière au Maître de l’horreur pour le coup de pied au cul.

Publié par : Eric Bondo | 23 août 2015

La spirale.

J’ai du temps par les temps qui courent, ou je prends simplement le temps parce que ça me tente. J’ai fini par comprendre qu’écrire était aussi important pour moi que de respirer. Et puis, j’en suis venu à un point où j’assume plus ce que je pense, l’endroit où se trouve ma réflexion. Même si c’est impopulaire, pas glamour, même si on risque de me juger injustement. Ou justement. Jusqu’à un certain âge, personne n’aime ça. Et en vieillissant, on peut faire le choix de prendre le jugement des autres, l’évaluer le plus objectivement possible, et l’additionner à son bagage. Celà dit, j’ai aussi décidé d’écrire dans une suite logique, c’est à dire en poursuivant sur ma dernière réflexion. Jusqu’où? Je l’ignore. Ce que je sais, par contre, c’est que j’ai accepté le fait que je ne m’adresse nullement à tout le monde, mais bien à un certain nombre de personnes qui se sentiront interpelées, tout en ayant aussi la chance d’avoir un cercle de ce genre de personnes autour de moi qui partagent certaines valeurs dominantes et importantes à mes yeux : la sensibilité, l’empathie, un grand coeur et une certaine envie de faire quelque chose, mais en résonance avec ces valeurs. Pourtant, combien en ai-je entendu qui n’avaient personne avec qui échanger ouvertement, qui mettaient en pratique ces valeurs, mais n’échangeaient jamais, ne vérifiaient jamais avec leurs proches, leurs collègues, des étrangers, même, de peur d’être jugés, et avec ce sentiment parfois insoutenable de solitude de celui qui nage dans une mer de pessimisme. Qu’alors que leurs proches se régalent de Fifty Shades of Grey, ils ont la chienne de parler de leur lecture de l’Alchimiste. Et que ça les avait touchés. Ou pas.

J’ai l’impression de voir surgir un énorme mouvement de fond, composé de gens comme cela, de gens généreux, aimables, peu importe leur statut social, dont on entend souvent peu parler hors de leurs cercles proches mais qui existent, faisant leur petit bonhomme de chemin en rendant service, en écoutant, en donnant de leur temps à des causes qui leur tiennent à coeur, à leurs proches, à leurs clients, à leurs collègues. Vous en faites peut-être partie. Vous attirez mon attention, sur les réseaux sociaux, dans des reportages, des documentaires ou parce que quelqu’un m’a parlé de vous. Et, sincèrement, ça me rend heureux juste de savoir que vous existez. Et vous devez vous demander parfois, quand vous lisez les journaux, quand vous écoutez les nouvelles, quand vous écoutez vos proches (qui lisent les journaux et écoutent les nouvelles) : est-ce que ça sert vraiment à quelque chose? Est-ce que le monde est si laid, et est-ce qu’on s’attaque vraiment aux problèmes de la bonne façon?  Est-ce qu’y faut tout péter ou réparer?

Et vous vous demandez alors pourquoi personne n’a l’air, soit de s’en préoccuper, soit d’avoir envie de faire quelque chose. Parce qu’à date, si on connait moindrement un peu l’histoire, on a l’impression que ça tourne en rond. Je vais vous confier un secret :

Je pense que ça tourne en spirale.

Oui, on fait les mêmes erreurs. Oui, on s’entretue pour du cash et du gaz. Oui on trouve le moyen de se détester parce qu’on a pas la même couleur, la même orientation sexuelle, la même langue, la même bouffe, la même religion, la même richesse, le même type de vêtements, la même grosseur de maison, et l’environnement part en couille. La politique a l’air de plus en plus corrompue ou désemparée et les solutions n’arrivent pas trop trop vite, alors on a l’impression qu’il se passe quelque chose d’anormal depuis trop longtemps.

De ce point de vue, je dirais, assez noir de l’humanité, difficile de croire que les choses vont en s’améliorant. Pourtant, au moment ou on se parle, les énergie vertes rapportent plus que les énergies polluantes, des sourds entendent, des aveugles voient, des paralysés marchent, des sidéens et des cancéreux survivent plus longtemps, les gais se marient en toute légalité, les gens partagent des mets de toutes les cultures, il n’y a jamais eu autant de femmes dans les universités, on a des robots sur mars, des mégaordinateurs dans nos poches, les États-Unis ont fait la paix avec l’Iran, et surtout, avec Cuba, les Catholiques ont un pape révolutionnaire, des Iraniens et des Israéliens s’envoient des cartes pour se dire qu’ils s’aiment et ne veulent pas faire la guerre, on trouve des planètes partout autour dans l’espace et on a deux gars en cavale qui nous pondent une encyclopedia corruptica dont les rubriques s’accumulent à tous les jours. Ouf. Vous en voulez plus?

