Même si mon milieu de travail se porte à merveille, même si je vis le parfait bonheur dans ce que je fais de mon existence, un fond d’inquiétude revient me hanter. Je sais, le Canadien fait les séries, c’est le printemps, et toutes ces choses qu’on aime vivre durant l’année. Pendant ce temps, se produit une crise économique comme les deux dernières générations n’en n’ ont vécue de leur vivant. Tout ce que nous savons de la dernière, ce sont des bribes nous venant de nos grands-parents, des histoires de gens qui se jettaient par les fenêtres de Wall Street. Sauf que cette fois-ci, à ce que je semble constater, les gens de Wall Street ne se lancent pas par les fenêtres, c’est notre argent qu’ils jettent par les fenêtres. Ils ont pris la population en otage et réclament de plus en plus notre argent. Où va cet argent, qui devait servir à rétablir le prêt interbancaire, qui ne semble pas vouloir se rétablir? On nous gave d’histoires de compagnies qui ne peuvent plus acheter à crédit, de pertes d’emploi, des histoires de gens qui perdent leur job et se lancent dans des tueries.
Consommez!, nous dit-on, où ce sera pire. Et de grâce, n’utilisez pas vos économies -laissez les perdre 50% de leur valeur plutôt-, empruntez et continuez à consommer sinon tout va s’effondrer!
Cela vient de la bouche même de ceux qui sont responsables ou complices implicites de la crise elle-même. Quelles magnifiques sources auxquelles se fier.
Trop tard… Le peuple a peur, conserve ses deniers, replace ce qui lui reste d’économies dans des placements plus sûrs. Qui dit baisse de la consommation dit pertes d’emploi. Et qui dit pertes d’emploi dit baisse de la consommation. Et si on continue de supporter des compagnies dont les gens n’achètent plus les produits, autant mettre le feu à notre argent. Pendant ce temps, les spéculateurs encaissent sur les énormes fluctuations presque quotidiennes de la bourse. Vous voulez faire un paquet de fric par les temps qui courent? Dès que vous entendez parler d’un nouveau plan de relance et que la bourse s’effondre, achetez! Dès l’annonce de l’aide gouvernementale, vendez et faites vous un paquet de fric! Rincez, répétez.
Tout ça pour dire que, oui, moi aussi je me crois complètement impuissant devant l’ampleur du racket, devant l’étroite collaboration entre nos dirigeants politique et la haute finance, mais on ne peut pas rester comme ça dans le train qui nous amène à un endroit où on ne veut vraiment, mais vraiment pas aller! Les responsables continuent d’empocher la totale, cette fois-ci avec beaucoup de nos impôts. Et ça ne repart pas, étrangement, ça continue de chuter. La musique joue encore, mais le party est sur le point de manquer de boisson, le DeeJay a mis un CD est s’est poussé, la machine a interac ne prend plus les cartes parce que le système est en mode “entretien hebdomadaire”, les lumières commencent à augmenter d’intensité et les portiers vous regardent d’un air intimidant. Fin du party, rentrez vivre votre gueule de bois chez-vous.
J’ai ressassé l’idée dans ma tête mille et une fois et je ne vois à l’heure actuelle aucune fin heureuse à la présente crise, de la façon dont elle est gérée. Comme disait l’économiste Joseph Stiglitz : “C’est comme si on transfusait du sang à une personne qui souffre d’hémorragie interne.” Les pronostics sont mauvaise. Je ne vois aucune solution à part commencer par cesser de jeter les fonds publics à la poubelle. Comme le disait Madame Jérôme Forget à une époque, elle ne fait pas apparaître de l’argent avec une baguette magique. Aujourd’hui, citoyens ordinaires que nous sommes, on peut rétorquer la même chose. Et en plus, on sait où est l’argent, et ce n’est pas dans NOTRE tiroir.
Alors je vous invite à réfléchir sérieusement, pendant les pauses publicitaires durant les séries, à cet état de choses, et vous poser la question à savoir si vous devriez faire quelque chose, ne serait-ce que d’en parler à votre voisin, collègue, conjoint, et de vérifier que nous ne sommes pas seuls à trouver les choses louches. Quand tout le monde saura qu’en bout de ligne nous le savons tous -simplement qu’on n’ose le dire parce qu’on a pas de solution-, à ce moment il y aura bien quelqu’un qui trouvera un moyen d’arrêter l’hémorragie. Et on sera prêts, espérons-le, à bouger.
En attendant, puisque je gagne ma vie à gérer le party, je retourne être un vecteur de bonheur immédiat, qui est sûrement mieux que pas de bonheur du tout.


En entrevue hier avec Christiane Charette, j’ai un peu dérapé, lorsque j’ai parlé de mon impression selon laquelle les partis politiques sont investis par ceux sur qui on tapait et qu’on ridiculisait à la petite école, qui n’ont qu’à payer 5$ pour se faire des tas d’amis. Je dis “On”, ce qui exclut votre interlocuteur, parce que, bien qu’il me fut arrivé de taquiner certains d’entre eux, et ce de façon parfois regrettable, ils pouvaient toujours faire partie de ma gang, où se cotoyaient toutes sorte de monde : des “cools”, des sportifs, et certains que tous rejetaient.

Pas parce je n’ai rien à dire, mais bien parce que je ne sais plus par où commencer. Je pourrais vous parler de la Grande Crise économique dont on sent la première brise et dire que n’importe qui de bien informé la voyait poindre à l’horizon. Sauf, semble-t-il, nos grands médias, les instituts bidon de pensée en boîte comme le pompeux Institut Économique de Montréal, et bien sûr tous les économistes prophètes de la récente religion Économiste à laquelle nous avions été convertis de gré ou de force depuis le début des années ‘90. Ce qui me fascine, dans ce dossier, c’est que, devant une catastrophe d’une telle ampleur, les responsables de celle-ci, ainsi que tous ceux qui les ont aveuglément suivi : journalistes, chroniqueurs, éditorialistes et politiciens, soit ceux qui nous ont menés au bord du gouffre, eh bien il semble que ce soit eux qui vont gentiment nous en sortir.
Quelle logique veut que l’artisan presque criminel d’une catastrophe soit celui qui doive vous en sortir? Quelle logique veut que les prophètes du capitalisme sauvage puissent continuer de prêcher, alors que tout ce vers quoi ils nous poussaient depuis des lustres n’avait pour but que de se bourrer la face de bills de mille en sachant que quand ça chierait, ils pourraient se retirer peinards dans une de leurs dix villas avec une prime de congédiement équivalent à dix ans de leur salaire, et que nous, pauvres contribuables, emprunterons à nouveau pour sortir nos créanciers de la merde.
Obama a été choisi sur mesure pour répondre au cynisme ambiant de l’humanité. Le meilleur berger sur le marché. Ils ont bien choisi, je les en remercie pour ma propre image, mais ça s’arrête là. On vient d’assister à la Staracadémisation de la politique, à son paroxysme. Et la foule en redemande. C’est ça qui est effrayant de l’humanité, lorsqu’elle se braque tout entière vers une direction aux fondements douteux.