Pas de miracles là, rien qu’un groupe religieux puisse revendiquer. Juste des découvertes fascinante et des prises de paroles, des gestes politiques, qui tendent à démontrer qu’on tourne absolument en spirale, évoluant en répétant les mêmes erreurs mais en de façon à éventuellement cesser de les répéter. Pas vite, mais à chaque tour la spirale s’agrandit. Et ça s’applique autant au niveau collectif qu’individuel. On fait plein de mauvais choix au début, et puis la spirale grossit, et on fait encore plein de mauvais choix, moins parfois, et la spirale grossit encore. Et au fil du temps, les mauvais choix s’espacent et éventuellement deviennent insignifiants. C’est pas parce qu’on les répète qu’on apprend rien de nos erreurs. Le principe est simple. Nos erreurs se raffinent jusqu’à disparition.

On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, entendons-nous bien. Mais l’omelette du futur n’a rien de brûlée et saccagée. Au contraire, elle exhume le parfum de quelque chose en train d’atteindre un niveau de perfection délectable quand on se tourne vers elle au lieu d’essayer de découvrir ce qui pue dans le frigo. Bien sûr on a pas le contrôle sur les grands leviers, ceux qui pourraient faire changer les choses en un tournemain et qui n’ont pas l’air d’en avoir envie. Pas encore. Mais on a le contrôle sur les petites choses, sur comment on se comporte avec nos congénères, comment on soigne nos bibittes, comment on trouve le moyen de se lever le matin avec un sourire, avant même le cadran tellement, comme un enfant la veille de Noël, on a hâte de se lever pour aller bosser, peut-être pas parce que la job est merveilleusement stimulante, mais parce qu’il y a du monde avec qui échanger.

Et qui, eux aussi, ont lu un de ces livres touchants, vu un film, ou eu une de ces discussions qui portent à réfléchir.

Juste ça, pour celui qui se croit seul à se poser des questions, j’ai fini par comprendre que ça avait une valeur inestimable.

Pas de la colère.

Des. Petits. Gestes.

Et le courage d’initier des échanges de trucs semi-profonds. Il n’y a pas seulement la technologie qui accélère à une vitesse exponentielle. La vitesse de nos échanges et de nos débats aussi.

Si c’est pas une belle époque.

Publié par : Eric Bondo | 22 août 2015

Les fous

On parle d’amour de son prochain, et c’est nous les fous.

On parle de notre refus de la haine, et c’est nous les fous.

On croit qu’un jour le monde atteindra la paix, et c’est nous les fous.

On parle de dépasser la colère et c’est nous les fous.

On parle de faire les choses différemment lorsque les vieilles façons de faire sont stériles, et c’est nous les fous.

On parle de pardonner à ceux qui font du mal, et c’est nous les fous.

On parle d’arrêter de surconsommer, et c’est nous les fous.

On est curieux, même des choses bizarres, parce qu’on sent que ça nous rend meilleurs, et c’est nous les fous.

On parle de croire en ce qui est beau, ce qui est bon, ce qui nous fait ressentir les meilleures émotions, et c’est nous les fous.

On a pas d’excitation à voir des gens se faire violemment compétition, se taper sur la gueule, se crier des bêtises pour divertir, et c’est nous les fous.

On essaie de boucher le vide au lieu de le remplir avec des trucs dont on se lasse rapidement, et c’est nous les fous.

On traite toute forme de vie avec respect, et c’est nous les fous.

On refuse de croire aux mensonges des hérauts de la peur, et c’est nous les fous.

On s’extrait volontairement de l’ambiance pessimiste du Monde, et c’est nous les fous.

On refuse de croire qu’on doive faire la guerre pour atteindre la paix, et c’est nous les fous.

On croit que punir pour éduquer n’est qu’un instrument de vengeance, et c’est nous les fous.

On cherche la paix à l’intérieur, et c’est nous les fous.

On partage des mots qui inspirent un peu trop au goût du jour, et c’est nous les fous.

On préfère faire de nos ennemis des amis, et c’est nous les fous.

On se remet en question dès que nos comportements blessent ou nous font sentir mal, et c’est nous les fous.

On embrasse le changement autrement que par des voeux pieux, et c’est nous les fous.

On refuse d’agir à l’encontre de notre conscience, et c’est nous les fous.

On aime les mots amour, compassion, empathie, et c’est nous les fous.

On remplit nos bibliothèques de livres qui nous font du bien, et c’est nous les fous.

On aime les histoires qui finissent bien, et c’est nous les fous.

On accepte de se faire regarder croche parce qu’on assume notre différence, et c’est nous les fous.

On aime se chanter à nous-même, et danser en silence, et c’est nous les fous.

On ne craint pas l’autodérision, même qu’on en rit à chaudes larmes, et c’est nous les fous.

On ne croit pas à l’impossible, on imagine comment le rendre possible, et c’est nous les fous.

On prend le risque d’être blessés parce que ce n’est pas une inévitabilité, et que de toute façon, la souffrance affrontée rend plus sage et plus fort, et c’est nous les fous.

Cette folie, cette curiosité, cet amour de la vie, ce mouvement vers la paix, intérieure et extérieure, on sait qu’il n’y a rien de facile en tout ça. On sait aussi que parfois, on a l’impression d’être bien seul, de se tromper, d’être la risée, les étranges, les bizarres. Jusqu’au jour où on prend le risque de l’assumer ouvertement, et qu’une personne en face de nous nous dise : je sais ce que tu es; tu n’est pas seul. Dès lors, on comprend que ce sentiment de solitude n’est qu’une illusion, un nuage, un brouillard. On comprend que les amoureux du chaos déguisé en ordre, crient seulement plus fort pour enterrer nos voix qui chantent, le bruit de nos pas qui dansent.

Parce qu’ils ont peur.

De sortir du lot, d’être regardés croche par les masses. Peur de souffrir alors qu’ils ne réalisent pas que leur souffrance douce et constante provient du vide. Ils regardent le ciel et le précipice et se disent qu’il est beaucoup plus aisé de se jeter dans un vide sans fin que d’apprendre à voler. Parce qu’ils croient que mieux vaut tomber infiniment dans le vide et ne jamais toucher le fond, que de s’élever un peu et parfois retomber au sol, même doucement.

Alors que le monde est tellement plus beau vu du ciel que de l’intérieur d’un trou.

Qu’ils sachent que s’ils tentaient l’expérience, ils ne sont pas seuls, et que les fous prêtent volontiers leurs ailes. Parce que plus on est de fous, plus on rit. Et lorsque les fous se connaîtront tous, se regarderont et verront qu’ils sont loin d’être seuls, le monde changera. L’humanité larvaire deviendra papillon.

Publié par : Eric Bondo | 20 août 2015

Les amis.

Les réseaux sociaux ont un peu galvaudé le terme « ami ». Alors, pour ne pas qu’il y ait confusion, lorsque je fais allusion au terme « ami », je parle vraiment d’ami, de ces personnes qui sont ou -et c’est important de le précise- qui ont été, à un moment de mon existence, présents et ayant partagé une certaine intimité avec moi.

Parfois, je prends le temps de penser à eux, à elles. Et je me rends compte que dans ma vie, j’ai été choyé, très choyé. J’ai toujours eu des amis et des amies extraordinaires, et j’en ai eu beaucoup. On en a jamais trop, je crois. Il y a des amitiés qui se forment instantanément; d’autres, plus complexes, partent parfois d’une incapacité à se supporter, pour se transformer en quelque chose de bien. Avec les amis, pas de dette de fréquentation : on se voit, on se voit, on ne se voit pas, on ne se voit pas. La corde est lousse en amitié. Comme des anges en mission, mes amis ne sont jamais loin, même s’ils étaient sur la station spatiale internationale.

Avec les amis, aussi, le temps n’existe pas. C’est, je crois, la plus belle qualité de l’amitié. Dix ans sans se voir, parce que la vie en a décidé ainsi, et à la rencontre suivante c’est comme s’il ne s’était pas écoulé une seule journée. Les conversations coulent, la compréhension mutuelle est intacte. Parfois, les amis partent sur une dérape, qui peut durer des années, et on va suer sa vie pour les aider. Mais ce n’est pas toujours possible, alors nos chemins se séparent. Mais mes amis restent mes amis. Un jour ils reviendront, plus forts, soignés, reconstruits. Ou pas. Mais ça n’est jamais arrivé; je suis sûrement chanceux. J’ai une dizaine d’amis que je cotoie depuis plus de 30 ans, c’est pas rien.

Le plus dur, je crois, reste la trahison. Dans un film de Lelouch, un personnage disait : Quiconque n’est plus ton ami ne l’a jamais été. Peut-être est-ce vrai, mais je n’y crois pas. Je suis de l’école de l’âme. Mon amitié transcende le temps et l’espace, elle transcende aussi les états d’esprits. Sans dire qu’à la prochaine rencontre, rien n’a changé avec l’ami qui vous a déçu; moi et ma mémoire d’éléphant on digère, on pardonne un jour, et, on compatit avec le traître-ami. Bien sûr, le type de trahison dont j’ai pu être affligé n’est peut-être pas celui pour lequel on ne pardonnerait pas. J’avoue, toutefois, que sauf exception, le traître ne reviendra probablement jamais dans mon cercle de proximité, mais si une rencontre ponctuelle a lieu, le temps d’un instant, c’est comme pour les autres; rien n’a changé.

J’ai vu des amis devenir de purs écoeurants. J’en ai vu devenir des loques humaines. Des mégalomanes passant de modèles à des êtres pleins de haine et de colère. J’en ai qui se sont révélés être xénophobes. Deux de mes meilleurs amis sont devenus schizophrènes. D’autres m’ont tout simplement renié, sans que je ne sache exactement pourquoi. Dans tous ces cas, avec regret, j’ai dû couper les ponts, après avoir tenté de les comprendre. Il y a aussi ces personnes qui ont été mes amis mais pour lesquels je n’en était pas un.

Vous savez, aimer c’est quelque chose qui part de soi; aucune règle ne dit que ça doit être à double-sens. Si ça revient, ça revient, sinon, ça fait quand même du bien à celui ou celle qui le vit. C’est peut-être une leçon de vieux, mais ça sert, je vous le dis. Y en a qui n’y arrivent pas, qui protègent toujours leur coeur sensible. Et qui passent à côté de tellement de choses; au final, ils en souffrent probablement plus que s’ils avaient pris le risque. C’est pesant tout le temps, un gilet pare-balles, surtout si on ne se fait jamais tirer dessus que des petits pois. Ça doit être difficile, se retenir de quelque chose de naturel. C’est un beau sentiment, je n’en connais pas de plus agréable; certains disent que l’amour crée la cohérence, la même qui tient le tissu de l’univers en ordre. J’y crois. Comme on se sent chaotique, désordonné, désorganisé quand on déteste.

Dis à ton coeur que la peur de la souffrance est pire que la souffrance elle-même.

Pourquoi parler de l’amitié aujourd’hui? Parce qu’au cours des derniers jours, j’ai coupé les ponts avec un grand ami qui m’a menti, a menti à d’autres amis, et s’est embourbé dans ses fausses promesses pour arriver à ses fins, par aveuglement et pure ambition. Un autre, le néo-xénophobe, qui m’a soudainement manqué, et je me suis demandé s’il était retombé de ses grands chevaux, me suis même dit que j’avais hâte qu’il le fasse, si ce n’était pas déjà fait, histoire qu’on se retrouve ces moments de cabotinage et de rires incontrôlables qui étaient notre marque de commerce. Et un autre, pas un grand ami, mais le meilleur gars du monde, généreux, résilient, sociable, proche des gens, qui s’est transformé en grincheux colérique et amer -tellement, que la dernière fois où je l’ai vu, son visage avait pris dix ans et ses traits étaient devenus durs et tordus-. Un qui est revenu, après 20 ans d’absence, et converti à l’Hindouisme. Et puis un dernier, tellement accro à l’apathie qu’il me déprime juste à le regarder et qui m’a ouvertement dit qu’il entendait le rester.

Des personnes que j’aimerai toujours quand même, que, même si le réflexe du jugement ou de la pitié fait surface, je vais toujours aimer, parce que je sais ce qu’ils peuvent être à l’intérieur, et ça me suffit. Je ne vais pas me faire du tort en haïssant et en méprisant des amis. J’avoue que ça libère de pouvoir l’exprimer, et c’est sûrement pour ça que je le fais. Et je sais ouvertement que, n’étant pas moi-même parfait, j’ai assurément été une déception aussi pour d’autres à certains moments de ma vie, et c’est pourquoi je précise que cette perspective n’est que la mienne.

Je choisis bien mes amis, j’ai du flair pour le faire, et peu importe ce que je vis avec eux, j’ai la certitude qu’ils me font grandir, bon gré mal gré, et pour ça, je ne peux qu’être reconnaissant. Et ceux et celles qui m’ont fait du tort m’ont permis d’accéder à un autre niveau, et parfois, m’ont permis de me faire découvrir des affinités avec d’autres, qui sont venus enrichir mon cercle d’amis.

Leur qualité commune? Ils ont tous ce petit côté étrange qui donne sa couleur à l’humanité, qui la fait avancer. Ils sont nombreux-ses en plus, et c’est pour moi -et j’oserais dire pour le Monde- une richesse inestimable.

Publié par : Eric Bondo | 17 août 2015

Le bon choix

Diagram

Vous alliez peut-être croire que je m’apprêtais à parler d’élections, mais non. De toute façon, l’image ci-dessus ne serait pas appropriée. Ce matin, comme tout les matins, j’ai fait ce que j’appelle ma revue de presse, sur Facebook. Vous trouvez peut-être ça ridicule, mais lorsqu’on se donne la peine, il est possible de se bâtir un fil de nouvelles à sa mesure en masquant et en surlignant certaines sources. Donc, à force de travailler le mien, je pourrais dire que ma revue de presse est aujourd’hui tout sauf ennuyante ou déprimante. Bref, je suis tombé sur ce diagramme, que j’avais déjà vu auparavant, qui nous permet de mieux cerner en sorte notre « but-de-vie », soit l’équilibre entre ce qu’on aime faire, ce pourquoi on peut être rémunéré, ce dont le monde aurait besoin, et ce dans quoi on excelle.  Et j’ai décidé de faire sérieusement l’exercice, puisqu’à l’heure actuelle, je suis dans une espèce de transition, pas déplaisante, mais qui va au final me mener quelque part, et tant qu’à y être, ce quelque part pourrait bien être optimisé.

Je crois que c’est la question ce que j’aime qui m’a posé le plus de problème. Pas que je ne sache pas ce que j’aime, bien au contraire. J’aime tellement de trucs, je suis un touche-à-tout, j’ai fait tellement de boulots et d’activités, mon esprit aimant la stimulation constante, et pas nécessairement la nouveauté, puisque lorsque j’aime, j’aime pas mal pour la vie, avec des variations dans l’intensité et l’intérêt, mais tout de même. J’y reviendrai.

Ce dont le monde a besoin

Je crois que ce fut le plus facile. Le monde a besoin de gens créatifs, empathiques, humains, équilibrés qui trouvent des solutions à cet ensemble de problèmes auxquels l’humanité fait face. Et ces problèmes sont, à mon avis, les inégalités sociales, la destruction de notre écosystème, la maladie, la guerre, le mal-être individuel et collectif. J’en oublie sûrement, et tous ces problèmes sont interreliés. Je dirais même qu’à la source de l’ensemble des problèmes de notre espèce au potentiel inégalé, c’est le mal-être individuel et collectif qui domine. Du dirigeant à la psyché tordue et souffrante (même si ça ne paraît pas), à l’électeur en résonance avec ce dirigeant, en passant par le consommateur impulsif, nous souffrons tous, à différents degrés, de ce mal-être, qui n’est, fondamentalement dû qu’à une absence de prise de conscience, de grounding, et qui, si chaque personne avait la chance et peut-être l’obligation de faire évaluer et soigner, au besoin, son petit coco, se réglerait sans trop de difficulté. Vous savez, ce n’est pas parce que tout le monde publie des vies parfaites sur les réseaux sociaux qu’ils se portent bien dans leur tête. Bien au contraire. Mais comme le disent bon nombre de spécialistes « fake it ’til you make it », alors peut-être le fait de feindre une vie parfaite de façon constante, nous pousse, à terme, à travailler pour en faire une réalité. J’insiste sur le « travailler »; une personne qui feint le bonheur et qui en réalité passe le plus clair de son temps à se morfondre n’ira nulle part, et son absence de cohérence ne fera qu’ajouter à son mal-être.

Dans mon cas, comment puis-je répondre aux besoin du Monde? En réfléchissant à des solutions (ce à quoi j’excelle), et en me donnant les moyens de faire rayonner ces solutions, par l’exemple, des projets novateurs ou même de la façon dont je le fais actuellement, en partageant mes réflexions et en donnant de l’amour, pour peut-être inspirer ne serait-ce qu’une seule personne à faire quelque chose de positif.

Ce en quoi j’excelle

C’est aussi assez simple. Sans prétention, je me débrouille pas mal à beacoup de choses. Je sais bien écrire, j’ai la parole concise, précise, et aucun problème à parler aux gens. J’ai aussi de la faciliter à motiver des troupes, ry un bon esprit de synthèse. Je ferais certainement un bon conférencier; je sais que je serais aussi un excellent politicien, mais dans le second cas, je ne suis nullement en résonance avec ce qui se fait, avec les groupes existant, avec le milieu. La politique et l’activisme, tels que pratiqués actuellement, me dépriment un peu. Je n’aime pas tourner en rond, ni répéter inlassablement des mantras, ni suivre comme un mouton un groupe qui ne sait pas vraiment où il se dirige, qui refait toujours les mêmes trucs, les mêmes erreurs, et vit constamment dans la frustration et le ressentiment. Alors je dois trouver une façon stimulante d’utiliser cette habileté à instruire, inspirer, motiver.

Ce pourquoi je pourrais être payé.

Ahhhh, le nerfs de la guerre! il y a sûrement mille et une façon de se faire payer pour inspirer, instruire, motiver, et améliorer le monde. J’y travaille. C’est un peu plus compliqué, car si j’arrive à vendre des idées, à convaincre pour des tas de trucs, je suis extrêmement mauvais pour me vendre moi-même sur mon initiative. Humilité mal placée ou sentiment d’imposture, ou tout simplement absence de connaissance sur le « comment se vendre soi-même », c’est là où le bât blesse. Dans un monde idéal, je serais payé pour écrire, mais j’ai tout le temps l’impression que ceux qui le sont me dépassent en talent, en diplômes ou font des concessions sur leur intégrité que j’hésiterais à faire. Mais je travaille là-dessus. Et je suis totalement ouvert aux suggestions. Entre temps, je travaille à des projets d’écriture, personnels, et une fois finis, je testerai ma capacité à les « vendre ». Un beau défi en soi. D’autre part, j’ai un projet d’entreprise fort intéressant, des partenaires extraordinaires, stimulants, motivés et motivants. Il est aussi fort possible que ce projet me permettra d’en vivre assez bien pour que je puisse vaquer à mes autres sans me soucier qu’ils ne me rapportent instantanément, m’enlevant la pression de me vendre pour générer des revenus.

Ce que j’aime.

Sérieusement, c’est là le drame. J’aime tellement de choses, et j’aime au-dessus de tout découvrir et apprendre de nouvelles habiletés, de nouvelles connaissances. J’ai pratiqué mille métiers et activités et j’imagine que je pourrais en pratiquer mille autres, juste pour le kick. Pas que j’aie constamment besoin de changement, mais je suis curieux, et n’aime pas la routine, même si une fois que j’aime, j’aime pour toujours. J’aime travailler avec d’autres, j’aime la pression, j’aime résoudre des problèmes, j’aime qu’on fasse appel à ma créativité, et, je me répète, j’aime sentir que j’inspire, que je motive et que mon entourage en fait de même pour moi. D’où mon amour pour l’entrepreneurship. Créer une solution pour répondre à un besoin, et régler des problèmes pour que la réponse à ce besoin soit géniale.

Au final

Sérieusement, cet exercice est très, très intéressant. En moins d’une heure, et tout en partageant le processus ici, les choses se clarifient. Je ne saurais exactement dire où ça va me mener, dans un futur immédiat, mais je sais que les projets sur lesquels je travaillent sont parfaitement en cohérence avec le processus. Me verrez-vous faire des chroniques, écrire des discours politiques (pour d’autres hahah), lancer une entreprise révolutionnaire à succès, faire des conférences, enseigner, tomberez-vous sur un roman palpitant ou qui sait, une oeuvre cinématographique ou musicale, avec mon nom dessus, ou même m’apercevoir en train de construire des puits ou des maisons dans un pays en voie de développement. Je n’en sais trop rien encore. Peut-être toutes ces réponses, peut-être aucune.

Là n’était pas le but. Le but, ce matin, était de partager le concept presque en direct, et peut-être vous donner envie de l’essayer, pour vous aussi entreprendre une démarche de cohérence, entre faire ce à quoi vous excellez, qui vous rapportera, qui aidera le monde et surtout, que vous aimerez.

Et (je crois que ça deviendra ma phrase fétiche), il est clair que le monde ne s’en portera que mieux.

Amusez-vous bien, je retourne à mes projets.

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